Chercher un appartement, organiser son déménagement de Paris au Luxembourg, s’adapter au quotidien professionnel du service de soins intensifs du CHL : voilà comment s’est déroulé le mois de janvier 2020 pour le médecin intensiviste Jean Reuter. Il se souvient : « Alors que je passais mon temps à remplir et déballer des cartons, j’ai appris les premières nouvelles d’une épidémie en Chine. Puis les premiers cas sont apparus en Europe. À Paris, des patients ont été isolés à l’Hôpital Bichat – là où j’avais effectué une grande partie de ma formation. D’anciens collègues décrivaient un tableau clinique similaire à celui d’une pneumonie liée à une grippe virale, et indiquaient qu’il ne fallait donc pas, par exemple, administrer de corticoïdes. Cela s’est avéré être une erreur par la suite, car les corticoïdes atténuent les réactions excessives du système immunitaire face à la Covid – c’est ainsi que nous avons commencé à appréhender la maladie. Au début, beaucoup de choses restaient vagues : la description des symptômes n’était pas encore bien établie, l’OMS était loin de déclarer une pandémie – on parlait de foyers qu’il fallait maîtriser. À la mi-février, l’optimisme s’est effondré ; il est apparu que le virus se propageait sans frein en Italie. Le 29 février, le premier patient atteint de Covid-19 avait été identifié au Luxembourg. Et au sein de l’équipe, nous étions sous pression : que faire lorsque les premiers patients occuperaient les lits de l’hôpital ? Pourrions-nous quitter l’établissement ou devrions-nous y passer la nuit ? Nous avions peur de contaminer nos proches. Ces questions ne nous sont pas totalement étrangères : nous sommes formés pour traiter les maladies infectieuses ; au CHL, nous disposons d’équipements de protection pour les patients atteints d’Ebola et d’appareils techniques de pointe.
Ce n’est que le mercredi 11 mars que l’Organisation mondiale de la santé a qualifié le Covid-19 de pandémie. Ce jour-là, on comptait dans le monde plus de 120 000 personnes officiellement infectées et près de 4 400 décès ; au Luxembourg, on comptait sept cas confirmés ; 79 autres personnes étaient en quarantaine à domicile. Il n’était pas encore question de confinement : le gouvernement avait décidé d’interdire les manifestations rassemblant plus de 1 000 participants, et ce, de manière optimiste, uniquement jusqu’à fin mars. Ce mercredi-là, on pensait encore que le virus se propageait aussi bien par contact que par gouttelettes, raison pour laquelle le Premier ministre Xavier Bettel (DP) avait répété à trois reprises lors d’une conférence de presse : « Et : lavez-vous les mains ! ». Le virologue allemand Christian Drosten a déclaré le même après-midi qu’espérer que des vaccins et des médicaments contre la Covid-19 soient bientôt disponibles relevait de la « science-fiction ».
