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Musiques 7 min de lecture

Première mondiale d’un cocktail

Qui ne s'est jamais retrouvé un peu mal à l'aise lors d'une soirée, un verre à la main, ne sachant pas à quelle conversation se joindre ? Catherine Kontz a déconstruit ce phénomène dans sa partition Cocktail Hour, où…

Article paru dans Édition avril 2025
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Un ensemble vocal produit des sons insolites à l'aide de verres, de pailles et de liquides © Claire Barthelemy

Qui ne s’est jamais retrouvé un peu mal à l’aise lors d’une soirée, un verre à la main, ne sachant pas à quelle conversation se joindre ? Catherine Kontz a déconstruit ce phénomène dans sa partition Cocktail Hour, où les verres et les pailles font office d’instruments. Le journal *Das Land* était présent lors de la première représentation publique de la pièce à Londres.

Dans l’East End, non loin des bars et restaurants branchés de Brick Lane, se trouve le discret Brady Arts & Community Centre. Il est sept heures du soir et la fraîcheur de la nuit printanière s’est installée. Avec sa tenue colorée caractéristique, Catherine Kontz se repère facilement, même dans l’obscurité de Hanbury Street.

Elle est venue assister à la représentation de sa propre pièce, qui sera jouée aux côtés d’autres œuvres contemporaines dans le cadre du concert What not to say.

Dans Cocktail Hour, un ensemble vocal produit des sons insolites à l’aide de verres, de pailles et de liquides. Catherine Kontz décrit cette activité comme un « brise-glace », une manière humoristique de surmonter la timidité au sein d’un nouveau groupe. C’est ainsi que des professeurs du Royal College of Music de Londres ont également utilisé cette pièce pour marquer le début du cursus de master en composition. Ils ont chanté et fait jaillir Cocktail Hour avec les étudiants, qui ne sont pas près d’oublier ce début d’année universitaire. Jusqu’à présent, il n’était pas possible d’entendre ce morceau en dehors du conservatoire où Catherine Kontz enseigne. Jusqu’à aujourd’hui.

« À ma connaissance, cette œuvre n’a encore jamais été jouée en public », explique Catherine Kontz. « C’est donc une première mondiale ! », s’exclame-t-elle en riant.

Pour elle aussi, cette soirée sera en quelque sorte une surprise. Elle ne sait pas comment sa composition sera interprétée, car elle-même n’a pas participé à la représentation. « Je suis impatiente de voir comment cela va se passer », déclare Kontz, qui accueille dans le petit hall d’entrée d’autres compositrices et professeurs qui se sont également rendus au centre communautaire.

Au début du concert, une chanteuse de la troupe attire l’attention des spectateurs sur les issues de secours, une tradition britannique classique en matière de « santé et sécurité ». Elle précise toutefois que seules des boissons non alcoolisées seront servies pendant l’entracte.

« C’est un lieu où l’alcool est interdit, nous ne pouvons donc malheureusement pas vous proposer quelque chose de plus animé. Et ce, même si la première partie de la deuxième mi-temps est consacrée à l’apéritif », dit la chanteuse en riant.

Voici un programme qui, selon l’organisateur, explore « le potentiel théâtral des voix », avec des pièces intégrant « la gestuelle, le mouvement et l’improvisation ». Butterflies in the Web (2020) de Joe Davis est une pièce de percussions écrite pendant le confinement lié au coronavirus et répétée via Zoom. Les décalages agaçants inhérents aux vidéoconférences ont été délibérément intégrés à la pièce. Ce soir-là, elle a été interprétée en direct, sans aucun accroc numérique.

« What not to say » de Leon Clowes est le moment fort de la première partie du concert. Les chanteurs et chanteuses reçoivent ici des bouts de papier sur lesquels sont écrites des phrases que personne ne veut entendre dans des situations difficiles. « Ça pourrait être pire. » « Tout ça fait partie d’un grand dessein. » « As-tu déjà essayé la tisane à la camomille ? » Voici quelques-unes de ces phrases bien intentionnées qui, chantées en même temps et pêle-mêle, forment une cacophonie cinglante.

