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Cinéma 4 min de lecture

Nicolas, Nick et Nicky

Cinéma

Article paru dans Édition mai 2022
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« The Unbearable Weight of Massive Talent » retrace le parcours de Nick Cage (Nicolas Cage), un acteur vieillissant et en perpétuelle impasse. La gloire de ses grands films d’antan s’est depuis longtemps estompée et, sur le plan privé, ses relations avec sa fille Addy (Lily Sheen) et son ex-femme Olivia (Sharon Horgan) menacent de voler définitivement en éclats. Lorsque son agent Richard Fink (Neil Patrick Harris) lui propose d’assister à la fête d’anniversaire de Javi Gutierrez (Pedro Pascal), un riche playboy et grand fan de Nicolas Cage, Cage, après quelques hésitations, finit par accepter. Mais Gutierrez, ce fanatique plein de joie de vivre, ne semble pas être celui qu’il prétend être, et très vite, Cage se retrouve à devoir démanteler, en collaboration avec la CIA, un réseau de trafic d’armes et d’enlèvements d’enfants.

Le titre du film ne laisse sans doute aucun doute : *The Unbearable Weight of Massive Talent* est une œuvre empreinte d’une ironie postmoderne tout à fait hors du commun. Tout comme le modernisme a réagi face au classicisme, en exposant sa connaissance de ce dernier à travers une réflexion critique et une révision, le postmodernisme, à son tour, a conscience du modernisme et du classicisme – nous savons que nous savons. L’ironie postmoderne naît là où l’autoréflexivité, l’autoréférentialité et l’autothématique se suffisent à elles-mêmes pour former une citation. Un film qui a su réunir en son sein un entrelacement extrêmement complexe d’autoréflexivité, d’autoréférentialité et d’autothématique est *The Last Action Hero* (1993) de John McTiernan. Arnold Schwarzenegger y incarnait Jack Slater, un héros d’action fictif qui incarnait l’aboutissement de ses rôles précédents, notamment celui du Terminator, ce qui apparaît clairement dans sa relation avec le jeune cinéphile Danny (Austin O’Brien). Pour citer un film de Nicolas Cage des années 90 : Dans *The Rock* (1996), Sean Connery incarne, en la personne de l’agent secret britannique John Patrick Mason, une version vieillie de son personnage de James Bond ; et c’est au plus tard lorsqu’il déclare, presque avec un clin d’œil, qu’il est « à la retraite, bien sûr », que l’on comprend de qui il s’agit. En effet, des théories de fans très répandues circulent, qui considèrent *The Rock* de Michael Bay comme le dernier film de James Bond de l’ère Connery.

Sous cet angle, *The Unbearable Weight of Massive Talent* donne l’impression d’être du cinéma décalé dans le temps, car l’ironie postmoderne devient elle-même le cœur du sens et de l’intrigue du film. L’intrigue sert de fil conducteur pour passer en revue différentes scènes de films issus du cinéma à grand spectacle particulièrement axé sur l’action, que Cage a dominé avec des films comme Con Air ou Face/Off. Décalé, car il sort avec une vingtaine d’années de « retard ». La conclusion que suggère ainsi le réalisateur Rom Gormicon est que, contrairement aux exemples cités plus haut, l’héritage cinématographique de Cage ne repose pas tant sur des archétypes de rôles que sur sa propre personnalité d’acteur, avec un penchant pour le jeu exagéré. Le fait que l’équation entre l’acteur et le personnage de film ne coïncide pas entièrement est d’ailleurs déjà suggéré par la campagne marketing du film, lorsque l’affiche indique par exemple « Nicolas Cage is Nick Cage ». De plus, le film établit tout de même des liens que le public ne doit certes pas surinterpréter, mais qu’il ne peut pas non plus chasser de son esprit : La chute commerciale de l’ancienne star du cinéma grand public américain, son endettement considérable ou encore son penchant particulier pour l’art dramatique de l’expressionnisme allemand des années 1920 sont de notoriété publique ; c’est ainsi que naît le charme particulier de ces nombreuses mises en abîme que *The Unbearable Weight of Massive Talent* met en œuvre, autour de cette question sans réponse : qu’est-ce qui est vrai, au juste ? Une chose est en tout cas certaine : on ressent tout au long du film le poids évoqué dans le titre, la masse de cet acteur. Il y a d’une part ce Nick Cage, qui est l’acteur Nicolas Cage, puis il y a Nicky, imaginé par Nick, la version plus jeune de lui-même, une sorte d’amalgame de ses grands rôles des années passées, qui dialogue avec Nick et souhaite renouer avec la gloire d’antan. Nicolas, Nick et Nicky : on ne peut pas faire plus « Nicolas Cage » et plus de mythe que cela.