Le 1er juin, le premier conseiller de gouvernement au ministère de l’Environnement, Charel Hurt, a dirigé une réunion de crise au sujet d’une convention avec l’Uni.lu. Le ministère conteste le caractère urgent de cet échange qui aurait « permis de faire le point sur l’état d’avancement de la convention et d’identifier les éléments à préparer en vue du prochain comité de suivi ». Mais si tel avait été le cas, la réunion aurait été menée, comme d’habitude, par Thomas Schoos, membre du cabinet du ministère et responsable du dossier. Selon les informations du Land, des collaborateurs auraient ouvertement fait part de leur inquiétude concernant ladite gestion. Le ministère conteste également cette information, mais la « Climate Nexus Framework Convention » cristallise les reproches de nombreux fonctionnaires et inquiète de plus en plus le cabinet du ministre. (Contacté par le Land, Thomas Schoos a décliné tout commentaire, renvoyant à la réponse officielle du ministère.)
Thomas Schoos est le grand ordonnateur de cette convention. Il était un communicant flamboyant et ambitieux lorsqu’il a été embauché au ministère de l’Environnement en 2020 par Carole Dieschbourg (Déi Gréng) pour encadrer les relations publiques. Il a rapidement intégré le cabinet de la ministre, avant d’être placardisé par Joëlle Welfring, qui a succédé à Dieschbourg. Il profite du changement de gouvernement en 2023 pour retrouver une place au soleil. Conquis par la gouaille et l’aisance de Schoos, Serge Wilmes lui confie de nombreuses responsabilités : les affaires européennes et internationales, la thématique sciences et innovation, les infrastructures, l’organisation interne et les ressources humaines.
Thomas Schoos a repris de son propre chef le dossier des relations avec l’Université fin 2023/début 2024. Celui-ci était jusque-là piloté par une conseillère de direction, qui, déçue par cette décision, a fait valoir ses droits à la pension peu après. Schoos n’avait d’ailleurs pas été invité à son pot de départ. Lorsqu’il a pris en main ce dossier, il était déjà inscrit à l’Uni.lu. Le haut fonctionnaire avait lancé ses recherches lors de sa mise au placard par Joëlle Welfring. Le thème qu’il avait choisi était le financement climatique international, dont il est également en charge au ministère depuis que Serge Wilmes en a pris les commandes. « Concernant son doctorat à l’Université du Luxembourg, Thomas Schoos y a mis fin en décembre 2025 », écrit le ministère au Land. Quant à savoir s’il ne voyait pas là un possible conflit d’intérêts, le ministère n’a pas répondu.
Cette convention se caractérise par son montant élevé : quinze millions d’euros ventilés entre 2025 et 2030. Selon le plan fourni par le ministre Serge Wilmes (CSV) en avril dernier, en réponse à une question posée par Joëlle Welfring (Déi Gréng), le ministère a déjà versé 458 226 euros en 2025 et s’apprête à en verser 2 851 150 euros cette année. À quoi sert cette convention ? Voilà une autre question épineuse. Dans une réponse commune envoyée au Land, le ministère de l’Environnement et l’Université du Luxembourg utilisent les mêmes éléments de langage que dans leur communiqué de presse de juillet 2025. La convention se baserait sur six piliers : « la préparation sociale », « la préparation institutionnelle », « la préparation technologique », « la préparation globale », « la préparation académique » et « l’approche Climate Nexus ». L’objectif serait « le renforcement de la résilience climatique à travers une approche transversale ».
Un discours jargonneux bien rodé, mais qui ne livre aucun élément concret. Et il est impossible d’en référer au texte de la convention, puisqu’il n’est pas public. Lorsque Joëlle Welfring demandait à Serge Wilmes si celle-ci sera publiée ou transmise à la Chambre, ce dernier lui a répondu que l’Uni.lu serait « obligée, dans le cadre de la convention, à publier et promouvoir les résultats des activités de recherche ». Ce qui n’est pas ce qui lui avait été demandé.
