Grizzly Man (2005) est un documentaire exceptionnel. Il s’appuie sur les images tournées par Timothy Treadwell, passionné d’ours, et explore les frontières entre l’homme et l’animal. Pendant 13 étés, il a observé les grizzlis en Alaska. À partir de plus de 100 heures d’enregistrements, Werner Herzog a monté un film de 100 minutes qui se termine par la mort de Treadwell, tué par des ours. La critique de cinéma Viviane Thill abordera ce film mardi 24 février dans le cadre de sa conférence « Lost in Nature ». « Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce film, c’est qu’il montre deux relations contradictoires avec la nature. D’une part, Treadwell fuit la civilisation et se met en scène dans ses images comme un défenseur des ours. Mieux encore, il s’identifie à eux », explique-t-elle au journal *Der Land*. D’autre part, Werner Herzog souligne quant à lui qu’il ne perçoit dans les vastes étendues de l’Alaska et sa population d’ours que de l’hostilité et du chaos. Lors du tournage de *Fitzcarraldo*, Herzog affirmait déjà à propos de la jungle sud-américaine qu’il s’agissait là de « l’harmonie d’un meurtre collectif et écrasant. Mais je le dis avec admiration. » Pour lui, la nature est un lieu plein de dangers – une vie propre, impossible à dompter.
La critique de cinéma Thill abordera également, au Cape d’Ettelbrück, le film *Deliverance* (1972). Dans ce film, quatre citadins tentent de traverser une rivière en canoë avant que celle-ci ne soit définitivement modifiée par la construction d’un barrage. « Les protagonistes ont toutefois une vision romancée de leur entreprise et souhaitent se présenter comme de “vrais hommes” et des pionniers », explique Thill. On retrouve un schéma similaire dans le film *The Revenant* (2015) : le film idéalise des hommes qui se débrouillent dans la nature et, si nécessaire, tuent d’autres êtres vivants. Cast Away (2000) sera également abordé mardi. « Ce qui est étonnant dans ce film, c’est que le personnage principal ne tisse aucun lien avec la nature, bien qu’il doive y survivre. Au lieu de cela, il utilise un ballon comme partenaire – en fin de compte, une projection de lui-même », explique Viviane Thill. Il y a deux mois, Viviane Thill a déjà travaillé sur un dossier du Forum consacré à la relation entre l’homme et l’animal. Elle y explique une tension caractéristique du XXIe siècle : alors que l’intérêt pour les animaux de compagnie et le monde animal en général ne cesse de croître, la biodiversité s’effondre. Elle aborde également le déséquilibre entre les animaux domestiques – chiens, chats, bovins, moutons – et les animaux sauvages. Selon certaines estimations, la masse totale des mammifères terrestres et marins élevés comme animaux de compagnie et de ceux vivant à l’état sauvage présenterait un écart considérable. Ces derniers ne représentent qu’une masse de 60 millions de tonnes, tandis que les premiers pèsent dix fois plus, soit un total de 630 millions de tonnes.
La conférence « Lost in Nature » s’inscrit dans le cadre du cycle « Cinéma, nature et société ». En mars, une conférence de Gilles Nowikow mettra en lumière la relation entre l’homme et la nature d’un point de vue philosophique, et en mai, l’historien du cinéma Yves Steichen se penchera sur la question de savoir comment les mondes préhistoriques et mythologiques, les planètes lointaines et les écosystèmes extraterrestres ne cessent de conquérir le grand écran. Pour cette série de projections, le CNA collabore avec le Centre d’éducation politique. « Les films véhiculent souvent, de manière plus ou moins explicite, des messages politiques et des valeurs sociales, et offrent ainsi une matière abondante à l’interprétation », explique Steve Hoegener, qui a déjà organisé plusieurs cycles de formation cinématographique. Le Centre d’éducation politique considère que la mise en perspective historique et sociale des œuvres cinématographiques fait partie intégrante de l’éducation aux médias. « Les médias audiovisuels sont omniprésents et accessibles partout », explique M. Hoegener. « Décrypter ces univers visuels est un plaisir, mais cela offre aussi l’occasion de discuter de manière animée de thèmes sociopolitiques. »