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Société 4 min de lecture

Expérience professionnelle

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition mars 2024
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« Il y a tellement de beaux chants de Noël ! Mais si je devais choisir, j’opterais pour “Douce nuit”, dans sa version originale », a répondu la ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, au Luxemburger Wort (23/12/23), lorsqu’on lui a demandé quel était son chant de Noël préféré. Il a donné une réponse similaire au Mouvement écologique. La semaine dernière, lorsqu’on lui a demandé quelle était sa politique environnementale préférée.

Ce politicien du CSV est issu d’une famille de la capitale, elle-même membre du CSV. Il connaît bien son électorat : celui-ci se méfie de l’originalité. Il privilégie la tradition. Les quartiers petits-bourgeois de la ville apprécient les bonnes manières à table, les ongles propres, les messes de Noël et les baisses d’impôts. C’est à ces fonctionnaires, cadres, médecins, femmes au foyer, avocats et retraités conservateurs que Serge Wilmes se présente depuis 15 ans comme un ancien enfant de chœur et le chouchou de sa belle-mère.

Serge Wilmes était un homme déterminé. À 24 ans, il a rédigé un mémoire intitulé « L’Église catholique du Luxembourg et le débat sur l’avortement dans les années 1970 ». Deux ans plus tard, il était déjà un homme politique de carrière. D’abord en tant que responsable de parti. Parallèlement, il est devenu président de la Jeunesse chrétienne-sociale. C’est ainsi que s’appelle la file d’attente des jeunes politiciens qui aspirent à devenir députés ou ministres. Serge Wilmes a cherché à prendre la voie rapide. Il faisait partie du « Dräikinneksgrupp ». Après la perte du pouvoir en 2013, ce groupe a fait pression pour un « renouveau » du parti : les anciens devaient céder leurs postes à la relève.

Serge Wilmes n’avait pas de relations pour bénéficier d’une entrée de choix dans la politique. Il a dû se forger une carrière : au sein de l’appareil du parti, sur la scène politique régionale et communale, avec acharnement. En 2009, il s’est présenté aux élections à la Chambre. Il est arrivé quatorzième. Deux ans plus tard, il a intégré le Parlement. Il s’est présenté aux élections municipales et est arrivé huitième. En 2017, il est arrivé premier et a été élu premier échevin. L’année dernière, il a échoué face à Lydie Polfer dans la course à la mairie.

Il s’est présenté à deux reprises au poste de secrétaire général du CSV. Il a échoué à deux reprises. Après la défaite électorale de 2018, le comité national élargi devait le nommer président du parti. Michel Wolter a mis en garde contre un coup de force. Wilmes a dû se présenter à une élection. Il a été battu par Frank Engel.

Serge Wilmes est plus populaire auprès de l’électorat qu’au sein de son parti. Ses camarades de parti s’irritent de son ambition effrénée. Il a connu le même sort que Xavier Bettel : au final, la direction du parti n’a pas pu ignorer sa popularité.

En tant que député, Wilmes est resté un simple parlementaire de second plan. Il ne prenait pratiquement jamais la parole. Il rédigeait de temps à autre des questions parlementaires. Il préférait serrer des mains. C’est ainsi qu’il est arrivé troisième au sein du CSV au Centre le 8 octobre, devant même l’ancien tête de liste Claude Wiseler. Serge Wilmes avait atteint son objectif : il pouvait désormais prétendre à un poste de ministre.

Le désastre électoral des Verts a servi d’avertissement à tous les partis : on ne peut actuellement pas remporter d’élections en misant sur la protection de l’environnement. L’électorat souhaitait une pause dans la transition climatique. Les entrepreneurs ne sont favorables à la transition climatique que si elle leur rapporte. Le CSV et le DP ont acquiescé : ce sont les chauves-souris qui sont responsables de la crise du bâtiment et des prix de l’immobilier.

Le Premier ministre Luc Frieden s’engage en faveur de la durabilité. La durabilité des rapports de propriété et de pouvoir. Même s’il faut pour cela supporter 50 degrés à l’ombre. Le gouvernement ne veut pas entraver « le progrès dans d’autres domaines importants en imposant des procédures et des règles trop compliquées ». Il promet « proportionnalité et efficacité » (déclaration gouvernementale, 22/11/23). Le marché doit régler le reste. Comme déjà sous la coalition DP, LSAP et Verts : le marché des quotas d’émissions de dioxyde de carbone, les fonds d’investissement verts, les voitures électriques, les panneaux solaires, le diesel, le glyphosate, l’énergie nucléaire.

Il fallait un ministre doté d’une expérience professionnelle pour faire face à une période de stagnation écologique. Un homme qui, en tant que député et conseiller municipal, avait consacré toute son énergie à sa carrière politique. Un homme qui n’avait pas eu le temps de s’occuper de ses portefeuilles. Un homme dont l’ambition personnelle garantissait l’absence de principes nécessaire.