Désolation/Consolation

d'Lëtzebuerger Land vom 21.11.2025

C’est probablement la métaphore la plus usée de la vie politique luxembourgeoise : « En Apel fir den Duuscht » (« une poire pour la soif »). Gilles Roth (CSV) en parlait sans arrêt, au temps où il siégeait sur les bancs de l’opposition. Installé rue de la Congrégation, il a trouvé un nouveau slogan : « Je suis ministre des Finances, pas comptable ». La célèbre pomme/poire est revenue sous forme de question ce mardi, à la fin de la conférence de presse du Conseil national des finances publiques (CNFP). Son président Romain Bausch s’est plié au jeu, tentant un moment de filer la métaphore. Sa présentation avait été plus prosaïque : « Quelles seront les marges restantes pour réagir à des futurs chocs économiques, géopolitiques et climatiques ?»

À l’inverse du budget pluriannuel du ministère des Finances, l’évaluation de la CNFP a le mérite d’intégrer les coûts, « indicatifs et hypothétiques », de la réforme fiscale et des dépenses militaires. Le grand cadeau électoral de Gilles Roth devrait coûter 850 millions d’euros par an. Il faut y ajouter 440 millions pour atteindre l’objectif de l’Otan des 3,5 pour cent d’investissements dans la « core defence ». Avec ces coûts ignorés par les prévisions budgétaires, le déficit atteindrait 2,6 milliards d’euros en 2029 (2,3 pour cent du PIB), soit le double du déficit actuellement prévu par les services de Gilles Roth. Le taux d’endettement devrait rester, d’extrême justesse, en-dessous des trente pour cent. Mais le totem a fait son temps : Ce seuil ne serait « pas une ligne rouge », expliquait récemment Gilles Roth à Virgule.lu. « Il ne figure pas dans notre programme gouvernemental ». 

Les perspectives restent moroses. Même en ne tenant pas compte de la réforme fiscale et du réarmement, le solde devrait rester négatif sur les quatre prochaines années. Les perspectives de croissance se situent désormais « krass » en-dessous de la moyenne des vingt dernières années, constate Romain Bausch. Autre indicateur, central mais guère plus réjouissant, l’emploi, dont la croissance est tombée à un pour cent, « un niveau historiquement faible ». Et encore : L’emploi public tire la statistique vers le haut ; un job sur trois est aujourd’hui créé par l’État (contre un sur dix par le passé). Étant donné ce ralentissement, Romain Bausch s’avoue « e bëssi erstaunt » par la prévision d’une baisse du chômage sur les prochaines années. Il s’est pourtant efforcé de finir sur une note « optimiste ». La situation serait « relativement bonne », a-t-il dit, c’est-à-dire meilleure que chez nos voisins. On pense à la célèbre phrase de Talleyrand : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console ».

C’est en son nom personnel que Romain Bausch a finalement évoqué une « réforme des retraites », qui, à ses yeux n’en serait pas une. Il faudrait plutôt parler d’un « paquet de mesures », dont l’effet se limite à « repousser de deux ans » la trajectoire, de 2027 à 2029 (entre les deux, il y aura les élections). La réforme de 2012 avait pourtant introduit un mécanisme : Dès que les dépenses dépassent les recettes, l’ajustement et l’allocation de fin d’année doivent être réduits et les cotisations augmentées.

Treize ans plus tard, sous la pression de la CGFP, Luc Frieden renonce à faire jouer le mécanisme de Mars Di Bartolomeo. Il fait porter la charge aux seuls actifs, ne touchant pas aux pensions. « Il n’y a pas d’élément de justice intergénérationnelle », regrette Romain Bausch, toujours en son nom personnel.

Bernard Thomas
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