À côté de la Specksmühle, cinq ânes paissent dans un pré à Lauterborn, une banlieue d’Echternach. Lundi, Happy, le border collie, vient à notre rencontre en courant devant la porte de la torréfaction. Plus tard dans l’après-midi, un client régulier le félicitera : « Il commence à mieux comprendre. » Carole Dieschbourg, toute vêtue de noir, se tient dans la boutique du moulin, à côté d’étagères remplies de café bio issu du commerce équitable. En 1897, son arrière-grand-père Jean-Pierre Dieschbourg a acheté la Specksmühle. Aujourd’hui, Carole Dieschbourg y travaille à mi-temps en tant qu’employée.
Les ânes, qui paissent près du moulin, revêtus de leur pelage d’hiver, n’en savent rien, mais il y a cinq ans, ils ont fait l’objet d’une polémique politique. À l’époque, des responsables du CSV avaient reproché aux parents de la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, d’avoir démoli sans autorisation un abri à bétail situé sur leur terrain pour le reconstruire ailleurs. L’Office de la gestion des eaux avait contredit ces accusations : l’abri à ânes avait été déplacé conformément à la loi en raison d’un risque d’inondation. Les parents de Carole Dieschbourg élèvent des ânes depuis les années 1990, et ils ont déjà souvent fait l’objet de l’attention publique. Mais c’était auparavant pour des occasions plus joyeuses : le jour de la Saint-Nicolas, les ânes, accompagnés de leur charrette, défilaient régulièrement dans les rues d’Echternach. Le tumulte politique et médiatique d’il y a cinq ans n’avait pas affecté les ânes. Carole Dieschbourg, en revanche, se dit encore aujourd’hui bouleversée par la mise en lumière publique de l’abri à ânes. Elle estime qu’il est normal que son travail de femme politique fasse l’objet de contrôles, mais qu’il n’est pas normal qu’on monte l’opinion publique contre les membres de sa famille.
Carole Dieschbourg avait vendu ses parts dans l’entreprise meunière avant de devenir ministre en 2013. Aujourd’hui, la torréfaction ne sert plus qu’à moudre du sarrasin. Le moulin principal, certifié bio et Demeter, est à l’arrêt depuis 2017 : les machines datent de 1911, et une modernisation en profondeur de ce bâtiment classé monument historique aurait constitué un projet titanesque, qui aurait dû être refinancé par la vente d’un produit relativement peu rentable : la farine. Le moulin se trouve actuellement dans une phase de transition, avant de trouver sa nouvelle vocation. Peut-être l’ancienne femme politique vit-elle actuellement une situation similaire.
Depuis 2022, Carole Dieschbourg n’était pratiquement plus active au sein de son parti. En avril, il y a deux ans, elle a démissionné de son poste de ministre de l’Environnement. « Je trouverais irresponsable que cette affaire soit à nouveau débattue au Parlement et que l’on perde du temps », avait-elle déclaré à l’époque. Cette « affaire » concernait les travaux de rénovation de la propriété « Gaardenhaischen » de Roberto Traversini, située dans une zone protégée. On soupçonnait Carole Dieschbourg d’avoir favorisé son collègue de parti, alors maire de Differdange. La véritable raison de sa démission n’était sans doute pas tant les soupçons pesant sur Dieschbourg que la procédure elle-même : selon la Constitution en vigueur à l’époque, le Parlement devait décider s’il fallait ouvrir une enquête complémentaire à l’encontre de la ministre. C’était un sujet politiquement explosif. En juillet de cette année, Dieschbourg a finalement été acquittée.
Carole Dieschbourg s’est retrouvée au moulin de manière presque imprévue. « À l’origine, je voulais devenir enseignante et j’avais terminé mes stages en Allemagne », raconte-t-elle ce lundi. Elle est diplômée en germanistique et en histoire ; elle a consacré son mémoire de master à l’esclavage dans la Rome antique. Après ses études, elle a commencé à inventorier le parc de moulins dans le cadre d’un projet Leader de l’UE, puis s’est lancée sans hésiter dans l’entreprise familiale. Ce faisant, elle a acquis de nouvelles compétences : comptabilité, marketing et gestion du personnel. En parallèle, elle trouvait que la politique sociale locale « n’avançait pas » – alors qu’en Allemagne, pendant ses études, la coalition rouge-verte était déjà au pouvoir. Elle était engagée depuis longtemps dans la société civile au sein de Mouveco. « Mais je me suis dit qu’au lieu de me contenter de critiquer la politique partisane de l’extérieur, je pourrais aussi m’engager au sein d’un parti. » À 31 ans, elle a finalement adhéré au parti des Verts.
En Allemagne, elle avait peut-être également constaté que les Verts n’étaient pas un parti d’opposition permanent. Lorsque cette nouvelle venue sur la scène politique a été nommée au gouvernement à l’âge de 36 ans, la surprise a été grande – en effet, en dehors de l’Est, elle était totalement inconnue. La confiance que beaucoup lui accordaient s’est toutefois reflétée dans les bulletins de vote : au niveau national, elle a enregistré la plus forte progression en pourcentage de voix personnelles au sein de son parti, comme l’a calculé le journaliste Jochen Zenthöfer. Dans Télécran , il l’a saluée : elle serait la première ministre de l’Environnement verte du Luxembourg et, par la même occasion, la première ministre de son parti au Grand-Duché.