Le samedi 14 mars 2020, mon téléphone a sonné : un patient atteint de la Covid devait être admis d’urgence en soins intensifs, car il souffrait d’une insuffisance aiguë en oxygène. Le soir même, j’ai intubé le patient – c’est ainsi que les médecins du monde entier ont procédé dans un premier temps. Six mois plus tard, des résultats de recherche ont montré que la ventilation non invasive, qui permet aux patients de rester conscients, pouvait être mise en œuvre plus facilement qu’on ne le pensait initialement. Avec ce type de traitement, les patients ne sont pas plongés dans le coma, leur rééducation se passe mieux et ils ne souffrent pas d’atrophie musculaire. Le premier patient atteint de la COVID-19 a survécu ; mais d’autres sont arrivés et, en peu de temps, le service s’est retrouvé rempli de personnes présentant presque toutes la même pathologie. Équipés comme des astronautes, nous travaillions dans le service ; cela crée une certaine distance : le contact visuel est limité, le patient a du mal à reconnaître l’individu sous son uniforme de protection. À cela s’ajoutait le fait que, durant la première phase de la pandémie, les visites n’étaient pas autorisées ; seules les visioconférences via des iPad étaient possibles. Le personnel médical qui travaille dans une unité de soins intensifs ne se fait aucune illusion sur l’immortalité : une personne sur cinq meurt ici ; dans ce métier, on apprend à composer avec la mort. Malgré tout, il était accablant de voir des patients atteints de la Covid mourir seuls, sans la présence de leurs proches. Avec le recul, on pourrait nous reprocher d’avoir exagéré, mais à l’époque, nous ne savions pas à quelle vitesse le virus se transmettait, ni à quel point le taux de mortalité était élevé. L’environnement dans lequel se trouvent les patients en soins intensifs est par ailleurs inhabituel. Chez nous, par exemple, il y a certes de grandes fenêtres, mais ce n’est souvent pas le cas. Les malades ne savent alors pas s’il fait jour ou nuit dehors. Les bruits de fond et les signaux lumineux d’appareils tels que les électrocardiogrammes (ECG) et les respirateurs envahissent la pièce. Un patient a confié à notre psychologue qu’il avait confondu les appareils médicaux avec une table de mixage d’où sortait une musique effrayante. Beaucoup lui ont également fait part de leur peur de suffoquer et de cauchemars dans lesquels ils pensaient qu’ils allaient mourir ; d’autres ont évoqué des expériences extracorporelles.
Le Luxembourg a été épargné par les situations exceptionnelles observées notamment dans le nord de l’Italie, où même les services hospitaliers courants étaient fortement surchargés. Cela a été rendu possible grâce à un confinement mis en place mi-mars, qui a dans un premier temps endigué la propagation effrénée du virus. Une semaine après que l’OMS eut déclaré la pandémie de Covid-19, Xavier Bettel ne se contentait plus d’exhorter la population à se laver les mains, mais lançait : « Restez chez vous ! » Et Romain Nati, directeur général du CHL, tweetait : « Nous sommes en guerre, aidez-nous » ; la population devait respecter la « distanciation sociale » – et rester chez elle. Le Parlement s’est rangé unanimement derrière le gouvernement lorsque celui-ci a déclaré l’état d’urgence ; la députée du CSV Martine Hansen a souligné le caractère transpartisan de la pandémie : « Dans cette crise, nous sommes tous dans le même bateau. » En état d’urgence, le gouvernement peut prendre des décisions sans l’accord des députés – une situation particulièrement précaire pour une démocratie. Au lendemain de l’appel de Bettel « Restez chez vous ! », 335 cas ont été recensés et, à peine dix jours plus tard, le 28 mars, on comptait déjà 15 décès. La vie sociale s’est arrêtée dans toute l’Europe : restaurants, écoles et commerces ont fermé leurs portes. La vie publique hors d’Internet s’était arrêtée. Les frontières avec les pays voisins sont restées fermées pendant des semaines.
Au service de soins intensifs, le personnel n’avait pas un instant de répit. On s’efforçait sans cesse de comprendre cette nouvelle maladie : comment mieux la traiter, que savaient nos confrères à l’étranger ? Au début, le taux de mortalité était relativement élevé ; nous disposions de très peu d’expérience et de traitements pour prodiguer des soins de premier ordre aux patients. À la maison, on était à l’étroit : un appartement au quatrième étage avec deux jeunes enfants. On tournait en rond. Ma famille n’adhérait pas du tout à l’idée romantique du confinement comme « ralentissement forcé ». Et nous n’étions pas les seuls dans ce cas. Parallèlement, on a assisté à une reconnaissance des métiers précaires et du secteur de la santé – ce qui était bien sûr un aspect réjouissant.
Sur le plan politique, on préparait un dépistage à grande échelle qui devait se dérouler de fin mai à fin juillet 2020. Cela permettrait à la population d’aborder l’assouplissement des mesures avec plus de sérénité. Il reste à déterminer dans quelle mesure ce dépistage à grande échelle était en réalité conçu comme un projet de recherche ou comme un projet visant à promouvoir la santé publique. Le point culminant des critiques à l’encontre de ce dépistage à grande échelle a été atteint lorsque le médecin Gérard Schockmel a dénoncé, dans l’émission « Kloertext » de RTL, qu’un test positif coûterait « le prix d’une nouvelle VW Golf ». Selon ses calculs, un peu plus de 1 000 cas ont été détectés lors d’une première phase, sur plus de 550 000 tests effectués.
