Le formateur Luc Frieden Après que les douze groupes de travail lui eurent remis leurs premiers rapports intermédiaires, le formateur Luc Frieden (CSV) s’est présenté devant la presse il y a une semaine au château de Senningen, en compagnie des deux négociateurs Claude Wiseler (CSV) et Xavier Bettel (DP), afin de faire preuve d’unité. Le CSV et le DP n’ont certes pas fusionné, mais leurs programmes électoraux se recoupent sur de nombreux points ; sur le plan personnel, des liens d’amitié existaient déjà auparavant et se sont désormais transformés en relations de travail, a déclaré M. Frieden. Dans les domaines de l’économie, des finances, du climat et des affaires sociales, les discussions sont plus approfondies que sur d’autres sujets.
Xavier Bettel a salué l’impartialité de « Här Formateur », qui mène les négociations dans un esprit de respect mutuel : « Le respect, ça peut paraître bizarre, mais le respect, ce n’est pas une question de hiérarchie entre petits et grands, ce n’est pas une question de junior et de senior. »
Quelques minutes seulement avant la conférence de presse, le service d’information du gouvernement avait annoncé la composition des douze groupes de travail (GT). Outre les nombreuses fautes d’orthographe, on remarque dans la liste que c’est surtout le CSV qui a souvent subdivisé les thèmes au sein des GT et qui a composé les sous-groupes avec différents responsables politiques et experts, ce qui a conduit à ce qu’il compte nettement plus de membres que le DP. Avec 64 nominations (CSV) contre 40 (DP), la répartition au sein des groupes de travail reflète à peu près la répartition des sièges au Parlement (21 contre 14). Ce qui laisse également supposer qu’au moins le CSV fait clairement la distinction entre les « grands » et les « petits ».
Au sein du DP, on s’est montré surpris cette semaine par ce déséquilibre au sein des groupes de travail, auquel on ne s’attendait pas. Il ne semblait pas y avoir de directives strictes concernant le nombre de membres à désigner, ce qui a permis au CSV d’exploiter habilement l’importance de ses effectifs et son réseau au sein de la société. « De nombreux experts avaient déjà aidé le CSV lors de l’élaboration de son programme électoral », a déclaré Claude Wiseler vendredi. Ni lui ni le formateur Frieden n’ont souhaité dévoiler cette semaine, à la demande du journal Land, des détails sur la procédure de nomination. Contrairement à 2013, lorsque le DP avait officiellement nommé Alain Kinsch, Kik Schneider et Norbert Becker, les deux partis ont cette fois renoncé à faire appel à des représentants de la place financière. Il restait toutefois la possibilité d’inviter des conseillers externes pour certaines séances. Leurs noms n’ont pas encore été rendus publics, ce que le nouveau député des Verts, Meris Sehovic, a dénoncé mardi dans sa première question parlementaire.
La composition des groupes de travail met toutefois en évidence ce qui a peut-être parfois été oublié ces dernières années, lorsque le CSV était dans l’opposition. Il reste le parti le plus puissant ; de nombreux ministères comptent encore dans leurs rangs des hauts fonctionnaires qui sont membres du parti ou qui lui sont proches. L’État du CSV a survécu à « Gambia » ; il n’a fait que sommeiller dans l’ombre pendant dix ans.
Parallèlement, le formateur a profité des groupes de travail pour faire siéger de jeunes membres du CSV aux tables de négociation. L’organisation de jeunesse CSJ avait apporté son soutien inconditionnel à Luc Frieden pendant la campagne électorale et avait ainsi contribué au retour du CSV au pouvoir – notamment grâce à une vidéo très critiquée qu’elle avait publiée sur les réseaux sociaux après le débat télévisé entre Frieden et Bettel.
