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Finance 4 min de lecture

Trop d’impôt tue l’impôt

« Trouvez-vous normal qu’un milliardaire paie moins d’impôts que son chauffeur ? », a demandé la députée verte Sam Tanson au début de son heure d’actualité mercredi au Parlement, souhaitant savoir si le gouvernement…

Article paru dans Édition novembre 2024
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« Trouvez-vous normal qu’un milliardaire paie moins d’impôts que son chauffeur ? », a demandé la députée verte Sam Tanson au début de son heure d’actualité mercredi au Parlement, souhaitant savoir si le gouvernement CSV-DP soutiendrait, au niveau international, l’initiative élaborée par l’économiste français Gabriel Zucman au sein du G20, présidé par le Brésil, visant à taxer la fortune des ultra-riches – les milliardaires et les personnes possédant plus de 100 millions d’euros – à un taux d’au moins 2 %, élaborée par l’économiste français Gabriel Zucman. Afin que les ultra-riches ne se contentent pas de contribuer à la collectivité quand bon leur semble, mais que leurs impôts puissent être utilisés par les États pour financer les infrastructures, les écoles, la culture et le sport de masse, lutter contre la pauvreté mondiale et financer la transition climatique, a déclaré Mme Tanson.

Alors que les partis d’opposition LSAP et Linke se sont prononcés en faveur de l’imposition des plus riches, les deux partis de la majorité craignaient que que l’intervention de Tanson ne soit qu’une tentative déguisée de (ré)introduire au Luxembourg l’impôt sur la fortune et un impôt sur les successions en ligne directe. « Cela n’arrivera pas avec le CSV et le DP », s’est indignée Diane Adehm (CSV), car cela rendrait le Luxembourg moins attractif pour les « talents » et l’impôt sur la fortune irait de pair avec la suppression du secret bancaire pour les résidents. Mais le CSV ne souhaite pas « le citoyen transparent », « ça ne correspond pas à notre culture, où tout le monde connaît tout le monde », et de toute façon, il n’y a pas de milliardaires au Luxembourg, a estimé Mme Adehm. En tant qu’étudiante en sciences économiques, elle a « appris dès l’un de ses tout premiers cours d’économie : trop d’impôt tue l’impôt ».

« Je ne veux pas mettre le Luxembourg en péril en parlant ici d’impôt sur la fortune », a déclaré pour sa part Patrick Goldschmidt (DP), se prononçant en faveur d’une baisse de l’impôt sur le revenu plutôt que d’une augmentation de l’impôt sur la fortune. Les très riches paient certes moins en pourcentage, mais leur contribution nominale reste relativement élevée. De plus, tout citoyen, qu’il soit milliardaire ou non, peut faire appel à un conseiller fiscal pour réduire sa charge fiscale : « Et s’ils détiennent justement un paquet d’actions dans une société, c’est cette société qui perçoit les revenus et qui paie les impôts en conséquence », a déclaré le député qui perçoit les revenus complémentaires les plus élevés du Parlement. Avec la mise en place d’un taux d’imposition minimum mondial de 15 % pour les entreprises, décidé au niveau de l’OCDE et du G20, une plus grande équité fiscale sera de toute façon bientôt atteinte.

Le ministre des Finances du CSV, Gilles Roth, a avancé un argument similaire : « Allons-nous vraiment passer au crible le patrimoine de 650 000 personnes jusqu’au dernier sou, pour finalement découvrir peut-être qu’il n’y a pas un seul milliardaire au Luxembourg ? », s’est-il emporté mercredi. Au niveau international, il n’y a pas de consensus sur l’imposition des ultra-riches ; la tendance est plutôt à ce que chaque pays tente d’attirer les riches. Aux États-Unis, on mise pour cela sur des allègements fiscaux plutôt que sur des hausses : « Lors du premier mandat de Trump, il y a eu d’importants allègements fiscaux pour les gros contribuables et les entreprises, et pour 2025 également, des allègements fiscaux massifs ont entre-temps été annoncés aux États-Unis. Nous devons donc, en Europe, nous interroger en priorité sur notre propre compétitivité », a déclaré M. Roth. Sinon, l’UE risquerait de prendre du retard par rapport aux États-Unis et à la Chine ; selon le rapport Draghi, l’Union européenne aurait besoin de « capitaux privés massifs » à hauteur de 800 milliards d’euros par an. Le gouvernement ne soutiendrait donc la taxation des ultra-riches que si un consensus mondial était trouvé, ce qui n’est toutefois pas en vue pour l’instant.