Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Économie nationale 15 min de lecture

Et si c’était un garçon de Veen ?

Entre touristes insouciants, habitants de longue date, artistes et précarité socio-économique, une nouvelle équipe politique s'implante à Vianden

Article paru dans Édition août 2025
Partager l'article sur

Et si c’était un garçon de Veen ?
« Le château, d’une taille absurdement démesurée, semble collé à la pente », explique Zahree Veermann, une habitante de la région. © Photo : Sven Becker

Aux côtés des candidates au concours de beauté « Miss Tourisme », vêtues de robes de cocktail et dont la gagnante sera couronnée à l’automne, le ministre du Tourisme et de la Culture, Eric Thill, se tenait il y a dix jours, vêtu d’un costume gris, au bord de la piscine de Vianden. Le responsable politique du DP a officiellement inauguré le bassin de 50 mètres : les baigneurs peuvent désormais à nouveau faire leurs longueurs en admirant la vue sur le château. En 2019, un accident de baignade s’était produit ici, qui s’était toutefois bien terminé. Les enquêtes menées par la suite avaient révélé que des travaux de rénovation étaient nécessaires et qu’un personnel qualifié devait assurer la surveillance afin de garantir la sécurité. Mais le conseil communal de l’époque n’a pratiquement rien entrepris, et les installations se sont délabrées. La piscine en plein air, inaugurée à l’été 1971, accueillait jusqu’à 1 300 visiteurs par jour à son apogée. Sa fermeture a réveillé chez de nombreux Luxembourgeois des souvenirs nostalgiques des étés passés.

Il y a deux ans, lorsque quelques habitants ont visité le complexe abandonné, ils ont été choqués : les baskets du maître-nageur étaient encore là, comme si la piscine avait fermé la veille. Les systèmes de filtration et les pompes n’avaient pas été rangés pour l’hiver et étaient donc tombés en panne. On pouvait prévoir la suite : les bassins vides, dans les fissures du béton desquels poussaient déjà des herbes, ont fait bouillonner les esprits au sein de la classe politique locale. Avec la promesse de ramener les maillots de bain, les bikinis et les joies de la baignade, la liste citoyenne « No beim Bierger » s’est présentée contre la liste de l’ancien maire Claude Tonino, « Fir ee stoarkt Vianden ». La première compte désormais huit des neuf membres du conseil communal, y compris le conseil des échevins. Le seul survivant politique de l’ancienne garde est Jean-Marie Klasen, âgé de 63 ans.

Mardi matin, les agents municipaux parcourent la rue principale avec leurs déchets verts. Devant le salon de tatouage Empire, une femme d’un certain âge en pantalon de jogging passe avec son shiba inu noir. Deux randonneurs enlèvent leurs pulls près d’un banc en bois. Un couple de Néerlandais boit un café sur la terrasse de la boulangerie Müller ; de la musique techno résonne depuis le fournil. De l’autre côté de la rue, une maison est à vendre : 345 mètres carrés pour 650 000 euros. Depuis les années 1980, ces prix relativement bas attirent une communauté d’artistes bohèmes à Vianden – une dizaine d’ateliers ont vu le jour. Dans la Bahnhofstraße, Zahree Veerman est assis dans son atelier et dessine des images en noir et blanc. « Vivre à Vianden, c’est comme si chaque jour était un jour de vacances », dit-il.

Il y a sept ans, Zahree Veerman a quitté Clerf pour s’installer à Vianden – selon elle, ces deux villes ne sont pas comparables : « Vianden est une ville lumineuse, le château, d’une taille démesurée, semble collé à flanc de colline, les habitants sont particuliers – dans le sens le plus positif du terme – et se consacrent à leur artisanat : ils font de l’apiculture, cultivent la vigne, distillent de l’eau-de-vie de noix. » Contrairement à Clerf, Vianden compte de nombreuses familles établies de longue date – des clans, pour ainsi dire. « Mais l’esprit communautaire l’emporte sur les risques de conflit, comme en témoignent les nombreux projets bénévoles. » Lui-même est actif au sein de l’association Viart, qui organise la « Viandener Konschtour » à la Pentecôte. Les structures claniques se reflètent également dans le folklore. Chaque année en novembre, le jour de la Saint-Martin, des dizaines de femmes, d’hommes et d’enfants de Vianden et des environs défilent à travers la petite ville avec des torches allumées. Il s’agit d’un rituel mis en scène comme une sorte de combat symbolique entre l’« Ennichtgaass », à l’est de l’Our, et l’« Iewischtgaass », à l’ouest de la rivière – à la fin, les deux groupes se rejoignent au centre du village. Des chants populaires sont alors entonnés.

