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Feuilleton 7 min de lecture

Bad law

Prague, le 21 avril 2026. Thème de discussion lors de la conférence annuelle de l’association professionnelle européenne Eblida : qu’est-ce qui est préférable – un pays avec ou sans loi sur les bibliothèques ? Les lois…

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Prague, le 21 avril 2026. Thème de discussion lors de la conférence annuelle de l’association professionnelle européenne Eblida : qu’est-ce qui est préférable – un pays avec ou sans loi sur les bibliothèques ? Les lois sur les bibliothèques définiraient des principes et un cadre, tel est le mantra éternel. L’ancienne députée britannique Julie Ward soulève la question suivante : que se passe-t-il si une « mauvaise loi » est adoptée ? Une loi qui priverait les bibliothèques des libertés dont elles jouissaient jusque-là dans un état de non-loi, mais néanmoins démocratique et libéral ? Comme ce fut le cas avec la loi luxembourgeoise sur les bibliothèques de 2010 et comme c’est toujours le cas depuis le 17 juin 2026.

Après 15 ans de lobbying mené par les associations de bibliothèques, l’espoir d’une nouvelle loi-modèle européenne moderne sur les bibliothèques était enfin né. Cependant : « Houert Miel gëtt houere Panesch » – un mauvais projet conduit à un mauvais résultat (d’Land, 9 mai 2025). Le type très hétérogène de bibliothèque spécialisée a été greffé sur le cadre de base datant de 2010 de cette « mauvaise loi » destinée aux bibliothèques publiques homogènes. Une idée complètement farfelue ! Tout futur bibliothécaire apprend dès son premier semestre la différence entre les bibliothèques publiques et les bibliothèques universitaires. Consommation vs conservation – difficile à comprendre. En regardant les vidéos de la commission parlementaire de la culture, on constate de manière frappante l’absence de bibliothécaires qualifiés. À lui seul, le débat de plusieurs minutes du 28 janvier 2026 en disait long : que signifie « bibliothéconomie » ? Aucun « expert » ministériel n’a pu indiquer aux députés que la traduction allemande s’appelle tout simplement « Bibliothekswesen ». De même, au cours de plusieurs séances, personne n’a voulu ou pu expliquer la différence entre communication et documentation.

Après la publication du projet de loi n° 8523 au Parlement le 4 avril 2025, cinq acteurs, outre le Conseil d’État, ont rendu des avis pour la plupart accablants. Le ministère de la Culture a semblé dépassé par les événements et s’est contenté d’ignorer la majeure partie de ces avis. Cette incroyable réticence à tenir compte des avis rendus est malheureusement une tradition. En réaction, cinq avis complémentaires, toujours négatifs, ont suivi.

Parmi les plus grandes réussites de la nouvelle loi figurent l’abrogation de l’ancienne loi sur les bibliothèques, qui était la plus autoritaire de toute l’Union européenne ; l’impossibilité faite au ministère de la Culture de publier à nouveau des décrets antidémocratiques et effroyables ; la promotion de la municipalisation des bibliothèques associatives et l’indépendance, attendue depuis longtemps, du personnel des bibliothèques en matière de sélection des médias. De plus, le prêt reste gratuit, d’autant plus que les bibliothèques constituent par nature des lieux d’accueil sans frais d’entrée ni obligation de consommation.

Bien que le ministère de la Culture ait eu à sa disposition les directives européennes et les lois types actuellement en vigueur, il les a sciemment ignorées. En réalité, il aurait fallu définir des missions essentielles à la démocratie, qui pourraient être assurées à tout moment, même en l’absence de financement public des bibliothèques. Le résultat est amateur et donne à réfléchir sur le plan démocratique.

Il manque des définitions établies par des normes internationales, ce qui ouvre la voie à l’arbitraire ministériel en matière de subventions publiques. Les responsables de bibliothèques non étatiques, en particulier, continuent d’être présentés comme des mineurs. Il manque avant tout un droit légal de défense du personnel des bibliothèques contre les tentatives de censure, ainsi que d’autres libertés concernant la politique de désherbage, les horaires d’ouverture, la programmation culturelle et l’adhésion à un réseau de catalogues. La réalité luxembourgeoise se caractérise par de très petites bibliothèques, qui ont besoin d’un personnel bénévole et à temps partiel non soutenu par la loi. Le personnel des bibliothèques doit bénéficier d’une formation initiale et continue minimale dans le cadre de cours. Les personnes souhaitant créer une bibliothèque devraient bénéficier de conseils spécialisés. Mais où est prévu le service spécialisé traditionnel chargé de cela ? Il n’existe absolument aucune aide financière pour les bibliothèques publiques de langue non luxembourgeoise, comme par exemple une bibliothèque néerlandaise à Pfaffental, ce qui a d’ailleurs été dénoncé à juste titre par le journal *Das Wort* (25 mars et 26 mai 2026). La société Clarivate PLC, quant à elle, vous remercie pour les bénéfices supplémentaires générés par la position de monopole dont elle jouit en matière de logiciels de bibliothèque (article 9), sous prétexte de la participation obligatoire au catalogue collectif de la BNL (réseau). Enfin, le montant annoncé de toutes les subventions éventuelles reste une plaisanterie, comme l’a d’ailleurs fait remarquer à juste titre à deux reprises l’association intercommunale Syvicol dans ses expertises.