En juillet 2020, le magazine *Der Spiegel* titrait : « Le Luxembourg compte plus de cas de Covid-19 par habitant que n’importe quel autre pays d’Europe ». Et l’Allemagne a voulu déclarer le Luxembourg « zone à risque Covid » en pleine période de vacances. Les lignes téléphoniques diplomatiques se sont alors mises à sonner et Jean-Asselborn (LSAP) a déclaré au Tageblatt : « J’ai tout mis en œuvre avec mon équipe pour que Berlin comprenne que ce n’était pas une bonne idée. » Ce qu’il a d’ailleurs réussi à faire. La vie sociale reprend, bien que de manière restreinte ; les rassemblements dans les lieux publics fermés se font désormais avec des masques. Dans les transports en commun, les usagers doivent porter un masque couvrant la bouche et le nez jusqu’à la mi-juin 2022. Au CHL, à partir de l’été 2020, ce ne sont plus, comme lors de la phase initiale, les personnes revenant de vacances au ski et leur entourage qui ont été traitées en priorité, mais principalement des personnes de plus de 60 ans présentant des comorbidités telles que le diabète. Nous avons toutefois vu peu de personnes immunodéprimées – ce groupe à risque s’est probablement protégé de la manière la plus rigoureuse au cours de la première année de la pandémie.
Lors de la deuxième vague, à l’automne 2020, des divergences d’opinion plus ou moins vives sont apparues entre les parents, les enseignants et le gouvernement. « Arrêtez de raconter des contes de fées ! », tel était l’appel lancé par le syndicat d’enseignants Feduse/CGFP au ministre de l’Éducation Claude Meisch (DP). Il devait instaurer le port obligatoire du masque dans toutes les écoles et envisager un enseignement à distance partiel. Fin octobre, le ministre de l’Éducation est toutefois resté serein, affirmant que la principale source d’infection n’était pas l’école, mais le milieu familial. Parallèlement, de nouvelles études ont montré que la distance de sécurité de deux mètres n’était peut-être pas suffisante pour permettre de retirer son masque, car le virus se propage par aérosols – l’aération est ainsi devenue le nouveau lavage des mains.
À cette époque, le nombre de cas était déjà très élevé. Au cours de la dernière semaine d’octobre, 3 629 personnes ont été testées positives, ce qui a poussé Jean Reuter à tweeter : « Vous voyez le mur qui nous attend ? Le confinement, c’est pour quand ? », en mentionnant le ministère de la Santé. C’était frustrant de savoir que nous ne pouvions plus offrir les meilleurs soins possibles. Contrairement à la première vague, nous étions mieux équipés, nous disposions de plus de respirateurs, mais nous continuions à manquer de personnel. Quand on possède 200 bus mais seulement 100 chauffeurs, on a un problème. C’est ce que je voulais souligner dans mon tweet. Malgré toute cette agitation liée au manque de personnel et d’espace, un sentiment d’optimisme régnait, car des résultats prometteurs concernant les vaccins à ARNm étaient disponibles ; les fabricants parlaient même d’une efficacité potentielle de 90 %. Contrairement au printemps dernier, le gouvernement DP-LSAP-Verts a tenté de maintenir autant que possible la vie sociale. Des voix alarmistes se sont fait entendre du monde des affaires et du directeur du Statec : ainsi, Serge Allegrezza a affirmé dans le Luxemburger Wort que le taux de chômage atteindrait 10 % si les trottoirs étaient à nouveau « relevés ».