CSJ Au total, huit membres du Comité national de la CSJ sont représentés au sein des groupes de travail. Le président Alex Donnersbach, avocat chez Elvinger-Dessoy-Marx, siège au conseil communal de Walferdange depuis 2017 – il occupe depuis juin le poste de deuxième assesseur. Il préside le groupe de travail sur la construction de logements et est membre du groupe chargé de l’environnement et du climat. Élu en dixième position sur la liste du Centre, il a des chances d’entrer au Parlement après la formation du gouvernement. Les deux vice-présidents de la CSJ, Martine Kemp et Marc Ury, en font également partie. M. Ury est, à titre principal, chef de service de la Cellule d’harmonisation ASFT (activité sociale, familiale et thérapeutique) au ministère de l’Éducation ; il a manqué de peu son entrée au conseil communal de Grevenmacher en juin, mais il pourrait succéder à Léon Gloden, qui devrait devenir ministre. Martine Kemp était ingénieure des transports à la Ville de Luxembourg et a remplacé Christophe Hansen au Parlement européen cette semaine.
Ricardo Marques, président de la CSJ Est, est psychologue au sein du Service stratégie et projets du ministère de l’Éducation et représente le CSV au sein des groupes de travail sur la pauvreté et l’égalité des chances. En 2017, il est devenu assesseur à Echternach, où le CSV a dû passer dans l’opposition en juin ; depuis, il siège au conseil communal. Lors des élections aux Chambres, Marques s’est classé cinquième dans la circonscription Est. Le président de la CSJ Centre, l’agent immobilier Kim Felten, est membre du groupe de travail « Logement » (voir p. 9). Parmi les autres membres du comité directeur de la CSJ siégeant dans les groupes de travail figurent le bourgmestre de Weiler zum Turm et criminologue Vincent Reding ; Felix Thill, chargé de communication chez Luxembourg for Tourism ; Tom Kerschenmeyer, juriste à l’administration fiscale et, depuis 2017, aux côtés de Gilles Roth et Luc Feller au conseil communal de Mamer.
Des membres du CSJ ne siégeant pas au comité directeur ont également été nommés au sein des groupes de travail : Melanie Grün, professeure d’allemand au lycée Nic Biever et, depuis juin, conseillère communale à Kayl-Tetingen ; Laurent Braun, analyste au Statec et conseiller communal à Strassen ; Danira Mustafic, avocate spécialisée dans le droit du sport, qui siège à la commission des statuts du COSL aux côtés de Lynn Frank, fille d’Henri Frank, maire de Manternach (CSV) depuis de nombreuses années, et avocate au sein du cabinet de son père. Tous deux se sont présentés en octobre dans la circonscription Centre, mais se sont classés en queue de peloton. Certains d’entre eux pourraient à l’avenir devenir conseillers d’État au sein d’un ministère dirigé par le CSV.
Outre la relève chrétienne-sociale, le CSV a également envoyé au sein des groupes de travail des membres qui occupent déjà des postes clés dans l’administration publique. C’est le cas notamment de Luc Zwank, titulaire d’un doctorat en chimie environnementale, qui a été directeur adjoint de l’Office de gestion de l’eau de 2014 à 2022. En janvier, il a pris la direction de l’administration de l’environnement, lorsque Joëlle Welfring (Les Verts) a rejoint le gouvernement. Depuis des années, Zwank s’engage au sein du comité de district Centre du CSV et de la section de Lintgen. En 2017, il y a été élu au conseil municipal ; cette année, il ne s’est pas représenté.
Ou encore Serge Hoffmann, maire de Hobscheid depuis 1999, où le CSV détient la majorité absolue. En tant que premier inspecteur des finances à l’IGF, il était déjà, avant 2013, un proche collaborateur de Luc Frieden, alors ministre des Finances. Maryse Fisch, qui siège pour le CSV au sein du groupe de travail « Organisation du vivre-ensemble et du bien-être », est première conseillère d’État de Taina Bofferding (LSAP) au ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Sous François Biltgen, elle a été promue conseillère d’État au ministère du Travail en 1999, puis Françoise Hetto-Gaasch l’a fait entrer au département de l’Égalité des chances en 2009. Georges Bley, nommé par Claude Wiseler au sein du groupe de travail « Europe et affaires internationales », était actif au sein de la CSJ il y a dix ans. Sur le plan professionnel, il représente les intérêts du Luxembourg en tant que diplomate à Bruxelles.
