Émerveillement début mai dans le jardin : la caméra installée dans la mangeoire pour oiseaux capta un faon à l’aube, visiblement perdu dans cet environnement cloisonné. La caméra est connectée avec une IA qui reconnaît les oiseaux venant picoter dans les graines, mais pas les visiteurs d’une autre classe animale. La mangeoire est made in China et l’IA est américaine et propose normalement les noms d’oiseaux en anglais, il faut alors les traduire avec le LOD pour savoir le nom de l’oiseau en luxembourgeois, et on se dit que nous sommes devenus bien cons. Il y a quelques années, la phrase du philosophe Baptiste Morizot, extraite d’un interview sur France Culture : « aux États-Unis, les enfants savent reconnaître mille logos de marques… mais pas différencier deux feuilles d’arbres », est devenue virale. L’abonnement à l’IA pour identifier les oiseaux ou pour les applications permettant d’identifier les plantes est… payant.
Mais comment arrêter ces abonnements récurrents qui s’amassent au fil du temps, parce qu’on a jadis installé une app pour les enfants, dans laquelle sont vendus des éléments supplémentaires payants (passer au niveau supérieur d’un jeu, acheter du « foin » pour les poneys virtuels…) ? Comment arrêter les abonnements de plateformes de streaming, sur lesquelles on n’a plus trouvé de film à regarder depuis des mois ?
« Cancelling ‘zombie’ subscriptions could save Britons up to £400 a year, survey finds », titra le Guardian le 10 janvier de cette année. Et de citer une étude, qui affirme que les Britanniques déboursent jusqu’à 1 200 livres par an en abonnements, et que 19 pour cent d’entre eux n’utilisent pas tous les abonnements qu’ils paient. « Une fois abonné, on s’en rend à peine compte, le numérique a introduit une telle fluidité des payements qu’on ne les remarque même plus », expliqua la professeure d’économie Françoise Benhamou en 2019 déjà à Libération (dont je peux consulter toute l’archive par mots-clés à partir de chez moi grâce à… un abonnement électronique payant).
Recherche est donc faite des abonnements mensuels ou annuels récurrents payés par carte bancaire ou via PayPal afin d’avoir une meilleure idée de ce qui sort des caisses par an : plus de mille euros pour les versions électroniques de médias nationaux et internationaux (Le Monde, Libé, SZ, NYT, New Yorker, Monopol…) auxquels s’ajoutent plus de 1 300 euros par an pour les licences de logiciels informatiques, le cloud, des plateformes de streaming musique et vidéo, des noms de domaines et les logiciels pour les entretenir. Pour tout retrouver, il faut fouiller dans les courriels (les sociétés correctes envoient un rappel de débit prochain), Paypal, les abonnements dans les applications sur le portable – bref, un travail de détective.
Les pires sont les abonnements avec lesquels on se fait arnaquer : test gratuit d’un gimmick en ligne d’une semaine ou d’un mois, on oublie l’avoir essayé et vlan ! Une somme de plusieurs centaines d’euros est débitée pour un truc dont on ne se servira jamais. Il y a certes un droit de rétractation dans la législation européenne sur les droits des consommateurs – théoriquement, on a quinze jours pour revenir sur un achat à distance –, mais bonne chance pour faire valoir ce droit auprès d’une plateforme qui se trouve à l’autre bout du monde, sans possibilité d’interagir avec un humain. Et en plus : qui se souvient de ses mots de passe pour tous ces abonnements ? Ils sont pourtant nécessaires pour se désabonner aussi.
Les abonnements électroniques furent une idée de génie du capitalisme pour fidéliser les consommateurs, les rendre dépendants d’une société et, au passage, voler leurs données personnelles. Au lieu d’acheter des disques, des journaux, des livres, des CDs, des DVDs ou des logiciels sur CD-Rom qu’on possédait aussi longtemps que le support restait lisible, on les emprunte sous prétexte de garantie de suivi et d’actualisations de la technologie. Même les voitures électroniques sont en leasing, avec des actualisations régulières des logiciels centraux. Or, en désabonnant Spotify pour choisir Apple Music (ou vice-versa), on perd tout le catalogue de musique construit au fil des envies sur des années. Ainsi est créé une dépendance.
C’est décidé : je vais ressortir le classique Die Vögel Luxemburgs publié en 1989 par la Natur- a Vulleschutzliga et remiser cette foutue mangeoire connectée et son IA comme… intelligente arnaque.