Aucune commune du pays ne tire du tourisme des revenus aussi importants que Vianden. La ville accueille environ 600 000 visiteurs par an, et 260 000 billets d’entrée sont vendus rien qu’à l’entrée du château. Le château est certes géré par l’État, mais la commune en tire profit grâce à diverses redevances. Environ 300 000 euros proviennent chaque année des taxes touristiques versées dans les caisses de la commune. Les horodateurs et le camping rapportent en outre environ 200 000 euros. Le téléphérique géré par la commune, qui génère environ 400 000 euros de bénéfices par an, constitue un autre pilier financier. Ces chiffres sont cités par le maire Francis (François) Weyrich, assis à la mairie : cheveux gris ébouriffés, chaussures orange, lunettes. Il passe également en revue les coûts de la nouvelle piscine – environ 10 millions d’euros, dont la moitié est prise en charge par l’État. Parmi les autres projets en cours ou prévus figurent : l’auberge de jeunesse, qui doit ouvrir l’année prochaine avec 120 lits, et un nouveau parking couvert comprenant également 120 places. « Il faut absolument qu’on construise une nouvelle Maison Relais, qui coûtera environ 15 millions à la commune », déclare M. Weyrich. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir donné la priorité à la piscine plutôt qu’à cet établissement d’accueil. M. Weyrich reconnaît que la construction de la « Maison Relais » a pris du retard : « Mais contrairement au précédent conseil municipal, nous avons cherché et trouvé un emplacement à circulation réduite, plus proche de l’école ».

Aujourd’hui, Francis Weyrich est assis tout naturellement à une table en bois de cinq mètres de long, sous un plafond voûté de la mairie ; mais son arrivée ne s’est pas faite sans heurts. Peu après les élections, le maire sortant Claude Tonino a lancé une enquête, comme l’a rapporté RTL. Il a émis des doutes quant au fait que Weyrich et Paul Petry aient effectivement leur résidence principale à Vianden. Le ministère de l’Intérieur a alors vérifié les lieux de résidence des candidats et a finalement donné son feu vert. « Je bois mon café ici tous les matins », déclare Weyrich au journal *Der Land*. Le week-end, cependant, il réside à Körperich, de l’autre côté de la frontière. Cette résidence secondaire s’est imposée lorsqu’il n’a pas pu agrandir son entreprise de couverture à Vianden par manque de place – désormais, l’entreprise dispose de deux sites d’activité.

Tout comme sa sœur et son frère, Paul Petry travaille dans le secteur hôtelier à Vianden. Sur les 837 bulletins de vote valides, il a recueilli 586 voix. Weyrich arrive en deuxième position avec 484 voix. Les deux hommes se partageront la fonction de maire selon un roulement triennal. Plus d’un électeur sur deux a voté pour Weyrich et Petry. Pourquoi ? Dans la rue principale, cinq habitants donnent leur avis : ce sont des entrepreneurs terre-à-terre, qui savent comment s’y prendre avec le personnel. « Et ce sont des gars du coin ». Et ils sont présents – lors de concerts et de vernissages. La question du domicile a-t-elle fait réfléchir ces électeurs ? Pas vraiment : « Comme leur entreprise est implantée ici, ils passent de toute façon la plupart de leur temps sur place », estime une dame. D’autres n’avaient pas entendu parler de la polémique. Pourrait-il y avoir des conflits d’intérêts liés à leur activité entrepreneuriale ? Si la commune encourage le tourisme, c’est bien sûr intéressant pour la famille Petry, analyse un habitant. Mais c’est toute la commune qui profite du tourisme – et rien ne semble indiquer que Paul Petry envisage de développer son activité. François Weyrich, quant à lui, ne voit aucun avantage personnel à occuper cette fonction : « Depuis que j’ai pris mes fonctions, mon entreprise de couverture n’est plus autorisée à répondre aux appels d’offres. »

