À Pfaffental, Liliana Miranda est assise devant son écran. Elle prépare le numéro de juillet de Forum ; le titre « Une success story pour la biodiversité luxembourgeoise » apparaît en gras dans son document Word. « Je retravaille la structure du texte et je vérifie que l’article ne tombe pas dans le jargon. » L’article a été rédigé par les deux botanistes Tania Walisch et Laura Dacco – deux autrices spécialisées. Or, avec les auteurs spécialisés, on court le risque qu’ils se perdent dans les détails techniques. C’est contre cela que lutte Liliana Miranda. Ancienne journaliste au Quotidien, elle a été secrétaire générale de l’ADR jusqu’en 2014 (elle a quitté le parti à l’époque parce qu’il lui manquait une « image sérieuse » et que certaines idées lui semblaient « trop extrêmes »). À côté d’elle, deux chaises sont libres : Naomi Berrend, diplômée en littérature et coordinatrice de la rédaction, et le politologue Philippe Reuter, actuel coordinateur de la revue, travaillent à domicile. La secrétaire Ute Hoffmann gère actuellement la base de données des abonnés. Le magazine d’auteurs compte environ 1 000 abonnés.
Un chiffre qui semble stable, mais qui, dans le contexte général de la croissance démographique, affiche une tendance à la baisse. Comme c’est généralement le cas pour la presse écrite. Dès 1987, Forum comptait 1 100 abonnés réguliers. Ce chiffre a surtout augmenté au cours de la décennie où Dominique Schlechter a guidé le magazine à travers les aléas de la production. « Notamment parce qu’il y avait peu de médias imprimés en dehors de la presse quotidienne. Pas d’Internet. Et moins de médias thématiques », explique-t-elle. Cette théologienne et sociologue de formation a été la première employée permanente de Forum. « Mes tâches allaient de la gestion des abonnements à la rédaction et à la révision de textes, en passant par la mise en page. » En 1985, elle a commencé ce travail à la machine à écrire ; en 1997, elle l’a transmis à Jürgen Stoldt sur ordinateur. Au cours des premières années, le bureau de Forum se trouvait en face du Sang a Klang, dans l’Ökozentrum ; depuis 2009, il est situé en face de l’ascenseur. « Au début, le fait de coller les documents pour l’imprimerie était surtout un moment convivial : nous nous retrouvions tous les quatre dans une cave où nous pouvions étaler nos feuilles sur une grande surface », se souvient Dominique Schlechter.
À la fin des années 1980, il est devenu nécessaire de recruter du personnel permanent, car après des débuts marqués par l’énergie de la jeunesse, l’élan intellectuel s’était essoufflé. Les jeunes qui avaient fondé Forum en 1976 étaient devenus des actifs dont le temps disponible pour le bénévolat au sein de Forum s’était considérablement réduit. Aux côtés de Dominique Schlechter, son mari, le sociologue Fernand Fehlen, dont les analyses électorales minutieuses publiées sont aujourd’hui sans pareilles, était également actif dans la phase initiale. De plus, l’historien Michel Pauly, l’enseignant Serge Kollwelter et le couple Charles Staudt et Christine Blanche exerçaient des activités bénévoles. Pauly explique que ce groupe s’est formé au début des années 1970 au sein de la paroisse de jeunesse, où se sont également constitués la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne) et le GAG (groupe de travail sociopolitique). Ce dernier ne voulait pas voir la foi chrétienne se limiter à la pratique religieuse, mais s’exprimait politiquement : « Nous nous intéressions à la critique du capitalisme, à l’apartheid en Afrique du Sud, au colonialisme et au traitement réservé aux étrangers ici », explique Pauly. On se considérait alors comme une alternative chrétienne au CSV. À l’époque, la jeunesse s’inspirait notamment de Johann Baptist Metz. Ce théologien de Münster défendait l’approche de « l’autorité des souffrants » pour parvenir à une humanisation du monde, et était influencé par l’École de Francfort.
Et comme le rédacteur en chef du Wort – André Heiderscheid – ne voulait pas publier les lieux et horaires des messes pour les jeunes, « nous, les jeunes, avons décidé de fonder notre propre journal, qui s’appelait le Bulletin d’information », raconte Pauly. De ce bulletin est né le Forum, avec la devise « pour une information critique sur la politique, la culture et la religion ». En janvier 1976, on se présentait avec la phrase « Bon, tu connais ce journal ici » et on s’excusait pour le nom assez « banal » du magazine. Mais il exprimait ce qu’ils voulaient être : « Une plateforme de dialogue, une place publique pour les opinions ». Comme ils ne trouvaient pas suffisamment de rédacteurs au Luxembourg, ils reprenaient parfois des articles de la presse étrangère. Le premier numéro contient un article tiré du Monde intitulé « Démocratie chrétienne et théologie de la révolution » ; d’autres articles traitaient également de thèmes liés au catholicisme de gauche – les chrétiens-marxistes en Italie, « l’Église et la société de performance », l’oppression religieuse en Union soviétique. Dans le contexte culturel et religieux actuel, un tel choix de thèmes ne serait plus compréhensible.