La politique nationale lui manque-t-elle ? Elle a pris plaisir à travailler sur des sujets de manière objective, explique Mme Dieschbourg. En tant que ministre, on est en contact avec des acteurs très divers issus du monde scientifique et de la société civile. « Mais dans l’arène politique, on mène aussi des discussions qui sont tout sauf objectives. » Elle se définit comme une femme engagée politiquement et estime qu’il est possible de faire de la politique même sans occuper de fonction officielle – à sa propre échelle. En fin de compte, on ne peut toutefois pas nier que les traités permettent de faire avancer bien des choses. Et c’est justement depuis un poste de ministre que l’on conclut le plus souvent ces traités, analyse-t-elle.
En 2022, le site d’information en ligne « Reporter » a estimé que la polémique autour de l’autorisation accordée à Traversini avait coûté à Dieschbourg sa carrière politique. Son avenir après l’ère Post-Gaardenhaish reste toutefois incertain. Il y a deux mois, Dieschbourg a été élue au comité exécutif lors du congrès des Verts. Interrogée sur ses ambitions politiques, elle reste toutefois évasive : « Je suis actuellement active en politique locale, et pour le reste, on verra bien », déclare-t-elle. Après sa démission, des collègues du parti ont laissé entendre qu’elle pourrait, une fois les accusations liées à l’affaire Gaardenhaisch réglées, envisager une carrière au sein d’une organisation internationale. Jusqu’à présent, Dieschbourg a toutefois opté pour l’« act local ». Lorsqu’on lui demande ce qu’elle fait exactement lorsqu’elle n’est pas à la Mühle, elle reste vague. Elle laisse entendre qu’elle conseille de jeunes responsables politiques de l’Est, si ceux-ci lui soumettent des questions. Par ailleurs, elle serait en pourparlers avec des ONG actives dans les domaines de l’environnement et des droits des femmes. Elle ne souhaite toutefois pas citer de noms concrets. « En tant que ministre, j’ai beaucoup appris et j’ai acquis une grande expérience en matière de législation. Je souhaite transmettre ces connaissances », explique Mme Dieschbourg.
Depuis deux ans, cette spécialiste de la langue allemande a de nouveau plus de temps pour lire. Récemment, elle a lu un ouvrage de Maja Göpel, chercheuse spécialisée dans les transformations, qui l’a inspirée. Carole Dieschbourg est une lectrice « Stabilo-Boss » : ses phrases sont surlignées en bleu et en violet. Certaines sont toutefois soulignées au crayon, avec des traits plus tordus que droits. Elle a été particulièrement impressionnée par la phrase : « Soyons un Wirk. » « Wirk » est un mot-valise formé à partir de « wir » (nous) et de « wirken » (agir). Cela exprime le fait qu’en tant que société, nous pouvons façonner notre avenir et que notre cadre de vie naît de « notre interaction à tous », explique Carole Dieschbourg. Nous pourrions choisir l’influence que nous souhaitons exercer – que ce soit sur les questions d’énergie et de bien-être animal ou sur la manière dont nous renforçons la démocratie et l’esprit communautaire. « Ce sont des sujets difficiles, ce ne sont pas des sujets faciles », souligne la politicienne verte. Car il s’agit de préserver un lieu de vie sûr.
À l’issue de son premier mandat, Laurent Schmit a décrit, en 2018, la journaliste Carole Dieschbourg comme « aussi objective que Pierre Gramegna, aussi affable que Xavier Bettel et aussi combative qu’Étienne Schneider ». Dans le magazine Cicero, Jochen Zenthöfer a salué son naturel : elle ne se laisse « pas imposer une communication médiatique artificielle ». Le Luxembourg assurant la présidence du Conseil de l’UE au moment du Sommet de Paris sur le climat en 2015, elle a coordonné les négociations pour l’UE. Le magazine Der Spiegel a ensuite rapporté que Mme Dieschbourg était décrite dans les cercles européens comme « extrêmement engagée » et « habile ». Au cours de son premier mandat, Mme Dieschbourg a su convaincre sur plusieurs dossiers : sous sa direction, des zones de protection de l’eau potable ont été créées au-delà du lac de retenue – aujourd’hui, 80 % des sources sont protégées. Elle a lancé d’importantes réformes, notamment celle de la loi sur la protection des forêts et de la nature. Le CSV l’a largement épargnée dans son travail d’opposition ; Marco Schank, militant de Meco et ancien ministre de l’Environnement, s’occupait des questions environnementales. Et ce qui semble aujourd’hui difficilement imaginable : la direction du CSV, autour de Claude Wiseler, envisageait alors sérieusement une future coalition noir-vert.