Le 11 novembre, 750 cas de Covid-19 ont été recensés parmi les résidents des maisons de retraite et 610 parmi le personnel. Cet automne, le port d’équipements de protection permet d’éviter l’isolement total des personnes âgées pendant des semaines ; de toute façon, la commission d’éthique avait estimé que refuser l’accès des proches aux patients gravement atteints par la Covid-19 constituait « une discrimination inacceptable ». Le personnel du secteur de la santé et des soins atteint ses limites ; la durée maximale de travail journalier, adaptée en raison du coronavirus, a été portée à douze heures. La ministre du DP, Corinne Cahen, est critiquée par la presse et l’opposition : la situation dans les maisons de retraite serait confuse, la ministre ne communiquerait pas et on n’apprendrait l’existence de foyers d’infection qu’en posant des questions. Alors que la confiance envers la responsable politique du DP diminuait, la ministre de la Santé, Paulette Lenert, arrivait en tête du baromètre de popularité avec 90 % en novembre 2020. Un an auparavant, elle n’atteignait que 28 % dans le Politmonitor. Par son attitude sereine, cette responsable du LSAP jusque-là inconnue a fait forte impression auprès des électeurs.
Pendant ce temps, sur Internet, les adeptes des théories du complot se radicalisaient et diffusaient des fausses informations. C’est surtout l’ancien animateur de RTL et de DNR, Bas Schagen, qui s’est imposé comme un gourou du complot grâce à BasTV ; ses invités tenaient des monologues sur de faux taux de positivité et affirmaient qu’avec ces mesures, le gouvernement « lançait des bombes atomiques sur des moineaux ». Peu avant Noël 2020, des opposants aux mesures sanitaires ont occupé la Place d’Armes. J’ai été choqué par leurs masques blancs, qui les rendaient anonymes, ainsi que par leurs déguisements. Un son sombre et dystopique résonnait sur la place depuis leurs haut-parleurs. Avec cette manifestation, il était clair que le cynisme des manifestations anti-hygiène et les déformations concernant l’hydroxychloroquine avaient débordé depuis les pays voisins. Les premiers manifestants sont sortis dans la rue alors que la deuxième vague d’infections obligeait le personnel soignant à faire des heures supplémentaires et que les services de soins intensifs étaient saturés. « Où va-t-on mettre les patients ? » – il n’y avait pratiquement plus de place à l’hôpital.
En janvier 2021, ce sont d’abord les « resquilleurs » de la vaccination qui ont fait la une des médias : « Nous n’avons pas pris la file », a affirmé Jean-Louis Schiltz, alors président de la Fondation hospitalière Robert Schuman et ancien ministre du CSV, Jean-Louis Schiltz, lors d’une conférence de presse, après qu’il fut apparu qu’ils s’étaient fait vacciner alors que, selon les directives, les invitations devaient d’abord être adressées au personnel hospitalier en contact direct avec les patients.
Alors qu’une majorité attendait le vaccin, les opposants à la vaccination attisaient les craintes, affirmant qu’il rendait stérile et qu’il n’avait pas été suffisamment testé. Cette minorité bruyante d’opposants à la vaccination ne s’est pas cantonnée à l’extérieur des murs de l’hôpital. Certains se sont retrouvés en soins intensifs en tant que patients : je me souviens d’un homme à qui son médecin avait vivement recommandé de se faire vacciner, car il souffrait de pathologies préexistantes. Ce n’est qu’une fois en soins intensifs qu’il a compris que le virus existait bel et bien. Un médecin non vacciné a tenté de se soigner lui-même à l’aide d’hydroxychloroquine, de plantes médicinales chinoises et d’ivermectine. Il est resté sous ECMO pendant plusieurs semaines et je ne sais pas s’il a fini par reconnaître, au bout de ces trois mois, que son auto-traitement n’avait servi à rien. Un autre s’est opposé à une transfusion sanguine, craignant d’être contaminé par le vaccin contre le coronavirus via ce sang. Nous avons tenté de lui expliquer qu’il risquait de mourir, ce à quoi il nous a répondu qu’il l’acceptait. Le politicien de l’ADR, Roy Reding, a alimenté ces craintes en adressant une question parlementaire à la ministre de la Santé, dans laquelle il souhaitait savoir comment les patients pouvaient, en « cas d’urgence », s’opposer au « risque d’ingérer un vaccin à ARNm par le biais d’un don de sang ». En tant que médecin, on associe plutôt ce rejet véhément des transfusions sanguines aux Témoins de Jéhovah. Ceux-ci affirment que, selon la Bible, le sang est une substance sacrée dont la gestion est réservée à Dieu. Nous sommes désormais confrontés, dans les professions de santé, à la question de savoir dans quelle mesure la crainte des substances étrangères à l’organisme chez les opposants à la vaccination est imprégnée de considérations religieuses.
