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Société 4 min de lecture

D’où vient le nom « Lenert » ?

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2023
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Le LSAP a voulu entretenir le suspense. Il a préféré attendre cette semaine pour dévoiler le nom de sa tête de liste, celle qui mènera le parti dans la campagne électorale et peut-être même de nouveau au gouvernement.

La ministre de la Santé, Paulette Lenert, était considérée comme la favorite. Ancienne avocate, juge et haute fonctionnaire, elle avait été nommée ministre de la Protection des consommateurs et de l’Aide au développement après les élections de 2018. Afin de respecter la répartition proportionnelle par circonscription du parti. Et d’écarter la députée Tess Burton.

Paulette Lenert était considérée comme une technocrate sans mandat. En octobre 2019, les électeurs lui ont attribué le plus faible niveau de sympathie et de compétence parmi tous les membres du gouvernement. C’est ce qui ressort d’un sondage « Politmonitor » réalisé par TNS-Ilres.

Le 4 février 2020, Paulette Lenert succède à Etienne Schneider au poste de ministre de la Santé. Quatre semaines plus tard, le premier cas de Covid est signalé. Chaque semaine, la ministre de la Santé rassure les téléspectateurs effrayés : « Nous n’allons pas tous mourir. Du moins, pas du Covid. Du moins, pas tant qu’elle s’occupe de la logistique. » Les personnes âgées se souviennent de la grande-duchesse Charlotte sur la BBC.

En juillet 2020, un nouveau sondage est publié : du jour au lendemain, Paulette Lenert est considérée comme la femme politique la plus sympathique et la plus compétente du pays. En l’espace de six mois, son taux de popularité a triplé, passant de 28 % à 90 %.

Le LSAP entend tirer profit de ce capital de sympathie. Il nomme Paulette Lenert au poste de vice-Première ministre. Il la pousse à se présenter comme tête de liste pour les élections à la Chambre. Dix ans plus tard, il souhaite réitérer le succès politique d’Étienne Schneider, issu d’un autre milieu.

L’expertise n’entre pas en ligne de compte : depuis 50 ans, le LSAP se présente comme le garant intransigeant du système d’indexation automatique. Le 4 janvier, Lenert déclare à RTL qu’il est « ouvert à une discussion sur la question de savoir si et comment on peut repenser l’instrument de l’indexation ». Le parti promet une réforme fiscale révolutionnaire. Sur RTL, Lenert confond les tranches d’imposition avec les niveaux de revenu du barème fiscal.

Le LSAP mise sur « l’attachement à 90 % des subordonnés au “charisme” purement personnel du “leader” ». C’est ce qu’affirmait Max Weber en 1919 (La politique comme profession, p. 6). La dirigeante charismatique engagée dans la guerre contre les virus doit sourire sur les affiches électorales et lors des débats télévisés. Afin que les électeurs « ne se soumettent pas par coutume ou par obligation statutaire, mais parce qu’ils croient en [elle] ».

Étienne Schneider, un libéral audacieux, voulait moderniser l’État du CSV. Paulette Lenert, plus hésitante, ne promet aucun projet de société. Son programme repose sur le « don personnel de grâce ». Personne ne lui demande quelle ligne politique elle défend.

En tant que nouvelle venue dans la politique, Paulette Lenert confirme le scepticisme de l’électorat à l’égard des partis. Au sein du LSAP, cette ministre issue de la circonscription la plus conservatrice fait partie des personnalités de la droite : elle n’a aucun lien avec la tradition sociale-démocrate, le monde du travail ou le mouvement syndical.

L’appareil du parti ne considère pas cela comme un inconvénient. Les classes dirigeantes utilisent le LSAP, elles ne votent pas pour lui. Au sein de la classe ouvrière, ce n’est que le parti des ouvriers qualifiés. Pas celui des ouvrières non qualifiées, ni celui du nouveau prolétariat des services.

Le LSAP cherche à séduire les classes moyennes. Cette partie de la petite bourgeoisie qui se permet d’adopter une mentalité libérale et ouverte, individualiste et consumériste. Mais aujourd’hui, les classes moyennes ont peur : de la guerre en Ukraine, de l’inflation, de la pénurie d’énergie, des épidémies, de la crise climatique…

La frange conservatrice de la petite bourgeoisie prend de l’ampleur au détriment de la frange libérale et ouverte d’esprit. Le LSAP s’inquiète pour les voix des électrices. Il a poussé l’héroïne de la crise du Covid à se présenter comme tête de liste. Pour répondre aux réflexes conservateurs : pour promettre une protection maternelle plutôt que l’autodétermination.