Le contexte politique général était lui aussi différent. Le rédacteur en chef du Wort, André Heiderscheid, estimait qu’en période de guerre froide, il était de son devoir de protéger la société contre les idées marxistes « sous toutes leurs formes », car on ne voulait pas contribuer à « semer la confusion dans les esprits ». C’est pourquoi il s’opposa aux opinions des membres du Forum. De manière générale, l’appel à plus de pluralisme risquait de transformer le Wort en un « journal banal et sans opinion ». Le pouvoir de Heiderscheid devait être considérable à l’époque, car Pauly se souvient que même l’évêque Jean Hengen avait appelé à la modération envers les Jeunes chrétiens – en vain. Or, à cette époque, le Wort était entièrement entre les mains du diocèse.
Bénévolat, débats, définition commune des thèmes et recours à des experts externes : c’est cette culture communautaire que la rédaction bénévole, composée de huit personnes, souhaite continuer à cultiver aujourd’hui encore. Depuis plus d’un an, la critique de cinéma et ancienne collaboratrice de la CNA, Viviane Thill, est présidente de l’ASBL Forum et membre de la rédaction. Elle souhaite mettre un nouvel accent sur les contributions audiovisuelles et ne pas se contenter de « publier des interviews sous forme écrite ». En effet, les jeunes découvrent Forum via Internet, et non plus en kiosque. On tente en outre de « rassembler les forces de la bonne volonté » – c’est-à-dire la société civile et des organisations telles que l’ASTM (Action Solidarité Tiers Monde) et l’EwB (Éducation des adultes). Tout comme Forum, ces organisations sont issues du milieu de la jeunesse des années 1970.
« Peut-être que, contre toute attente, Forum existera encore dans dix ans ! », écrivait Jürgen Stoldt en 2010 dans le numéro 300. Il faisait ainsi allusion à une stabilisation de la situation financière depuis 2006 grâce à une subvention du ministère de la Culture s’élevant alors à 26 000 euros (elle s’élève désormais à 52 000 euros). Depuis juillet 2021, l’État accorde en outre une aide d’environ 100 000 euros à la « presse citoyenne ». Cette mesure a été mise en place sous le ministre des Médias Xavier Bettel (DP). Quiconque emploie au moins deux journalistes professionnels, implique des citoyens dans le travail rédactionnel et contribue à la cohésion sociale peut ainsi renflouer son budget. Seuls Forum et Radio ARA remplissent (à ce jour) ces critères.
C’est également en 2010 que Forum a commencé à recruter, au sein de cette université alors encore jeune, de nouveaux auteurs chargés de commenter les résultats de la recherche en sciences sociales. Ils ont pris la relève des enseignants qui étaient prêts à rédiger des textes engagés pendant leur temps libre (et qui ont commencé à alimenter leurs propres blogs ainsi que les réseaux sociaux). Les lecteurs ont mis en garde contre le risque de devenir le porte-parole de l’université. Mais en raison de la pression liée à la publication académique, les chercheurs universitaires se sont à nouveau pratiquement tus dans le débat – ils préfèrent publier des articles en jargon dans des revues à comité de lecture plutôt que de s’adresser aux contribuables qui financent leurs recherches. À cette époque, on a d’ailleurs commencé à recruter de jeunes diplômés universitaires pour la coordination, dont la première génération était composée de Laurent Schmit (aujourd’hui journaliste) et de Bernard Thomas. L’auteure de cet article a pris en 2013 la succession de Thomas, aujourd’hui journaliste au Land. En 2022, sous la direction de Henning Marmulla, on a commencé à ne publier plus que six numéros par an (au risque de perdre le contact avec l’actualité), tout en consacrant davantage de temps aux débats publics organisés dans les rotondes.
La professionnalisation, amorcée sous la direction de Dominique Schlechter, s’est poursuivie avec Jürgen Stoldt de 1997 à 2002. Dans un paysage médiatique quelque peu endormi, où la campagne était pratiquement le seul sujet des débats politiques, il a lancé des enquêtes sur les dysfonctionnements institutionnels – ce qui a donné lieu à des numéros consacrés à la criminalité économique et au blanchiment d’argent, ainsi qu’à une analyse critique de la monarchie à l’approche du changement de trône. Le numéro intitulé « Que peut-on faire en matière de satire ? », qui soulevait la question de savoir dans quelle mesure le Feierkrop tenait des propos misogynes et xénophobes, a également fait des vagues. Les débats sur l’Église étaient désormais pratiquement absents – le catholicisme perdait de son importance dans l’ensemble de la société. » La germaniste Lynn Herr a ensuite tenté de poursuivre dans cette voie journalistique.
Comment parvenir aujourd’hui à rassembler une opinion publique civique où chacun puisse exprimer son opinion sur tout et à tout moment ? Souvent, chez les auteurs non professionnels, l’idée brute se perd derrière deux à sept filtres IA. Au sein de Forum, on estime que les administrations, les musées et les archives regorgent de personnes très cultivées qui pourraient désormais diffuser leurs connaissances de manière plus ciblée. Mais les citoyens engagés semblent aussi rechercher de plus en plus le dialogue direct : des tables rondes où chacun peut faire valoir son opinion, ses analyses et ses particularités en temps réel. Il n’est donc sans doute pas erroné de miser davantage depuis quatre ans sur Public Forum afin d’offrir une « plateforme de discussion commune », comme l’ASBL aime à se définir.