Nicolas Klinkeberg n’est pas un grand nerveux. « Que je lâche un paiement de cinq euros ou de plusieurs millions, cela reste un paiement », estime celui qui a travaillé à la Bank of New York Mellon durant 22 ans. Face au changement, le quarantenaire sait s’adapter. Une faculté bien utile lorsque, en 2024, il est victime d’un plan social de la banque américaine. Là encore, Nicolas relativise : « J’ai toujours dit à ma femme que le jour où je serai licencié, je ferai quelque chose dans le vélo ».
Véritable passion dès l’âge de treize ans, la petite reine est pourtant mise de côté lorsqu’il débute sa carrière dans la finance au Luxembourg, en 2002. Installé depuis 2007 à quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise, Nicolas se tourne vers d’autres sports. Il faudra attendre le confinement de 2020 pour que le vélo reprenne une place centrale dans sa vie. « Je pensais juste faire quelques kilomètres », se remémore-t-il amusé. Mais la remise en selle prend rapidement de l’ampleur : Nicolas enchaîne les défis sportifs, participe aux versions pour amateurs de Liège-Bastogne-Liège et de Paris-Roubaix, réalise un tour du Luxembourg, et se lance dans l’Ultra-Raid VTT en Normandie.
Parallèlement, une idée commence à germer. Au fil des années, il constate le peu de réparateurs de vélos dans la région et les contraintes auxquelles sont confrontés certains clients. « Une maman qui veut faire réparer le vélo de son enfant doit parfois se libérer le mercredi après-midi pour l’emmener dans un atelier », observe-t-il. Lorsque le licenciement de Nicolas survient, sa décision est déjà prise : « Je savais que je n’allais pas refaire mon CV pour chercher un autre poste dans la finance ».
Pour transformer son projet en réalité, Nicolas investit une partie de sa prime de licenciement dans l’achat d’une camionnette et de matériel spécialisé. Son objectif est de créer NicoBikeHome, un atelier de réparation de vélos itinérant, qui intervient directement chez les particuliers. Avant de se lancer, il suit une formation de trois mois à l’Institut de formation du vélo de Voiron, en Isère, puis complète son apprentissage par plusieurs stages pratiques, dont quinze jours au sein d’Andy Schleck Cycles. À ceux qui envisagent eux aussi une reconversion, il adresse un conseil simple : « Il faut y croire et se donner les moyens pour que ça marche ». Depuis le mois de mars, il sillonne ainsi les routes du nord de la Lorraine et du Luxembourg avec son atelier mobile. « Tous les clients que j’ai eus jusqu’à présent soulignent le côté pratique du service à domicile », assure-t-il.
Le changement de son quotidien est radical. Fini les horaires fixes, les trajets vers Luxembourg et les journées passées devant un écran. Désormais, Nicolas organise lui-même son emploi du temps. Dans celui-ci, seul le premier rendez-vous de la journée est fixé à une heure précise. Pour les suivants, il préfère annoncer une heure approximative. « Il y a toujours un peu de retard », confie-t-il. Une réalité qu’il apprend à mieux anticiper au fil des interventions. Cette nouvelle liberté lui permet aussi d’adapter son planning à ses envies. « Je peux me garder une matinée pour aller rouler à vélo et travailler davantage un autre jour », explique-t-il. Certaines journées peuvent aussi s’étirer jusque tard dans la soirée lorsque les réparations prennent plus de temps que prévu.
S’il devait citer une chose qui lui manque de son ancienne vie, ce serait ses collègues. « J’aimerais bien en avoir deux ou trois dans la camionnette », plaisante-t-il. Mais la solitude de l’entrepreneuriat est largement compensée par les échanges quotidiens avec ses clients. Chaque intervention est l’occasion d’une nouvelle rencontre qu’il juge particulièrement enrichissante. Nicolas se donne encore deux ans pour évaluer le potentiel de son entreprise, dont les revenus n’ont pour l’instant rien à voir avec ceux qu’il percevait dans la banque. Il sait également que les mois d’hiver seront plus compliqués pour son activité. Comme les magasins spécialisés, il s’attend à une période plus calme et compte profiter de la forte demande estivale pour constituer une réserve suffisante.
Au-delà de l’aspect économique, c’est surtout la richesse technique de son nouveau métier qui le séduit. « Il n’existe pas de réparation standard », résume-t-il. Chaque vélo apporte son lot de particularités et de défis à résoudre. Une réalité qui l’oblige à apprendre en permanence. Un professionnel du secteur lui a d’ailleurs récemment confié qu’il fallait souvent trois à quatre ans de pratique pour se sentir réellement expérimenté. Une perspective qui ne l’effraie pas. Après plus de deux décennies passées dans le même univers professionnel, Nicolas Klinkeberg a retrouvé quelque chose qu’il n’attendait peut-être plus : le plaisir de progresser chaque jour.