Luc Frieden rappelle un peu Donald Trump. Le président américain voulait organiser une réunion tripartite entre des représentants des États-Unis, de la Russie et de l’Ukraine afin de régler l’avenir de l’Ukraine. Il voulait jouer le rôle de médiateur. Il considère Vladimir Poutine comme son égal. Il considère Volodymyr Zelensky comme l’un des siens. Il croit pouvoir dicter des compromis. C’est pourquoi sa médiation ne peut aboutir. Le président ukrainien ne lui fait pas confiance. Le président russe, quant à lui, se sent encouragé à en tirer davantage.
Le chef du CSV souhaitait organiser une réunion tripartite avec l’association des employeurs et les syndicats afin de régler les questions relatives à l’avenir du système des conventions collectives, au temps de travail hebdomadaire et au temps de travail journalier. Il souhaitait jouer le rôle de médiateur.
Il faisait partie du conseil d’administration de BIL, de la Deutsche Bank à Londres, des éditions Sankt-Paulus et de la Chambre de commerce. Lors de la fête d’été du CSV, il avait lancé avec mépris que les responsables syndicaux n’étaient pas habitués à faire des heures supplémentaires. Cette plaisanterie est un marqueur de classe. Les entrepreneurs la racontent depuis des décennies – lorsqu’ils sont entre eux.
Luc Frieden considère le président de l’Union des entreprises luxembourgeoises comme son égal. Il classe les représentants des salariés parmi le personnel. Il pense pouvoir dicter les compromis. C’est pourquoi la médiation ne peut aboutir avec lui. Les syndicats ne lui font pas confiance. L’UEL s’en trouve encouragée à obtenir davantage.
La gagnante de la « Tripartite » est une petite fraction du capital commercial : grâce au CSV et au DP, les supermarchés ont pris le dessus sur les vendeuses, les caissières et les salariées au salaire minimum. Les horaires d’ouverture et le travail dominical devraient être étendus. Le président de l’UEL se sent proche de cette classe moyenne. Il est propriétaire d’une entreprise de plomberie. Le secteur financier et l’industrie d’exportation ne s’intéressent guère à ce débat.
Luc Frieden voulait changer le nom de la « Tripartite ». Le terme « Tripartite » évoque un compromis de classe entre le capital et le travail, où chacun doit avoir son mot à dire et obtenir sa part. Or, l’enrichissement effréné ne semble plus être considéré comme indécent. À cette fin, Frieden, Reckinger et Mischo veulent contourner les syndicats et les affaiblir. Le « partenariat social » sonne comme un magnétophone à cassettes, un portable Nokia, « Hei elei, kuck elei ».
L’ordre du jour de la réunion tripartite ne comportait que des revendications patronales : démantèlement de la loi sur les conventions collectives, réduction des retraites, allongement du travail dominical et des horaires d’ouverture des magasins. Les syndicats étaient sur la défensive. C’est alors que les chroniqueurs spécialisés dans les questions salariales leur reprochent de défendre des « droits acquis ».
À l’issue du troisième cycle de négociations tripartites, le coq a chanté. Le vice-Premier ministre Xavier Bettel a pris ses distances avec son Premier ministre : aucun parti ne disposerait d’un mandat électoral pour une réforme des retraites. En 2023, le programme électoral du CSV a tergiversé : « Il y a ici un besoin d’action à long terme » (p. 15). En revanche, la brochure de campagne de la Chambre de commerce stipulait : « Une réforme du système de pensions devra être mise en œuvre dès le début de la législature, soit en 2024 » (Garantir les finances publiques […], p. 30). Luc Frieden est président du CSV. Il s’en tient au mandat de la Chambre de commerce.
Il n’est pas rare qu’un Premier ministre mette fin aux négociations tripartites. Jean-Claude Juncker l’a fait en 2010, Xavier Bettel l’a fait en 2022. Le 28 juin, des dizaines de milliers de manifestants de l’OGBL et du LCGB ont libéré la tripartite de sa captivité babylonienne. Le CSV et le DP ont pris peur face à leur propre courage. Ils ont renoncé à démanteler la loi sur les conventions collectives. Pour la première fois depuis 40 ans, ils s’attaquent à la vache sacrée que sont les augmentations de cotisations. Ils prolongent la durée minimale d’assurance pour bénéficier d’une retraite anticipée de 480 à 488 mois, au lieu des 540 mois prévus en mai.
Le président du LCGB, Patrick Dury, a estimé qu’il y avait « beaucoup de choses qui vont vraiment dans notre sens » (Radio 100,7, 4 septembre 2025). La présidente de l’OGBL, Nora Back, a déclaré : « Les négociations ont été un échec – davantage sur la forme que sur le fond » (RTL, 3 septembre 2025). Les syndicats étaient prêts à signer un accord tripartite. Si le gouvernement leur en avait proposé un.