L’été 2021 a été marqué par le contrôle « Covid-Check » : pour ceux qui partaient à l’étranger ou souhaitaient se rendre au restaurant, l’entrée sur le territoire ou l’accès à ces lieux était facilité par le statut « vacciné » ou « guéri », ou bien il fallait devenir « testé ». Parallèlement, la mise en place du Covid-Check s’est accompagnée de l’apparition du variant Delta, que le Premier ministre Xavier Bettel qualifiait encore en juin de « déi indesch Variant » et qui a maintenu à un niveau élevé le nombre de cas ainsi que les incertitudes virologiques. Le 27 juin, le ministre d’État a commencé à présenter les premiers symptômes ; une semaine plus tard, il a été hospitalisé pendant quelques jours en raison d’une saturation en oxygène insuffisante. La presse a fait état de fêtes organisées la veille de la fête nationale, notamment dans la discothèque Saumur, où le Premier ministre aurait pu être contaminé.
L’engouement pour la vaccination observé au cours du premier semestre s’était dissipé fin 2021. À la mi-novembre, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), 65,2 % de la population luxembourgeoise (à partir de 12 ans) avait reçu deux doses de vaccin. Afin d’augmenter ce pourcentage, le gouvernement a organisé en décembre une « semaine de vaccination » et mis en place dans tout le pays des centres de vaccination éphémères sur les marchés de Noël et dans les centres commerciaux. Le gouvernement a toujours évité le débat sur la vaccination obligatoire, mais celui-ci a pris de l’ampleur cet hiver. Xavier Bettel a déclaré au Quotidien que c’était « toujours une possibilité ». Le virologue Claude Müller a expliqué au journal *Le Land* à la même période : « Il faudrait déterminer clairement si l’on souhaite ainsi protéger certains groupes de population ou l’ensemble de la population. Ou si elle doit avant tout servir à éviter la saturation des hôpitaux, ou si l’on espère ainsi éradiquer le coronavirus ». À ce jour, ces questions n’ont toujours pas trouvé de réponse (voir p. 4).
Par ailleurs, le débat sur la vaccination a mis en évidence que, dans les hôpitaux, certaines catégories professionnelles se montrent sceptiques à l’égard de la vaccination. Il y a déjà douze ans, l’Institut Robert Koch avait conclu, à la suite d’une enquête, que les sages-femmes, en particulier, adoptaient une attitude critique vis-à-vis de la vaccination et refusaient toute une série de vaccins officiellement recommandés. Au début de la pandémie, j’étais en réalité opposé à la vaccination obligatoire pour le personnel de santé. Entre-temps, j’ai changé d’avis : pourquoi travailler dans une institution dont on n’accepte pas les normes, qui reposent sur la médecine factuelle ? En tant qu’hôpital, nous devons offrir une protection aussi fiable que possible contre le coronavirus.
