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Économie nationale 8 min de lecture

Effets de serre

Le Mouvement écologique souhaite inciter la ministre de l'Agriculture à imposer certaines méthodes de culture dans les serres

Article paru dans Édition février 2025
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Les tomates sous serre : au Luxembourg, le taux d'autosuffisance n'atteint même pas 1 % © Photo : Sven Becker

Jean-Claude Muller n’a pas une très bonne opinion du Mouvement écologique. « Tout comme il porte un regard critique sur l’agriculture, je porte un regard critique sur le Mouvement écologique ! » Muller est président de l’Association luxembourgeoise des viticulteurs. Depuis janvier, il est en conflit avec cette organisation environnementale. Tout d’abord, parce qu’elle s’est opposée à un projet de loi de la ministre de l’Agriculture du CSV, Martine Hansen, visant à subventionner les grandes serres : selon elle, ce projet viserait les « grandes exploitations », susceptibles d’évincer du marché les « petites » et « moyennes » exploitations. De plus, le projet de loi ne contiendrait « absolument aucune » prescription concernant les méthodes de culture dans les serres. Cela serait « carrément irresponsable » compte tenu de tous les « problèmes liés à l’utilisation d’engrais et de pesticides ».

La semaine dernière, le Mouvement écologique a remis ça en organisant une conférence de presse sur les pesticides. Il n’était pas principalement question des serres, mais des résidus de pesticides présents dans les denrées alimentaires vendues au Luxembourg en 2022. L’Administration vétérinaire et alimentaire (Alva) analyse chaque année un échantillon représentatif. En 2022, année à laquelle se rapporte le dernier rapport publié, 608 produits ont été contrôlés, allant des fraises au vin rouge. Le Mouvement écologique a réanalysé les données brutes fournies par l’Alva. Et a fini par aborder la question des serres à la fin de la conférence de presse : les fruits et légumes qui en proviennent seraient « particulièrement contaminés ». Jusqu’à 13 produits phytosanitaires différents auraient été détectés dans les fraises analysées par l’Alva, et jusqu’à douze dans les tomates. Selon le Mouvement écologique, « les fraises et les tomates étant en grande partie cultivées en serre », le projet de loi de Martine Hansen devrait être complété par des « critères de culture ».

En réalité, ce n’est pas si difficile à comprendre. Le projet de loi, que la ministre de l’Agriculture souhaiterait voir soumis au vote du Parlement le plus rapidement possible, vise les « grandes » serres ; c’est ce qu’a déclaré Martine Hansen elle-même. Les plus petites sont de toute façon subventionnées par le Trésor public dans le cadre de la loi agricole. Le texte de Mme Hansen, approuvé par le Conseil d’État début décembre, prévoit de débloquer, dans le cadre d’une mesure ponctuelle, une enveloppe de 20 millions d’euros. À l’issue d’un appel d’offres public, une aide en capital pouvant aller jusqu’à douze millions d’euros pourra être accordée par projet. Soit 40 % de l’investissement, ou 55 % si le demandeur est jeune. Sur Radio 100,7, Jean-Claude Muller, de l’Association cantonale de l’horticulture, avait mis cela en perspective il y a quatre semaines : Il faut 2,5 millions d’euros pour construire un hectare de serres. Cela signifie que si la subvention maximale de douze millions était utilisée dans son intégralité, l’investissement s’élèverait à 30 millions d’euros pour, selon les estimations, douze hectares. N’y aurait-il pas lieu, pour une installation de cette taille, de définir des règles régissant les activités sous serre ? Et pour l’installation de taille immédiatement inférieure également, si la subvention maximale peut s’élever à douze millions et qu’il reste encore huit millions sur les 20 millions disponibles ?

D’autant plus que, dans l’UE, les règles relatives aux produits phytosanitaires utilisés dans les serres sont spécifiques. Les serres sont considérées comme des « systèmes fermés » dont rien ne peut s’échapper. Le Mouvement écologique a abordé ce sujet la semaine dernière, en se référant à une étude publiée fin 2023 par l’ONG Pesticide Action Network Europe¹. Celle-ci avait analysé des rivières et des ruisseaux, mais aussi des flaques d’eau de pluie, dans un rayon de cinq kilomètres autour de serres situées aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en Espagne. Et elle est parvenue à la conclusion que cette notion de « système fermé » ne pouvait pas tenir la route. En Belgique, où les valeurs les plus élevées ont été relevées lors de deux séries de mesures, les concentrations dans les eaux de surface s’élevaient respectivement à 90 microgrammes par litre et 34 microgrammes par litre. La proposition de la Commission européenne visant à actualiser la directive-cadre sur l’eau prévoit de fixer la limite maximale à 0,5 microgramme par litre.

