Ils sont arrivés juste à temps pour les grands salons du livre d’automne de Francfort et de Walfer : quatre nouveaux ouvrages de la collection Timba, des recueils de nouvelles de petit format, chacun de 40 pages, écrits en luxembourgeois – de véritables livres de poche.
Ces quatre nouveaux numéros réservent non seulement une surprise sur le plan formel, mais introduisent également deux nouveaux auteurs dans la série. Julie Vinady-Schmit, qui a publié en 2018 le roman *Perdue dans la vallée* (Kremart), signe d’emblée deux tomes qui, sous la forme d’une histoire en plusieurs épisodes, contournent la contrainte formelle du nombre de pages. Engelsflilleken est le titre de l’histoire de l’artiste Zoé, qui réalise des moulages en plâtre du dos des gens et les orne de sa propre impression de leur caractère et de leur parcours. Dans la première partie, D’Ausstellung, elle découvre sa passion, gagne en audace tout en étant progressivement en proie au doute. Dans la deuxième partie, l’art passe au second plan. Zoé fait la connaissance de Seraphin, un homme aussi mystérieux et séduisant que son nom, qui pratique avec passion le butō, un style de danse japonais caractérisé par son expressivité et ses mouvements extrêmement lents. Ils se rapprochent l’un de l’autre avec autant de prudence que le permettent les mouvements du butô… jusqu’à ce que cela devienne une véritable histoire d’amour.
Le tome n° 16, Rachel, est le deuxième ouvrage littéraire de Bob Kieffer, qui occupe les fonctions de premier conseiller d’État et de coordinateur général au ministère des Finances au Luxembourg. Auparavant, sa nouvelle Roswell. Mystère à Miedernach autour de Virowend, le jour de la fête nationale (2015), avait été publiée dans la série précédente, Smart. Et tout comme dans cet ouvrage, l’imagination a ici libre cours : l’inattendu fait irruption dans un cadre familier et paisible. Des extraterrestres, un départ précipité pour Las Vegas et d’autres mystères du même genre. Le personnage principal est Pol, dont la vie tranquille est bouleversée par un diagnostic de cancer. Il ne lui reste plus que six mois à vivre, lui dit le médecin – et Pol se demande désormais comment il va pouvoir continuer et ce qu’il attend (ou attendait) réellement de la vie. Au lieu de se lamenter sur les occasions manquées et d’avouer à sa collègue Rachelle l’amour qu’il lui porte en silence depuis des années, il fait sans plus attendre ses valises et se lance dans un road trip plein d’aventures vers Rachel (avec un L et sans E), une petite ville du désert du Nevada, près de la Zone 51. Des légendes sur des observations d’OVNI entourent cet endroit. L’histoire regorge de personnages loufoques et d’un méli-mélo d’événements insolites, de lieux et de rencontres inattendues. Quel est le rapport avec les extraterrestres ? Que s’est-il passé à Las Vegas ? Et comment l’histoire va-t-elle se poursuivre ? Ici, la brièveté du format Timba est exploitée à fond, car en l’espace de 40 pages, tout bascule. Drôle et surprenante, cette histoire met en scène un personnage principal aussi attachant que le récit est captivant.
Le troisième de la bande est Roland Meyer, dont « Food Leaks » (2020, Timba n° 6) a déjà marqué un tournant humoristique dans la série TIMBA au format mini. Tout comme dans *Food Leaks*, la nouvelle récemment parue *Vu Reptiloide an ale wäisse Männer* est en phase avec l’air du temps : elle parle de reptiliens, des créatures ressemblant à des lézards qui, déguisés en humains, s’infiltrent dans les hautes sphères politiques et boivent du sang humain. Et, ce qui semble presque encore plus effrayant, il est question (je cite !) de « vieux hommes blancs ». « Ces vieux hommes blancs… Ça va devenir dangereux, la glace s’épaissit de plus en plus ! » Le petit livre lui-même est une tirade d’un vieil homme blanc qui, bien que conscient de sa position, est simplement comme il est : il ne peut pas faire autrement. Son flot de paroles commence dès la première page sous la forme d’un monologue à la première personne, et à sa façon de s’exprimer, on devine le personnage qui s’agite derrière : avec humour et autodérision, il critique la « cancel culture », les théories du complot et les querelles d’opinions sur les réseaux sociaux. Des arguments massues, des raisonnements erronés et autres absurdités ahurissantes, qui se propagent pourtant d’autant plus facilement. C’est un texte très drôle, effréné et bien écrit, dans un ton sympathique, qui passe d’un sujet à l’autre comme un Rumpelstilzchen, sans pour autant perdre de son mordant.
Il est difficile de déterminer en quoi ces quatre/trois nouvelles luxembourgeoises pourraient avoir un point commun. Roland Meyer propose certes, d’une certaine manière, une histoire luxembourgeoise au vu des thèmes abordés : la politique luxembourgeoise et les événements du passé récent. Et Pol, dans Rachel, est lui aussi, au départ, en quelque sorte luxembourgeois de bout en bout. Mais ce sont des textes aux intentions différentes, destinés à des lecteurs et lectrices différents, et appartenant à des genres différents. *Engelsflilleken* est une histoire d’amour et de quête de soi, et, même si *Rachel* aborde un thème similaire, cette histoire puise si profondément dans l’insolite et l’inattendu que ces deux – ou plutôt trois – textes n’ont rien en commun. On ne peut donc pas dégager de fil conducteur dans les thèmes, le style ou l’approche de ces nouvelles luxembourgeoises. Les numéros de *Timba* sont aussi variés que nombreux. Ils sont certes unis par une langue commune, mais sur le plan du contenu, des thèmes et de la forme, ils ont peu de points communs, mis à part le nombre de pages et le format. C’est aussi une chance qui permet à chaque texte de suivre sa propre voie et de surprendre à chaque nouveau livre de poche.
Série Timba n° 14, 15, 16 et 17. Nouvelles en luxembourgeois (2021)
Julie Vinandy-Schmit : Engelsflilleken. Premier tome : D’Ausstellung. Kremart Timba n° 14, 40 pages, 4,00 euros
Julie Vinandy-Schmit : Engelsflilleken. Deuxième partie : De Seraphin. Kremart Timba n° 15, 40 pages, 4,00 euros
Bob Kieffer : Rachel. Kremart Timba n° 16, 40 pages, 4,00 euros
Roland Meyer : Des reptiliens et des hommes tout blancs. Kremart Timba n° 17, 40 pages, 4,00 euros