Au cours de la pandémie de coronavirus, de plus en plus de scientifiques et de médecins ont pris la parole. Au début, on entendait souvent à la télévision ou à la radio des chercheurs ayant peu d’expérience clinique, comme Ulf Nehrbass et Paul Wilmes. Plus tard, ce sont de plus en plus de médecins diplômés, tels que Gérard Schockmel, Claude Muller et Jean Reuter, qui se sont exprimés. Je pensais qu’il était utile pour la société que des professionnels du secteur parlent de leur travail. Pourquoi la ministre de la Santé, Mme Lenert, devrait-elle avoir à expliquer le fonctionnement des services de soins intensifs ? Lorsque des responsables politiques s’expriment sur des traitements médicaux, la médecine est moins à l’abri d’une politisation. C’est pourquoi, pendant la pandémie, je ne me suis pas non plus exprimé sur la politique immobilière ou des transports, bien que je m’intéresse à la politique ; je souhaitais toutefois intervenir en tant qu’expert sur les questions médicales. Je ne me suis jamais non plus prononcé, lors d’entretiens, sur une obligation générale de vaccination, c’est-à-dire pour les habitants qui n’exercent pas une profession de santé, car il s’agit là de questions politiques. Aujourd’hui, après deux ans de pandémie, je m’exprime à nouveau en tant que citoyen sur des questions politiques.
Avant de participer à des émissions en direct, je réfléchissais au message principal que je souhaitais transmettre et à la manière de l’exposer de la façon la plus claire et la plus simple possible à un public non initié. Pendant mes études, aucun cours ne m’a initié à la communication scientifique ; j’ai donc demandé conseil à des membres de ma famille. La plupart du temps, les auditeurs étaient ravis d’en savoir plus sur les coulisses de l’hôpital. Mais à mesure que la pandémie perdurait, les attaques se multipliaient : « On va vous descendre, Big Pharma-Reuter, crime contre l’humanité », me répondaient les utilisateurs des réseaux sociaux. Ce n’est pas agréable. En décembre 2021, lorsqu’une minorité radicalisée d’anti-vaccins a pris d’assaut le marché de Noël sur la place d’Armes et a lancé des œufs sur la façade de la résidence du Premier ministre à Bonneweg, tout en rayant la voiture de son mari, j’ai été inquiète. Pour la famille, ce n’est pas facile.
Depuis l’été 2020, on entend régulièrement parler du « Covid long » : il s’agit de personnes, principalement des femmes, qui souffrent de fatigue, de douleurs musculaires, de problèmes de tension artérielle et de « brain fog » (brouillard cérébral) et qui, de ce fait, sont en partie en incapacité de travail. Au Parlement, ce sont surtout Josée Lorsché (Déi Gréng) et Claude Wiseler qui ont abordé cette problématique et réclamé des mesures de prise en charge post-maladie. À ce jour, plus de 600 patients atteints du « long Covid » sont inscrits à un programme de rééducation interdisciplinaire proposant des interventions somatiques et un accompagnement psychothérapeutique. Le gouvernement et les scientifiques ne fournissent que très peu d’informations sur le « long Covid » : quelle est la gravité des cas et combien y en a-t-il ? Dans ce contexte, il faudrait également informer le public sur le syndrome post-vaccinal, qui ressemble beaucoup au « long Covid » et qui peut survenir après une vaccination à ARNm. Mercredi, dans l’émission « Maischberger » (ARD), le médecin Eckart von Hirschhausen a attiré l’attention sur cette « vérité qui dérange », qu’il ne faudrait pas laisser à la presse à sensation.
Ce mercredi, 1 365 nouveaux cas et 22 hospitalisations ont été signalés. Les modélisations de l’Uni.lu montrent que, bien que le variant Omicron B.A.5 se propage rapidement, il ne devrait pas pour autant exercer une pression excessive sur les hôpitaux. Le taux de vaccination avoisine actuellement les 80 % et de nombreuses personnes ont déjà contracté le variant Omicron, ce qui confère une immunité de base à la population. S’exprimant mercredi à la Chambre au sujet des mois à venir, le député Mars Di Bartolomeo (LSAP) a déclaré : « Le virus reste en embuscade et tout dépendra de son évolution et de ses mutations. » Jean Reuter estime quant à lui que le virus n’a cessé de réserver des surprises ; il convient donc de se préparer à différents scénarios et les responsables politiques devraient évaluer les mesures Covid prises ces deux dernières années afin de pouvoir agir de la manière la plus appropriée possible à l’avenir.
Depuis le début de la pandémie, 1 093 personnes sont décédées des suites du Covid. Après deux ans de pandémie, aucune cérémonie publique n’a encore été organisée en hommage aux défunts.