Le ministère et l’université ne répondent pas non plus clairement au Land, qui leur a demandé comment avait été déterminé le montant de quinze millions d’euros. Selon eux, le budget a été « élaboré conjointement » par le ministère de l’Environnement et l’Uni.lu. Ils donnent des exemples d’actions qui ont reçu un financement via la convention : « Des initiatives destinées aux jeunes et au grand public ont été lancées : le Scienteens Lab, De Labo fir Jonker, laboratoire pédagogique pour les élèves du secondaire, et une importante action de sensibilisation au changement climatique sous la forme de fresques du climat et de la biodiversité et d’ateliers Carbon Express qui seront organisés lors de la Student Welcome Week 2026 qui touchera plus de 2 000 étudiants ».
Ces exemples apportent plus de questions que de réponses. Pourquoi a-t-on attribué à l’université ces activités de sensibilisation et de vulgarisation ? Pourquoi aucune soumission ou aucun appel d’offres ont été lancés pour proposer d’organiser ces ateliers à d’autres organismes, davantage habitués à ces missions ?
Le ministère et l’Uni.lu indiquent que grâce à la convention, « deux personnes ont été recrutées ». Celles-ci doivent contribuer à mettre en place, au Luxembourg, une unité de support du GIEC, unité qui avait été supprimée lors du retrait des États-Unis, avant d’être « partiellement reprise par le Luxembourg afin de permettre au GIEC de poursuivre ses travaux scientifiques essentiels. » Aucun nouveau cursus ne sera créé à l’Uni, mais la convention prévoit « l’introduction progressive d’un cours interdisciplinaire consacré à la transition écologique et au développement durable dans les cursus de l’Université ».
Non seulement aucun calcul clair ne justifie la somme de quinze millions d’euros, mais les critères qui permettraient de juger du bon usage de ce financement demeurent eux aussi inconnus. Le ministère et l’université assurent que « le suivi et l’évaluation de l’utilisation des fonds sont assurés par un comité de suivi. » Ce comité – ce n’est pas précisé dans la réponse – est présidé par Andrew Ferrone, climatologue (membre du GIEC) et directeur des Affaires européennes et internationales au ministère de l’Environnement. L’Uni.lu et le ministère reconnaissent qu’aucun objectif précis ne lui a été assigné. « La convention permet une certaine flexibilité en termes, entre autres, des priorités poursuivies ».
Ce flou n’est pas habituel. En février dernier, la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin (DP), avait signé d’autres conventions pluriannuelles avec l’Université, le List, le LIH, le Liser et le FNR. Le communiqué de presse publié à l’occasion était très clair : « [Ces conventions] définissent les missions, les objectifs stratégiques ainsi que les indicateurs permettant d’évaluer leur réalisation ». Et de poursuivre : « Ces indicateurs se répartissent en trois catégories : financiers, axés sur les résultats, et structurels ».
Au ministère, tout le monde était au courant que Thomas Schoos étudiait à l’Uni.lu. Que personne n’ait ressenti le besoin de s’inquiéter du fait qu’il était aussi responsable de l’élaboration d’une convention avec cette même université ne manque pas de surprendre.
Il semble toutefois que le vent ait tourné. À la fin du mois de mai, un remaniement a eu lieu au sein du cabinet. Charel Hurt reste le numéro un, Gilles Biver (le seul scientifique) a reçu davantage de responsabilités et la chargée de la communication, Magali Weyrich, a fait son entrée dans l’aréopage. Thomas Schoos, lui, a été déclassé. Il garde les Affaires européennes et internationales ainsi que les Sciences et l’Innovation, mais il a perdu toutes ses autres prérogatives. Reste la question de la gouvernance du ministre Serge Wilmes, qui a laissé pourrir une situation qu’il aurait dû désamorcer dès le tournant 2023-2024.