Après que le CSV n’a pas été élu au gouvernement en 2018 et que la coalition tripartite est entrée dans une deuxième phase, le vent a tourné : depuis les bancs de l’opposition, le CSV a découvert la politique environnementale et les Verts comme cibles de ses attaques. Lorsque l’affaire Gaardenhaischen a finalement éclaté, l’une de « ses bêtes politiques les plus féroces », comme l’a décrite le Land Michel Wolter, s’est lancée dans une offensive visant à éliminer politiquement Dieschbourg. Au cours d’un discours de plus d’une heure prononcé à la Chambre en 2019, Wolter lui a reproché d’avoir « menti à la Chambre, à la presse et à l’opinion publique, d’avoir induit en erreur et d’avoir dissimulé des éléments importants du dossier ». Il s’agissait selon lui de « l’un des plus grands scandales environnementaux de ces dernières années », et il exigea sa démission. Le lendemain, le journal *Das Wort* titrait en citant Wolter : « La ministre a échoué sur toute la ligne ». Wolter n’allait finalement pas avoir raison : les fonctionnaires de Dieschbourg n’avaient pas favorisé Traversini, amateur de rénovation de tonnelles. Au cours de l’enquête, il est toutefois apparu clairement que l’administration était dépassée par l’interprétation de sa loi sur la protection de la nature et qu’elle l’appliquait peut-être de manière arbitraire. Dans certains cas, elle a délivré des permis pour des constructions dont l’existence n’était pas reconnue juridiquement ou restait floue – comme dans le cas de Traversini. Dans d’autres cas, elle ne l’a pas fait.
Lorsqu’elle était ministre, Mme Dieschbourg se plaignait auprès de ses fonctionnaires que la presse était superficielle et avide de sensationnel. Le battage médiatique autour de l’affaire Gaardenhaischen lui colle à la peau comme du soufre : « Aujourd’hui, quand je suis parmi les gens, on me parle surtout de scandales. » Mais cette étiquette de « scandaleuse » tombera probablement dès qu’elle se présentera au public avec de nouveaux projets. Jusqu’à présent, elle avait systématiquement refusé les demandes d’interview. Parallèlement, elle fait également profil bas sur ses réseaux sociaux ; elle ne les a certes pas supprimés, mais elle ne les alimente pas. Dieschbourg a pu constater à quel point le débat sur les réseaux sociaux pouvait dégénérer, notamment en 2020. Sous l’impulsion du Pirate Marc Goergen, une polémique autour des mouflons à Echternach a pris de l’ampleur. Les Pirates ont accusé la ministre de l’Environnement de vouloir tuer les animaux sans raison et ont publié une vidéo intitulée « RIP Mouffelen ». Le générique affirmait : « Ce week-end, les mouflons vont être abattus. Et qui est responsable ? L’agente Dieschbourg. » Une vague de critiques s’est déchaînée sur les réseaux sociaux. Elle n’a finalement pas autorisé l’administration chargée de la protection de la nature à intervenir. Or, l’abattage était justifié, car cette espèce non indigène se propageait sans frein, le locataire du domaine de chasse ne respectant pas le plan d’abattage.
Carole Dieschbourg se définit comme catholique. Elle a lu l’encyclique *Laudato Si* du pape François, qui traite de la protection de l’environnement et du climat. Lors des préparatifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015, elle a rendu visite au pape en compagnie d’autres ministres de l’Environnement. « À l’époque, j’ai perçu l’Église comme une force sociopolitique progressiste en matière d’environnement », explique-t-elle. Enfant, elle prenait également beaucoup de plaisir à chanter dans une chorale d’enfants qui accompagnait musicalement les messes. Aujourd’hui, cependant, elle se dit déçue de la manière dont la question des femmes a été abordée lors de la visite du pape et de la réaction de Jean-Claude Hollerich dans l’affaire Caritas. « Dire que l’on est familière avec le catholicisme d’un point de vue biographique et culturel n’exclut pas de porter des jugements critiques sur l’institution qu’est l’Église », explique Mme Dieschbourg.
Son border collie, Happy, est couché sous la table et dort désormais. Les ânes, le patrimoine culturel du moulin, la brume qui s’élève autour des sapins, Carole Dieschbourg, qui a le temps de s’adonner à ses passions : tout cela respire la tranquillité. Cela contraste avec un roman qui se trouve dans la boutique du moulin : *L’Étoile du matin* de Karl Ove Knausgaard. Dans cet ouvrage, le thème des frontières chaotiques et floues entre le monde des humains et celui des animaux revient sans cesse. On aperçoit des renards en milieu urbain, un blaireau s’égare dans un salon et tue un chat domestique. Des écrevisses quittent leur milieu naturel et quittent l’eau pour la terre ferme. Les poissons d’un fjord se reproduisent de manière inquiétante, les oiseaux sont étrangement agités. Les animaux renvoient à un monde qui part à vau-l’eau ; au fait que les écosystèmes sont au bord de l’effondrement. Dieschbourg veut lutter contre cet effondrement : « Je refuse de devenir indifférent. » Elle s’inspire d’une citation de l’économiste Eric Young : « Peut-être n’est pas un mot prudent. C’est une affirmation provocante de la possibilité face à un statu quo que nous ne sommes pas prêts à accepter. »