À l’ombre des chiffres impressionnants du tourisme, certains indicateurs apparaissent qui devraient inciter la commune à agir. Selon le registre de l’IGSS, 25 % des enfants scolarisés à Vianden sont issus de familles dans lesquelles au moins un des parents se trouve en situation dite de « précarité professionnelle » (chiffres de 2021). Il s’agit du taux le plus élevé de tout le pays – la moyenne nationale s’établissant à 12,7 %. Le revenu médian est également relativement faible : il s’élève à seulement 3 518 euros par mois à Vianden. C’est à Wiltz qu’il est le plus bas, avec 3 167 euros, tandis qu’à Niederanven, il s’élève à 6 659 euros (chiffres de 2023). L’indice linguistique du Liser montre par ailleurs que Vianden se classe dans le tiers inférieur. Cela signifie que la proportion d’enfants scolarisés à Vianden qui ne parlent ni le luxembourgeois ni l’allemand comme première ou deuxième langue est relativement élevée. Selon les chiffres de la commune, 50 % d’entre eux ne possèdent pas de passeport luxembourgeois. 30 % possèdent un passeport portugais, suivis de 2,25 % qui possèdent un passeport français (chiffres de 2024). Vianden compte plus de 2 200 habitants, mais seule la moitié d’entre eux a pu voter lors des dernières élections communales.

Comment la commune compte-t-elle lutter contre les inégalités en matière d’éducation linguistique ? Le maire Weyrich explique à la mairie que des cours d’alphabétisation en français devraient être proposés d’ici trois ans. Située en face de la mairie, la bibliothèque d’Ourdal est facilement accessible depuis la rue principale. Peut-être propose-t-elle des activités qui initient les enfants aux langues et à la lecture de manière ludique. « Notre bibliothèque est gérée par des bénévoles. Tous les enfants et toutes les personnes qui aiment lire sont les bienvenus. Mais nous n’avons pas les moyens de mener à bien des projets éducatifs », explique la bibliothécaire Anita Eydt-Schmit. Dans le cadre du pacte communal « Vivre Ensemble », un poste à temps plein devrait être créé dans les mois à venir ; le nouveau collaborateur devra alors s’occuper, entre autres, des questions liées à la précarité socio-économique.

Comparée à d’autres communes, Vianden n’a pas une histoire récente. Des découvertes archéologiques attestent que la région était déjà peuplée à l’époque romaine et qu’un carrefour routier s’était développé dans la vallée de l’Ourt. Ce n’est toutefois qu’au XIe siècle, avec la création du comté de Vianden, que la localité a acquis une importance politique : comptant parmi les familles nobles les plus puissantes de la région – et entretenant des liens avec la cour impériale allemande et les rois de France –, les comtes de Vianden ont fait ériger un château fort sur le plateau rocheux. En 1417, le comté revint par héritage aux ducs de Nassau, puis à la maison d’Orange-Nassau. Depuis lors, le château s’est progressivement délabré, Vianden ayant perdu son autonomie politique et l’importance stratégique du site s’étant amenuisée. Vianden elle-même s’est transformée en un modeste centre artisanal ; un ouvrage d’histoire datant de 1845 mentionne que la ville comptait principalement des tanneurs. Au milieu du XXe siècle, on fabriquait à Vianden des réfrigérateurs Sivi ; dans les années 70, l’usine a été rachetée par Electrolux, puis fermée en 1997. Depuis, l’activité industrielle est révolue. Le château en ruines a été acquis en 1977 par l’État luxembourgeois auprès de la famille Nassau-Weilburg, puis entièrement restauré sous le patronage du Grand-Duc Jean.

Vingt ans plus tôt déjà, la ville était devenue un pôle touristique local. Lors de l’inauguration du téléphérique en 1955, le journal *Das Wort* n’a pas tari d’éloges, qualifiant le télésiège d’« innovation révolutionnaire pour notre tourisme national ». Les habitants de Vianden, qui avaient surpris le pays avec cette innovation, étaient décrits comme « accueillants », « ambitieux » et « déterminés ». Vianden était présentée comme une « petite ville légendaire », une « magnifique perle de rêve sur l’Our ». On évoquait également l’écrivain français Victor Hugo, qui vécut autrefois à Vianden : « Là où le dernier pylône en acier du télésiège est aujourd’hui ancré dans le béton, le Titan avait coutume de s’attarder. » Après avoir défendu des opinions de plus en plus libérales sur des questions telles que l’injustice sociale, la liberté de la presse et l’abolition de la peine de mort, le Français dut quitter son pays natal et passa environ 19 ans en exil. En 1871, le Luxembourg lui accorda l’asile politique. Dans un discours adressé aux musiciens de Vianden, consigné par écrit par la suite, après une représentation musicale dans le jardin de l’hôtel Koch en juillet 1871, il prophétisa : « Aujourd’hui, dans son paysage splendide que viendra visiter un jour toute l’Europe, Vianden se compose de deux choses également consolantes et magnifiques, l’une sinistre, une ruine, l’autre riante, un peuple. »