On retrouve Claude Frieseisen, juriste et secrétaire général de longue date de la Chambre des députés, dans pas moins de trois (sous-)groupes. Lorsqu’il était encore en fonction, il veillait scrupuleusement à rester neutre ; trois ans après son départ à la retraite, il peut enfin afficher ouvertement ses opinions politiques.
Dans le secteur de l’éducation, le CSV a désigné Jeff Kohnen, directeur du Lycée de l’Attert et président de Lasel ; Charel Stelmes, ancien judoka et directeur de l’Institut national de l’activité physique et des sports ; Jules Bonert, ingénieur et enseignant au Lycée des Arts et Métiers, membre du comité directeur du CSV de Diekirch et frère de Paul Bonert, échevin de Diekirch ; ainsi que Bob Kirsch, directeur adjoint d’une école primaire de la région de Luxembourg, qui s’est présenté en juin sous les couleurs du CSV à Esch-sur-Alzette.
Le CSV a nommé au sein des groupes de travail non seulement des membres et des sympathisants issus de la fonction publique, mais aussi du secteur conventionné et du secteur privé. Gérard Albers, directeur de l’association socio-pédagogique à vocation chrétienne Arcus et vice-président de la Fedas (Fédération des acteurs du secteur social au Luxembourg), conseille Martine Hansen au sein du groupe de travail sur l’enseignement primaire. Albers a passé toute sa carrière au sein d’associations et de fondations proches du CSV : de 1989 à 1994, il a été président de l’association de jeunesse rurale « a Jongbaueren », puis membre du comité directeur de Proactif ; il a également occupé le poste de directeur des ressources humaines chez Hëllef Doheem. L’ingénieur Marcel Hetto, directeur général de longue date de Luxplan et époux de l’ancienne ministre du CSV Françoise Hetto-Gaasch, est membre du groupe de travail « Transports et aménagement du territoire ».
Steff Schaeler a longtemps été directeur d’un syndicat intercommunal de gestion des déchets dans l’Est avant de se mettre à son compte, il y a six ans, dans le domaine de la gestion des déchets. Il y a plus de 20 ans, il était président de section du CSJ dans le centre, puis membre du tristement célèbre Cercle Joseph Bech et, à partir de 2007, président de l’association de lobbying conservatrice Famill 2000, dissoute en 2013 – Ligue luxembourgeoise pour la reconnaissance du travail au foyer, dissoute en 2013, qui luttait non seulement contre le « placement en institution » des enfants dans des structures d’accueil, mais aussi contre la « discrimination fiscale des couples mariés avec enfants ». Il n’est toutefois pas membre du groupe de travail sur la politique financière ou de la politique familiale, chargé d’élaborer des propositions concernant la « prime au foyer », mais bien du groupe de travail sur l’environnement. Charles Hurt n’est pas non plus un inconnu au sein du CSV : il a été collaborateur du groupe parlementaire du CSV de 2010 à 2013, puis brièvement attaché de gouvernement sous la direction de Claude Wiseler au ministère de la Construction. De 2014 à 2016, M. Hurt a été président du CSJ ; il exerce la profession d’avocat au sein du cabinet de l’ancien ministre du CSV, Jean-Louis Schiltz.
