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Société 4 min de lecture

tramway

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2025
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« Les tramways bondiront / La lueur des lampes brillera dans la nuit / Telles des bannières victorieuses. » Telle était la prophétie de Vladimir Maïakovski en 1913 (Tragédie). En hommage au pouvoir d’État, ce sont des tramways, et non des soldats, qui ont défilé au début du mois devant le nouveau Grand-Duc. Sous la lueur des projecteurs laser, une foule de pompiers, de sportives et d’artistes s’est déversée dans les rues. À l’image des défilés du Proletkult dans les rues de la Russie soviétique. Selon les mots de Maïakovski, le programme promettait « un ballet multicolore de tramways ». Sur le « pont Grande-Duchesse Charlotte, véritable symbole […] de la résilience de la société luxembourgeoise » (trounwiessel.lu).

Le « ballet des tramways » a fait du tramway l’expression d’une fierté patriotique. D’un volontarisme politique – après vingt ans d’hésitations. D’une conscience écologique – avec un projet d’arrêt GridX. Ces tramways bondissants annonçaient une nation d’usagers heureux.

Les voies de tramway ne mènent pas seulement vers Findel et le stade. Elles mènent vers la modernité. Depuis 150 ans, le tramway est célébré comme un vecteur de progrès. De progrès technique : aux lignes épurées, au métal brillant, transparent comme sur la couverture de la nouvelle brochure de Statec « Le Luxembourg en chiffres ». Du progrès économique, lorsqu’il achemine gratuitement les employés vers les bureaux et les commerces situés entre le Kirchberg et la Cloche d’Or.

En 1874, le tramway hippomobile a émis un emprunt en tant que « chemin de fer américain » moderne. Un an plus tard, le président du Bois se réjouissait : « L’inauguration qui nous réunit aujourd’hui marque une nouvelle étape du Grand-Duché sur la voie du progrès. Voilà les fruits d’une administration libérale et intelligente ! » (Luxemburger Wort, 22 février 1875).

Au cours de la deuxième révolution industrielle, le tramway est passé à l’électricité. Cela représentait un progrès par rapport au tramway rural tiré par des chevaux et au chemin de fer à voie étroite fumant du XIXe siècle. En 1908, la province crut entendre le spectre de l’urbanité : « Depuis huit jours, les cloches de signalisation du tramway électrique font résonner une certaine sonorité métropolitaine dans l’agitation de nos rues » (Luxemburger Zeitung, 8 août 1908).

Même la suppression du tramway en 1964 a rendu Luxembourg plus moderne : « Dans un avenir proche, la dernière ligne de tramway de la ville de Luxembourg disparaîtra. Aucun automobiliste ne regrettera ce monstre d’acier, car il représentait un danger irresponsable pour la circulation » (Lëtzebuerger Land, 24 janvier 1964).

Pendant des décennies, l’« administration libérale et intelligente » s’est inscrite dans la logique fordiste du progrès. Au nom des commerçantes et des automobilistes : lors de la campagne électorale de 1999, elle fit accoupler des bus articulés les uns aux autres afin d’illustrer le caractère monstrueux d’un projet démodé de « Zuch duerch d’Nei Avenue ».

Le mouvement écologiste a vu dans le progrès une idée rétrograde. En 1991, des cheminots et des écologistes ont fondé une Association pour la propagation d’un tramway moderne au Luxembourg. En 2017, la réintroduction du tramway a rendu la ville et le pays plus modernes.

La politique économique fait la distinction entre le marché d’exportation et le marché intérieur. Il en va de même pour la représentation symbolique du progrès national : les satellites SES, qui tournent à toute vitesse autour de la Terre, sont les symboles du progrès pour le premier. Quant au marché intérieur politique et économique, le tramway, si tranquille, doit lui suffire comme symbole de progrès. Même le tramway rapide ne doit pas dépasser les bornes.

Le tramway n’est pas un petit train. C’est tout le contraire. Le train part à la découverte du monde. C’est au contact de leurs collègues étrangers que les cheminots ont pris conscience de leur situation sociale. Le tramway sillonne la petite ville. Sa petite bourgeoisie pense en termes de rails. Elle ne tolère aucun écart. Au lieu de rêver de la débauche de la grande ville, elle rêve de pistes cyclables, de places de parking devant sa boulangerie. Quand un tramway devient une fierté nationale, le pays se transforme en ville, et le chef du gouvernement en maire.