Jean-Claude Hollerich a lui aussi gagné son argent de poche grâce à cette vague touristique annoncée. À Vianden, où il a grandi, il vendait des frites près du télésiège lorsqu’il était adolescent. « Je ne gagnais pas assez pour partir en voyage. Alors je me suis acheté un tourne-disque », se souvient-il sur la station de radio Radio Essentiel. À Vianden, ses parents n’allaient pas à la messe, mais lui y allait – comme tous les enfants de son âge. Les processions et les grandes liturgies l’ont marqué, comme il l’a raconté dans l’émission « Gëlle Fro » ; elles ont déclenché chez lui, dès son plus jeune âge, un éveil religieux. Le lendemain de son ordination sacerdotale, fin avril 1990, Hollerich a célébré sa première messe à Vianden, mais dans la salle des fêtes, car l’église des Trinitaires était fermée pour cause de travaux de rénovation. Lorsque Hollerich fut ordonné archevêque en 2011, l’église était rénovée, et son chœur chantait désormais : « Sëdd wëllkomm wéi ee Frënd, dee vum Härgott känt. »

C’est avec fierté que la vallée de l’Our a réagi lorsqu’on a appris qu’un « Veiner Jong » allait être ordonné nouvel archevêque, rapporte Metty Weyrich sur mywort.lu. Feu M. Weyrich, aujourd’hui décédé, était président de la fabrique paroissiale locale et père de l’actuel maire. Francis Weyrich a depuis repris la présidence de la fabrique paroissiale et est régulièrement en contact avec Hollerich. Il espère une synergie entre la nouvelle auberge de jeunesse et le diocèse, comme par exemple l’organisation de rencontres internationales de jeunes catholiques. De son côté, l’évêque nouvellement ordonné, ancien vendeur de frites, avait déclaré en 2011 à l’église des Trinitaires : « Je ne veux pas que Vianden soit uniquement une attraction touristique. Ce doit être un lieu où les gens peuvent être heureux et s’engager les uns pour les autres. »

On conseille à la région d’appeler Nico Walisch, enseignant à la retraite, si elle souhaite en savoir plus sur la solidarité locale. En effet, après Victor Hugo, de nouveaux réfugiés politiques sont arrivés à Vianden. Actuellement, six familles vivent à Vianden : des Vénézuéliens, des Somaliens et des Syriens. Le groupe d’action catholique « Reech eng Hand » est composé de six bénévoles qui s’efforcent d’intégrer les réfugiés vivant à Vianden dans la vie du village. « Nous les invitons par exemple à la fête de la Saint-Martin, nous essayons de leur expliquer cette coutume ou nous organisons des après-midis de loisirs », explique Nico Walisch. Sur le plan administratif, les réfugiés sont bien pris en charge par l’État, « mais il manque un peu d’ambiance dans leur quotidien », ajoute-t-il. Après le début de la guerre en Ukraine en 2022, jusqu’à 60 lits de l’ancienne auberge de jeunesse étaient occupés. À l’époque, un lien si étroit s’était tissé entre les Ukrainiens et les bénévoles locaux que le groupe avait été baptisé « Nei Veiner Ukrainer ». Entre-temps, cette communauté de réfugiés d’une soixantaine de personnes a été incitée par le ministère de la Famille à quitter les lieux et a été dispersée. Une décision que la maire de l’époque, Gaby Frantzen-Heger, et Nico Walisch avaient qualifiée dans le journal Wort d’« déracinement ».

Entre-temps, le DP – en la personne d’Eric Thill – a lui aussi découvert son attachement pour cette localité ardennaise. Fin juillet, ce politicien du Nord s’est non seulement rendu à l’inauguration de la piscine en plein air, mais il était également présent le week-end dernier à la fête médiévale. Dans le premier numéro de 2025 du Gemengebuet , le ministre de la Culture et du Tourisme apparaît pas moins de quatre fois : lors d’une journée commémorative de la libération de Vianden par les forces armées américaines en février 1945, lors de l’inauguration de la petite piscine à l’automne, lors du déménagement de la bibliothèque Ourdall dans la Hauptstraße en juillet, ainsi que lors de la présentation de la course de vélo de gravel prévue cet été. L’année dernière, le maire Francis Weyrich a adhéré au DP. Cela montre bien que la politique nationale est aussi, à la fois, une question de politique communale et de politique de parti.