En matière de législation sur les bibliothèques, le Luxembourg reste fidèle à un financement permanent des activités courantes, plutôt que de se limiter à un soutien incitatif purement axé sur le développement des structures. Une crise économique majeure balayerait les bibliothèques non étatiques, qui dépendent fortement du financement public.

Les bibliothèques spécialisées, souvent désignées à tort dans notre pays sous le nom de « centres de documentation », ne s’adressent pas au grand public, mais à un groupe spécifique de la population. Le public cible privilégié par le ministère : les passionnés d’histoire locale. En tant que bibliothèques spécialisées, elles traitent généralement d’un seul thème. En réalité, il s’agit plutôt d’archives locales. Quoi qu’il en soit, au niveau international, elles n’ont pas leur place dans une loi sur les bibliothèques publiques.

Le soutien financier accru accordé à la politique d’achat de Luxemburgensia (article 13) réjouit tous les nationalistes. Toutefois, le tri régulier garantit qu’après un à deux ans sans avoir été emprunté, tout ouvrage, aussi précieux soit-il sur le plan littéraire, mais qui prend la poussière, soit retiré du fonds. Un peu comme lors des soldes dans les librairies. Cela peut paraître déplaisant et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles un tel soutien à l’acquisition de la littérature nationale n’existe pas dans les législations étrangères relatives aux bibliothèques.

Pluralisme contre spécialisation : au cours des débats sur le projet de loi, le terme « pluralisme » (art. 1, 1°) issu de la loi Sylvie-Robert a été ajouté à la hâte au projet. Ce qui aurait pour conséquence d’exclure un très grand nombre de bibliothèques spécialisées de toute aide publique ! Sur ce point, la loi sera à coup sûr détournée ou réinterprétée ultérieurement de manière à ce que les fonds de subvention puissent tout de même être prélevés pour la création d’une bibliothèque dédiée au président de l’UE Jean-Claude Juncker, flipper compris.

Tout comme pour la première loi sur les bibliothèques du 22 avril 2010, l’adoption de cette mauvaise loi s’est conclue à l’unanimité le 17 juin. Faire quelque chose de bien pour les bibliothèques. Sauf que cela a plutôt créé des incertitudes juridiques, que notre prétendu « grand État » se montre très hostile aux bibliothèques de village et que la professionnalisation du secteur échouera face aux coûts élevés liés au personnel au niveau local. Des obstacles dissuasifs empêchent la création de nouvelles bibliothèques et leur municipalisation. Les bibliothèques existantes vont crouler sous le poids d’une bureaucratisation et d’une informatisation excessives. Et un Conseil supérieur des bibliothèques superflu va s’occuper de lui-même pendant des années avec un – bien sûr premier – plan de développement des bibliothèques.

Les bibliothécaires, maintes fois frustrés, devront à nouveau mener une campagne de lobbying pendant 15 ans pour peut-être parvenir, en 2041, à faire adopter par le Parlement une loi sur les bibliothèques professionnelle, véritablement libérale, démocratique et moderne. Au moins, un travail préparatoire important a déjà été accompli : tous les rapports d’expertise restent d’une actualité intemporelle et sont soigneusement archivés.

Conclusion : la culture des bibliothèques publiques locales restera, au cours des prochaines décennies, à un niveau étroit d’esprit propre aux pays en développement. Une consolidation infrastructurelle du paysage bibliothécaire, attendue depuis longtemps, a une nouvelle fois été manquée. Ce qu’il ne faut toutefois pas exclure dans ce petit État, c’est l’éventualité qu’une conversation fortuite dans les toilettes puisse décider de la création d’une bibliothèque municipale. Tout comme ce fut le cas en 1962/63 pour l’actuelle Lëtzebuerg City Bibliothèque. Sans aucun soutien ministériel… et sans loi sur les bibliothèques !