Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Société 5 min de lecture

Aime-toi, bon sang !

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition décembre 2023
Partager l'article sur

« M’aimes-tu ? » Qui se souvient encore de cette question lancée d’une voix geignarde, qui faisait autrefois partie du répertoire standard, du code de conduite, au moins pendant la période de parade nuptiale et bien au-delà ? « Tu m’aimes ? » Du romantisme, où les pulsions étaient élevées au rang de destin, de grandeur, jusqu’au christianisme, qui nous a même imposé d’aimer – oh mon Dieu ! – notre prochain. Il s’agissait toujours de cet élément sans lequel rien ne fonctionnait.

Mais qui attend encore le prince ou la princesse ? Maintenant, c’est toi la princesse. Tu te tiens devant le petit miroir qui te répète sans cesse que tu es la plus belle. Non, pas la plus belle, c’est complètement dépassé, ce concours concernait de vieux personnages sinistres qui sont sur la liste noire. Non, c’est parfait comme ça. Ton corps est parfait tel qu’il est, et toi aussi, te murmurent les influenceuses à l’oreille ; elles veulent te libérer. De toutes ces normes et de toutes ces contraintes. Tu n’as pas besoin de modeler ton corps de manière obsessionnelle : quel qu’il soit, il est positif, assume-le simplement ! Assume-toi, donc. Tu es unique et adorable, tu mérites d’être aimée. Et si les milliards de personnes là-bas ne s’en rendent pas toujours compte, pas même tes proches, alors aime-toi toi-même ! Qui est responsable de toi, si ce n’est toi-même ? De ton bien-être ?

L’être humain, c’est lui-même ; il ne veut plus être cet idiot d’altruiste. Indépendant. Lui-même et en permanence, du berceau à la tombe. Les bébés jaillissent bientôt sans effusion de sang d’un utérus bien plus appétissant que ceux de l’époque préhistorique qui circulent encore. Les aînés ne sont un fardeau pour personne, pas même pour la Terre, qu’ils ne polluent pas avec leurs substances nocives. Ils ont organisé leur élimination par mesure de précaution, se dissolvant dans l’air et la bonne humeur, en faisant la fête. Entre les deux, une multitude de « moi » : de l’instinct de survie à l’épanouissement personnel, en passant par le suicide, qui n’est toutefois qu’une option. Et bien sûr, une bonne dose d’estime de soi, sans laquelle rien ne va, la meilleure des devises. Comment pourrais-tu avoir de la valeur aux yeux de qui que ce soit ou de quoi que ce soit – qu’il s’agisse d’une personne de passage dans ta vie, d’un PDG ou d’un recruteur robotisé – si tu n’arrives même pas à te convaincre toi-même ?

Tout cela, bien sûr, ça s’apprend. Il y a des revers et des doutes. Quand une nouvelle restructuration est annoncée et qu’on se demande si l’on fera partie de cette structure performante. Quand les applications de rencontre ne donnent aucun résultat, même si l’on aime son corps positif avec tant de persévérance, on pourrait peu à peu avoir besoin d’un coup de pouce. Pas seulement un pouce levé. La main et l’épaule de quelqu’un, et plus encore. C’est peut-être le moment de faire appel à un coach en estime de soi, quelqu’un connaît-il une thérapeute ?

Il ne faut surtout pas abandonner. Il faut faire preuve de résilience. Il ne faut surtout pas se laisser aller aux larmes. Cela dit, s’accorder un peu de compassion, c’est tout à fait acceptable. C’est même indispensable. Se concentrer sur les autres nous détourne trop de l’essentiel. De l’essentiel. De nous-mêmes. « Je dois me sentir bien dans cette situation », se disent les jeunes mères et les « best-agers » lassés de la vie de famille en se tapotant l’épaule ; les autres ne vont bien que si moi, je vais bien. Dommage que les autres n’acquiescent pas toujours d’un signe de tête lorsqu’ils entendent cela.

La dépression, c’est tout à fait normal. Tout le monde est déprimé. La question, c’est de savoir comment y faire face. Il y a suffisamment d’expert·e·s pour s’occuper de ton moi défaillant, de ta fuite d’énergie, du trou dans ton aura. C’est la volonté qui décide. La volonté d’être heureux. Sans elle, rien ne va. Il faut être prêt pour le bonheur. Lui donner une chance. Le bonheur s’acquiert. Il s’achète, pour le dire sans détours. Si l’on n’a pas les moyens de l’acheter, il faut simplement y travailler : c’est ainsi que fonctionnent les affaires, et c’est ainsi que fonctionne aussi l’affaire du bonheur. Forgeuse de bonheur motivée. Il ne faut surtout pas abandonner sur le chemin qui mène au Super-Moi heureux.

La foi, l’amour, l’espoir. Crois en toi, petit moi fragile parmi tous les autres petits moi, aime-toi, et alors l’espoir existe ! Alors tu vivras des miracles. Même des miracles économiques. Alors ton profil correspondra, tu seras compatible, par exemple pour siéger au conseil d’administration. Peu importe ta diversité, la couleur de ta peau ou le caractère positif de ton corps. Ou peut-être justement à cause de cela. Il n’y a pas de limites. Pas de nations, pas de frontières. À moins que tu ne te les imposes toi-même. C’est toi le patron. Crois-le enfin !