HRS : Bien que le DP ait délégué beaucoup moins d’« experts » issus de l’État, du monde économique et de la société civile au sein des groupes de travail, il peut lui aussi compter sur un soutien, notamment dans le domaine de la santé et de la sécurité sociale. Au sein du groupe dirigé par la députée Carole Hartmann, on retrouve, outre l’infectiologue des Hôpitaux Robert Schuman (HRS), Gérard Schockmel, élu au suffrage direct le 8 octobre et assermenté mardi au Parlement, Philippe Wilmes, vice-président de l’AMMD et orthopédiste aux HRS. Philippe Wilmes avait quitté le CSV en 2019 (avec l’ancien conseiller communal de Betzdorf Christopher Lilyblad) après que Frank Engel s’était imposé face à son frère Serge Wilmes lors d’un vote décisif pour la présidence du parti lors d’un congrès. Sur la liste « Zesumme fir Leideleng », largement dominée par le DP, Philippe Wilmes a été élu en juin au conseil communal de la commune à scrutin majoritaire. La médecin généraliste Stéphanie Obertin siège également pour le DP au sein du groupe de travail « Santé » ; elle était encore, il y a quelques mois, présidente du Cercle des médecins généralistes et siégeait en tant qu’« invitée » au comité directeur de l’AMMD. Comme en 2018, elle s’est présentée en octobre pour le DP dans la circonscription du Centre ; en tant qu’onzième élue, ses chances de faire son entrée à la Chambre sont toutefois minces. Sheila Schmit, sage-femme indépendante et présidente de la section du DP de Dudelange, fait également partie du groupe de travail « Santé » pour le DP ; elle a manqué de peu son entrée au conseil communal en juin. Lors des élections à la Chambre sur la liste Sud, elle est arrivée avant-dernière.
Pour le CSV, qui a constitué deux équipes distinctes chargées respectivement de la santé et de la sécurité sociale, le premier groupe de travail compte parmi ses membres l’anesthésiste Cyril Thix, membre du Conseil médical de l’HRS ; Paul Wirtgen, directeur général du Centre hospitalier du Nord et ancien directeur de la HRS ; ainsi que l’ophtalmologue Emilie Costantini, qui exerce également à la HRS, élue en juin au conseil communal de la ville de Luxembourg sous les couleurs du CSV et qui s’est également présentée aux élections de la Chambre. Au sein du groupe de travail « Sécurité sociale », le responsable Max Hengel peut compter sur l’expertise de Martine Deprez, mathématicienne et conseillère d’État, ainsi que sur celle d’Alain de Bourcy, président de l’Ordre des pharmaciens et candidat du CSV aux élections législatives.
Contrairement au CSV, le DP a très peu fait appel à des fonctionnaires pour composer ses groupes de travail. Jean-Paul Lickes, directeur de l’Office de gestion des eaux depuis 2014, fait exception. Depuis 2017, il siège au conseil communal de Hobscheid pour le compte des Libéraux. En revanche, le DP mise sur des candidats de premier plan issus des milieux de la culture, du sport et du secteur privé : au sein du groupe de travail sur l’agriculture, il est représenté par Marco Koeune, agriculteur bio originaire de Harlingen, maire de la commune du lac de barrage et successeur de Camille Schroeder, décédé en août, à la présidence de l’Alliance des agriculteurs, proche du DP. En 2009, 2013 et 2018, M. Koeune s’est présenté aux élections régionales dans le nord du pays.
Parmi les autres membres éminents du DP participant aux groupes de travail figurent Katrin Kohl, athlète paralympique en course en fauteuil roulant, l’entrepreneuse et présidente du club de football Union Titus Petingen, Barbara Agostino, l’ancien nageur de compétition Raphael Stacchiotti, l’ancienne joueuse de tennis professionnelle Mandy Minella, la directrice générale d’Esch 2022, Nancy Braun, ainsi que la bouchère et ancienne journaliste de RTL Anne Kaiffer et la danseuse Sylvia Camarda, toutes deux membres du conseil communal de la ville de Luxembourg. Elles se sont toutes présentées en octobre aux élections nationales sous la bannière du DP.