Après l’entracte, les chanteurs et chanteuses font leur entrée sur scène avec des verres à la main : la première mondiale de Cocktail Hour peut commencer. Comme souvent lors des soirées, la pièce démarre plutôt en douceur, avec des personnes qui discutent timidement en petits groupes. Chacun s’agrippe à son verre comme s’il s’agissait d’un point d’appui, certains se mettent à souffler dans les pailles. « Pétiller, avec la voix », peut-on lire sur la partition de Catherine Kontz, divisée en chronologies. Les chanteurs et chanteuses utilisent des minuteurs pour suivre cette partition hors du commun. Les fêtards du groupe situé à droite de la scène semblent plus à l’aise – une femme éclate de rire. Le bouillonnement s’intensifie, les rires redoublent. Soudain, certains se mettent à chanter une gamme ascendante. Les verres font office de petits amplificateurs analogiques pour les voix respectives. « Utilisez la note la plus aiguë de la dernière gamme en si bémol. Le volume augmente », exige la partition. L’ambiance festive et arrosée bascule dans le grotesque. Les verres sont désormais presque vides.

Même si Catherine Kontz n’a pas conçu cette pièce comme une comédie, les rires sont contagieux dans Cocktail Hour. « Il n’est pas obligatoire que ce soit drôle. Je voulais écrire quelque chose qui plaise aux interprètes », explique la compositrice.

Elle semble y être parvenue, car à la fin de la représentation, certains chanteurs et chanteuses arborent un large sourire. La pièce a été présentée par Contemporary Music for All, une organisation qui promeut la musique contemporaine au Royaume-Uni et à l’étranger à travers de petits ensembles, des ateliers et des résidences. Elle réunit des musiciens amateurs et des compositeurs dans le cadre d’un échange inclusif, ce qui est plutôt inhabituel dans ce genre musical. C’est précisément ce qui séduit Catherine Kontz.

« Les voix de ces chanteurs ne sont pas aussi bien entraînées que celles des professionnels », explique-t-elle. Dans l’un des morceaux, par exemple, une chanteuse s’est éclairci la gorge sans que cela ne dérange visiblement les spectateurs. « Avec des professionnels, le tout serait beaucoup plus maîtrisé et aurait moins de charme », estime Catherine Kontz.

Elle estime qu’il est important que les compositeurs et compositrices contemporains n’écrivent pas uniquement de la musique destinée à des musiciens professionnels. « Il y a tant de bruits et de sons à explorer, et c’est dommage de devoir d’abord maîtriser Chopin avant de pouvoir s’essayer à d’autres choses », dit-elle. « Le monde regorge de sons et tout le monde peut en produire. Alors pourquoi ne pas en faire quelque chose de musical ? »

Même les grands compositeurs classiques n’avaient pas toujours accès à des musiciens professionnels. Elle cite l’exemple d’Antonio Vivaldi, qui enseignait au XVIIIe siècle à l’Ospedale della Pietà, un orphelinat pour filles à Venise. Là-bas, les filles avaient le droit de jouer d’instruments habituellement réservés aux hommes. C’est à l’Ospedale que Vivaldi a écrit bon nombre de ses compositions et qu’il les a répétées avec les ensembles de l’orphelinat. « À l’époque, c’était de la musique contemporaine », explique Catherine Kontz. « Il fallait la jouer avec les personnes dont on disposait. Il n’est pas nécessaire que ce soient toujours des musiciens professionnels. »

Kontz suit également ce principe dans son rôle de commissaire du festival luxembourgeois Rainy Days. Pour l’édition de cette année, elle s’est associée à la Luxembourg Saxophone Association afin de monter un projet avec des saxophonistes amateurs. Elle ne peut pas encore révéler de quelle pièce il s’agit, mais une chose est sûre : ce sera une expérience inclusive et très ambitieuse. Car « il existe de nombreuses possibilités créatives pour impliquer les gens », explique la compositrice.

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