RTL avait annoncé la semaine dernière un « débat animé ». Il s’est avéré être une simple discussion de comptoir. Léon Gloden, ministre de l’Intérieur du CSV, et Fred Keup, député de l’ADR, sont d’accord sur le sujet.
Tous deux s’adressent à un électorat composé de retraitées, d’employés, de femmes d’affaires et de fonctionnaires inquiets. Ils attisent leurs craintes et leur promettent de rétablir l’ordre public par la force. Un ordre public dont on ne semble jamais avoir assez.
« D’habitude, on me reproche d’être trop partisan de la loi et de l’ordre », plaisante le ministre du CSV. « Je suis sans aucun doute plus favorable à la loi et à l’ordre que ne l’est peut-être M. Gloden », rétorque le député de l’ADR.
Discuter de l’ordre public, c’est comme jouer au jeu du lièvre et du hérisson. Le lièvre du CSV se vante que, depuis son entrée en fonction, le nombre de policiers est passé de 3 100 à 3 331. Ou encore les délits liés à la drogue : « On table sur 210 arrestations en 2024, soit une hausse de 12 % ». Pour le hérisson de l’ADR, ce n’est jamais assez : « Je pense qu’il faut en faire beaucoup plus que ce qui est fait actuellement. »
Le ministre du CSV lui donne raison. Il promet d’en faire davantage : « L’expulsion renforcée fait partie des mesures qui vont être mises en place. » La « reconnaissance automatique […] des plaques d’immatriculation ». La vidéosurveillance « Visupol » : « Elle est en train d’être massivement déployée dans les quartiers de la ville. »
Le député de l’ADR attise la peur : « Quand des gens se promènent en ville, à la gare, armés de couteaux, quand des gens se font agresser, se font attaquer. » Le ministre du CSV lui reproche « de généraliser, de faire des généralités. C’est la tactique de M. Keup et de l’ADR. » Et la sienne : « Le problème de sécurité culmine avec des crimes tels que l’agression à l’arme blanche qui a fait un mort en début d’année à Bonneweg. Mais de tels délits ne sont que la partie émergée de l’iceberg » (communiqué de presse du CSV, 9 juin 2021).
Le ministre du CSV ne dénonce pas la démagogie de l’ADR. C’est la sienne. Il s’en sert : « Un policier n’a pas le droit de prendre avec son portable une photo pouvant servir de preuve. C’est inacceptable ! »
Le député de l’ADR (avec emphase) : « Nos policiers doivent être considérés comme des héros ! » Car « nous sommes un pays confronté à de très nombreux problèmes de criminalité ». Il pense en connaître les causes : le « tourisme criminel », un « problème lié à l’immigration clandestine ». En 2021, le CSV a réclamé « des procédures plus rapides pour l’expulsion des délinquants sans titre de séjour ».
À l’époque, le CSV dénonçait « le fait que le gouvernement continue de repousser le problème de la sécurité – malgré tous les signaux d’alerte : montée de la violence, délits liés à la drogue, prostitution et mendicité organisée ». Le député de l’ADR maintient : « La situation est désastreuse dans de nombreux endroits du pays, et pas seulement dans le quartier de Garer ; il y a de réels problèmes. »
En 2021, le CSV avait réclamé « une lutte contre la criminalité plutôt qu’une politique de complaisance ». Aujourd’hui, le député de l’ADR s’en prend à « ce qu’on appelle en France “les racailles” ». « La racaille » désigne « la partie du peuple la plus pauvre, considérée comme la plus méprisable » (Trésor de la Langue Française informatisé).
Le CSV et l’ADR forment une alliance pour l’ordre public. Il n’y a aucune différence qualitative entre eux. Seulement une différence quantitative. Le CSV n’est pas plus modéré que l’ADR. Il est simplement plus bureaucratique. Car c’est la séparation des pouvoirs qui fait la différence : au sein du pouvoir législatif, un député peut formuler des revendications. Au sein du pouvoir exécutif, un ministre doit tenir ses engagements. Les personnes et les partis sont interchangeables.
La différence, c’est la longueur du pas. Quand la séparation des pouvoirs passe par Léon Gloden. En tant que député, il a déclaré lors d’une conférence de presse (24/11/22) : « Le policier doit avoir deux pas d’avance. » Devant le voleur. En tant que ministre, il estime désormais : « La police doit avoir une longueur d’avance. »