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Institutions et démocratie 4 min de lecture

Trois corbeaux

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition avril 2026
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Seuls les amis peuvent trahir. Or, ils ont trahi leur PDG et leur capitaine. À l’instar des syndicats, les responsables des lobbies patronaux ont réclamé une table ronde tripartite. Ils veulent exercer une contre-pression. Le DP les aide.

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël entrave les livraisons de pétrole. Elle entraîne des pénuries d’approvisionnement et de l’inflation. La classe dirigeante mondiale, ici chez nous, s’en moque bien : malgré la guerre, et grâce à elle, les cours boursiers restent élevés et les perspectives de bénéfices sur les marchés financiers sont prometteuses. Le secteur des fonds spéculatifs tire profit de ces réajustements. Les banques s’attendent à des marges plus élevées grâce à la hausse des taux d’intérêt.

Il en va autrement dans l’industrie, le commerce et l’artisanat. Ils craignent de ne pas pouvoir répercuter la hausse des coûts de production sur la clientèle. Ils craignent de ne pas pouvoir compenser la hausse des coûts de production en réduisant les salaires des ouvrières et des employés. Ils craignent que la demande et le chiffre d’affaires ne baissent. Ce sont eux qui donnent le ton à la Chambre de commerce et à la fédération des entreprises. Ils votent pour le DP, le parti des petites et moyennes entreprises. Ils réclament une concertation tripartite. Celle-ci doit décider qu’ils ne devront pas supporter les coûts indirects de la guerre.

En raison de la hausse des prix de l’énergie, les exploitants agricoles doivent mobiliser davantage de fonds de roulement. Ils ont préféré compenser ces coûts supplémentaires en réduisant le capital variable : par des baisses de salaires réels plutôt que par des ajustements indexés. Et grâce à des subventions de l’État. Ils espèrent obtenir le soutien du gouvernement CSV/DP dans le cadre isolé du château de Senningen.

Luc Frieden, issu d’un milieu modeste, souhaite être reconnu par les classes aisées comme l’un des leurs. C’est pourquoi il traite les responsables syndicaux comme du personnel. Chez un PDG, le personnel mange-t-il à la même table que les patrons ? Les matelots, les chauffeurs et les mousses ont-ils leur mot à dire sur la destination du voyage lorsqu’ils sont à bord d’un navire commandé par un capitaine ? Les classes possédantes considèrent actuellement que l’étroitesse d’esprit et l’entêtement sont contre-productifs. Mercredi, Luc Frieden a annoncé la tenue d’une réunion tripartite.

L’objectif d’une négociation tripartite est de parvenir à un compromis entre les classes sociales. Lorsque les subventions de l’État empêchent un jeu à somme nulle, lorsque chacun y trouve son compte. Comme en 1977 : suppressions d’emplois contre des garanties en matière d’emploi et de maintien des sites d’implantation. Ou en 2006 : manipulation de l’indice contre un statut unique. Ou en 2020 : chômage partiel, congés familiaux contre le remboursement des frais de fonctionnement courants.

Les chefs d’entreprise gardent un bon souvenir d’autres accords tripartites : lorsque les syndicats ont été invités à accepter des manipulations d’indices sans contrepartie.

Sur un point, le petit et le grand capital sont d’accord : les mesures sociales prises après l’invasion russe de l’Ukraine ne doivent pas être renouvelées après l’invasion américaine de l’Iran. Elles étaient trop sociales, trop coûteuses. Dans notre pays, il s’agissait d’un plafonnement des prix de l’énergie, du chômage partiel, d’une baisse de la TVA, d’une augmentation des primes énergétiques, d’allocations de vie chère, de crédits d’impôt… pour un montant de 2,53 milliards d’euros.

L’appareil du Consensus de Washington tire à tout va : « Les responsables de l’UE exhortent les gouvernements à éviter d’apporter un soutien excessif pour compenser la flambée des prix de l’énergie, avertissant que le choc de la guerre en Iran pourrait déboucher sur une crise budgétaire » (Financial Times, 7 avril 2026). L’OCDE exige « que les mesures de soutien énergétique soient limitées dans le temps et ciblent les ménages à faibles revenus et les entreprises grandes consommatrices d’énergie » (10 avril 2026). « Le FMI a mis en garde hier l’UE contre toute réponse à la crise énergétique consistant à assouplir ses règles budgétaires » (16 avril 2026).

La Chambre de commerce a déjà préparé un compromis tripartite. Elle propose un « soutien ciblé aux ménages modestes et aux entreprises vulnérables » en échange d’une « modification du mécanisme d’indexation des salaires » (Idea, Décryptage n° 55, p. 4). Ce « soutien » serait financé par l’État. La « modification » serait quant à elle à la charge des salariés. Les employeurs tireraient profit des baisses de salaires réels. Librement inspiré du poème de Marcel Reuland sur la tripartite de Pissingen et les trois tonneaux.