Jean-Claude Muller, de l’Association régionale d’horticulture, connaît bien le débat sur la question de savoir s’il faut ou non opter pour un « système fermé ». Il a jeté un coup d’œil à l’étude de l’ONG. Et il estime : « Apparemment, on a souvent trouvé des substances issues de désherbants. Cela suggère que, dans les serres, les plantes étaient cultivées en pleine terre. » En revanche, la technique de pointe consiste à cultiver dans des « rigoles de substrat » encastrées dans une dalle de béton. Il ne peut alors plus y avoir de lessivage dans le sol. Du coup, la discussion sur les serres prend une tournure assez technique.

La question intéressante d’un point de vue politique est de savoir pourquoi la loi spéciale sur les serres ne prévoit pas d’imposer l’application des techniques de pointe. Selon Jean-Claude Muller, tous les acteurs potentiellement intéressés par une grande serre « s’orientent déjà dans cette direction ». Ils souhaiteraient également adopter d’autres bonnes pratiques. Par exemple, installer des grilles sur les volets d’aération d’une serre pour retenir les insectes, afin qu’ils ne transportent pas de résidus de produits phytosanitaires à l’extérieur. Ou encore, au lieu d’utiliser des pesticides, introduire des « auxiliaires » dans les cultures ; il s’agit de petits organismes que l’on peut acheter dans des magasins spécialisés. C’est ce que font les jardiniers bio. Par ailleurs, le Luxembourg ne serait pas comparable aux autres pays sur un point important : l’UE autorise l’utilisation dans les serres de pesticides interdits en plein champ. Car elle part du principe que les serres sont des systèmes fermés. Au Luxembourg, en revanche, le dernier produit phytosanitaire susceptible d’être utilisé à cette fin a été retiré du marché.

Cela semble prometteur. L’époque sombre où le Luxembourg était une plaque tournante européenne des pesticides est désormais loin derrière nous, car les produits phytosanitaires bénéficiaient ici d’un taux de TVA très réduit de 3 %. Cela garantissait non seulement de bons prix aux agriculteurs locaux, mais avait également donné naissance à un commerce de transit complexe via le Luxembourg, auquel le gouvernement de l’époque a mis fin en 2001 en relevant le taux de TVA à 15 %. Dans son rapport annuel de 2000, le ministère de l’Agriculture avait constaté que ce créneau des pesticides était « préjudiciable à notre image de marque ».

C’était à l’époque. Pourquoi ne pas établir aujourd’hui des normes relatives aux pesticides et aux bonnes pratiques dans les grandes serres ? Le projet de loi de Martine Hansen prévoit expressément que seule la « viabilité économique » des demandes déposées doit être vérifiée. Seul le commentaire de cet article mentionne que la « durabilité » serait également un critère « par la suite », avec une « composante environnementale qui met en avant l’utilisation respectueuse des ressources et la gestion des déchets ». Le 12 décembre, Martine Hansen a été interrogée au sein de la commission parlementaire de l’agriculture sur la raison de cette formulation. Elle a expliqué que les critères environnementaux seraient définis dans l’appel d’offres. « Cela peut concerner la manière dont j’utilise l’eau, dont j’utilise l’énergie, les critères biologiques, c’est-à-dire qu’il s’agit de différents critères de durabilité que nous prenons en compte. » Mais ce n’est que si « plusieurs » candidatures sont reçues à la suite d’un appel d’offres que la durabilité sera prise en compte, a-t-elle ajouté. Tout doit être aussi peu restrictif que possible. Car elle craint « que nous n’ayons probablement pas beaucoup à sélectionner ».

Ce ne sont pas là de bonnes perspectives pour un projet visant à accroître le taux d’autosuffisance en fruits et légumes – un sujet d’actualité depuis plus de 20 ans. Une légère tendance à la hausse serait observable, selon l’exposé des motifs du projet de loi. Pour certains légumes comme le chou, la salade et les carottes, le taux d’autosuffisance s’élève à 15 %, tandis qu’il atteint le chiffre exceptionnel de 40 % pour les pommes de terre. En revanche, pour les fraises, les tomates ou les oignons, il n’atteint même pas 1 %. D’où l’investissement de 20 millions. Par rapport à la culture en plein champ, une serre permet d’obtenir un rendement cinq à dix fois supérieur.

Le fait que la ministre de l’Agriculture ne souhaite pas inclure de dispositions dans son projet de loi n’est peut-être pas lié à la politique agricole clientéliste typique du CSV. Mais peut-être tient-il plutôt au fait que le maraîchage est un métier délicat et que l’apparition d’un ravageur peut ruiner toute une récolte. La ministre pourrait alors être encline à se fier à l’avis du maraîcher.

Mais ce ne sont là que des suppositions. Au bout de deux jours et demi, et jusqu’à la clôture de la rédaction, le ministère de l’Agriculture n’avait pas répondu aux questions soumises par écrit concernant le projet de loi, les bonnes pratiques horticoles et la problématique des pesticides.