Le choc des titans

d'Lëtzebuerger Land vom 12.12.2025

Ce dernier week-end de novembre, la Comic Con organisée à LuxExpo rassemblait une foule de héros. Les fans de mangas et de comics, parfois déguisés comme leurs personnages favoris, en côtoyaient d’autres : les combattants de la World Catch League, venus de Belgique présenter leur show au public. Juste avant le premier match du dimanche après-midi, on repère Spiderman qui lorgne le ring depuis un moment : il aimerait bien se confronter aux catcheurs. « C’est trop dangereux... tu sais, ça demande des années d’entraînement » lui explique Fabrice Laeremans, le responsable de l’équipe. Le jeune homme aura tout de même droit à un selfie. « C’est la première fois que je vois du catch en vrai ! Ils sont un peu comme nous : ils sont costumés, ils jouent un rôle ». Quelques minutes plus tard, une musique épique retentit et le terrible Sacha Larsen fait son entrée. Tatouages, peau de bête sur le dos et corne d’hydromel à la main, le viking harangue la foule, rejoint par d’autres catcheurs : Sheikh Kamal « le roi du désert », Heddi Karaoui, qui arbore le drapeau français et débarque au son de Ah ça ira, Eddie Dark l’adepte de la Lucha Libre mexicaine, suivi de près par Mujer Demonio, seule femme de la bande et qui est, elle, une authentique lutteuse venue du Mexique.

Au bout de quelques secondes, on constate que la galanterie n’est pas de mise : d’un commun accord, les quatre messieurs s’acharnent sur la jeune femme, qui malgré les coups de pieds et les projections les mettra tous au tapis, achevant le dernier avec un saut effectué depuis la troisième corde. « Le catch est une métaphore de la société où tout est amplifié, exagéré : se confronter aux autres, grimper les échelons... et gagner sa place quand on est une femme au milieu d’hommes » explique Heddi Karaoui. Nena, venue d’Esch-sur-Alzette avec sa famille, n’y connaît pas grand-chose au catch, mais voir une fille mettre une raclée à ces gros costauds lui a bien plu. Elle aborde Mujer Demonio à sa descente du ring pour une photo. « Au Mexique, la Lucha Libre fait partie de la culture nationale, il y a beaucoup de fans et d’engagement de la part des lutteurs, raconte l’ancienne boxeuse originaire de Monterrey. C’est très dur de percer, encore plus quand on est une femme. Ici aussi, je dois y aller deux fois plus fort, être super technique pour m’imposer ».

Au sein de la petite centaine de spectateurs, ça rigole pas mal, on applaudit les gentils et on siffle les méchants. Yannick et sa fille Elly, onze ans, sont au premier rang. « On n’est pas de vrais fans mais on avait déjà vu le show à Bruxelles, ça me rappelle le catch américain à la télé, raconte le papa. Il a sa place à la Comic Con, c’est du spectacle ! ». C’est la toute première fois que la World Catch League se produit au Luxembourg. Depuis 2023, ses catcheurs remportent un franc succès en Belgique en ressuscitant une tradition qui s’est un peu perdue dans cette partie de l’Europe. « Nous avons fait salle comble toute cette saison, se réjouit Fabrice. Je suis sûr que ça peut marcher au Luxembourg, et la Comic Con est une bonne entrée en matière, car le catch c’est aussi de la pop-culture ! ».

Comme d’autres combattants de la WCL, Héraclès le bien-nommé (110 kilos de muscles à la pesée) est un ex-membre de l’équipe de France de lutte. Il pratique également le MMA. « Dans le catch, on retrouve les valeurs et la discipline du sport, c’est très exigeant et en plus il faut incarner son personnage, se faire adopter par le public » confie-t-il en expliquant qu’Héraclès n’est pas un méchant, mais qu’il ne faut pas trop l’énerver quand même ; on le croit sur parole. On ose lui demander s’il va gagner lors du match par équipes qui va clôturer la journée. « Je gagne toujours » répond-il avec un petit sourire. Le demi-dieu (qui gagne surtout sa vie comme préparateur physique) n’a pas menti : grâce à sa force légendaire et aux voltiges de son comparse Eddie Dark, son équipe remporte la victoire sous les applaudissements d’un public ravi. « Notre motivation, c’est d’apporter du plaisir aux gens en leur racontant une histoire, comme au cinéma ! Même si les efforts et les risques sont bien réels » préviennent les lutteurs ; l’un d’entre eux a dû rester à la maison pour cause de blessure. « Je recommande de pratiquer la lutte, le judo ou la gymnastique avant de se lancer dans le catch, car il faut apprendre à tomber » indique Fabrice, qui soulève une bâche pour nous montrer, sous le ring, la suspension de camion servant à amortir les chocs. Avant de nous prodiguer un ultime conseil : « Ne faites pas ça chez vous ! ».

Benjamin Bottemer
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