Quand on aborde le sujet du graffiti, les avis divergent. Alors que certains considèrent les dessins et les inscriptions sur les murs, les ponts et dans les tunnels comme de simples gribouillages insignifiants, d’autres perçoivent ces illustrations colorées et variées comme de l’art moderne. Le peintre muraliste et illustrateur Alain Welter prouve lui aussi que le graffiti est bien plus qu’un simple tapage à la bombe aérosol. Dans son ouvrage récemment publié, *De Moler vu Koler*, le jeune artiste luxembourgeois emmène les lecteurs et lectrices dans un voyage à la découverte de son univers très personnel du street art – une rétrospective passionnante sur ses dix premières années en tant que graffeur.
C’est sans doute depuis cet imposant projet artistique, dans le cadre duquel Alain Welter, accompagné d’une petite équipe, a peint les cinq tours de refroidissement d’Arcelor-Mittal à Differdange, racontant ainsi à sa manière l’histoire de l’industrie sidérurgique et de la région de la Minette, que son nom est devenu familier à la plupart des habitants du pays. Mais rares sont sans doute ceux qui savent comment cet artiste luxembourgeois s’est lancé dans l’art urbain et a fait de son hobby – ou plutôt de sa passion – son métier. Ne serait-ce que pour cette raison, il vaut la peine de jeter un œil au premier projet de livre d’Alain Welter, *De Moler vu Koler*, qu’il a publié à compte d’auteur et avec le soutien du Fonds national de la culture (Focuna) en édition limitée et dans lequel il décrit, outre son parcours personnel en tant qu’artiste, différentes formes de street art et d’art urbain.
Sur 224 pages, le peintre muraliste et illustrateur raconte, en luxembourgeois avec une traduction en anglais, ses débuts sur le site du skatepark de Hollerich, en passant par la genèse de son pseudonyme Mope, jusqu’aux vernissages et aux grands projets artistiques menés au Luxembourg et à l’étranger, comme par exemple « Frau Leseratte & Mr. Bookworm ». Bien sûr, plusieurs pages instructives du livre sont consacrées aux tours de refroidissement de Differdange ainsi qu’au grand projet « Make Koler Kooler », que Welter a réalisé dans le cadre de son mémoire de licence et pour lequel il a transformé son village natal en musée d’art urbain. Mais des œuvres plus modestes et moins connues ont également trouvé leur place dans cette publication colorée et pleine de peps. C’est le cas notamment du projet « 365 Alphabeter », dans le cadre duquel le graffeur s’est transformé en relieur et a illustré chaque jour, pendant une année entière, un nouvel alphabet, avant de rassembler ces dessins dans six livres fabriqués à la main. Ce sont précisément ce type d’œuvres et d’ébauches qui offrent aux lecteurs et lectrices un aperçu plus approfondi des premières années de l’artiste de rue, durant lesquelles il a également développé ses premiers personnages et ses premières « pieces » (œuvres d’art) – pour rester dans le jargon de la scène du graffiti.
Comme *De Moler vu Koler* se compose principalement d’illustrations, d’images, de photos et de croquis de toutes sortes, cet ouvrage ne constitue bien sûr pas un chef-d’œuvre littéraire – mais ce n’est d’ailleurs pas l’objectif visé par ce type de publication. Il s’agit bien davantage ici de mettre en avant l’évolution des œuvres d’Alain Welter et de son style personnel, et c’est une réussite à tous égards. À travers des récits individuels, des anecdotes divertissantes et des réflexions personnelles, le graffeur explique et commente ses œuvres et projets passés, qui sont reproduits dans l’ouvrage sous forme d’esquisses parfois inachevées ou de produits finis.
Welter utilise toujours le jargon un peu familier – pour ne pas dire l’argot – de la scène des tagueurs, ce qui confère à l’ensemble une touche très authentique qui devrait particulièrement parler aux jeunes générations et aux amateurs de graffiti. Pour tous ceux qui ne savent toujours pas quoi faire de termes tels que « graffiti jam », « paste-up » ou « wildstyle », un glossaire a été ajouté au livre afin d’expliquer ces expressions. Avec son ouvrage, Alain Welter ne se contente pas de témoigner de l’énorme travail qui se cache derrière des graffitis bien pensés, il crée ainsi une nouvelle fois une petite œuvre d’art.
L’ouvrage « De Moler vu Koler » d’Alain Welter est disponible sur le site web de l’artiste : alainwelter.com ISBN : 978-99959-0-650-4