En 2019, 5 000 personnes ont signé une pétition pour réclamer une réduction des déchets plastiques. Le Conseil citoyen pour le climat s’est prononcé en faveur de mesures contre la consommation de plastique, tout comme le CSV, par la voix de Paul Galles, alors député de l’opposition. De plus, le CSV a soutenu une motion demandant que le Luxembourg devienne un pionnier au niveau européen en matière de « prévention et de gestion des déchets ». C’était en 2019, avant la pandémie de coronavirus. Et avant les débats sur la militarisation qui ont débuté avec la guerre en Ukraine en 2022. À l’époque, la coalition tripartite proposait encore des visions d’avenir. Sous la devise « Sortons de la société du tout-jetable », elle souhaitait dynamiser l’économie circulaire. L’UE s’est également emparée de ce sujet et a adopté en 2018 un paquet de mesures en faveur de l’économie circulaire.
En 2022, le Parti vert a renchéri avec la loi « Lëtzebuerg zéro déchet », sous l’égide de la ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg. Il était prévu d’introduire dès 2025 un système de consigne pour les contenants réutilisables et d’interdire les emballages jetables dans les restaurants proposant des plats à emporter et des services de livraison. Mais il y a trois mois, le Conseil de gouvernement a décidé de revenir sur l’interdiction des emballages à usage unique (cette décision doit toutefois encore être confirmée par la Chambre des députés). Dans le secteur de la restauration, une option de réutilisation ne sera proposée à grande échelle qu’à partir de 2028 – sans pour autant supprimer les emballages à usage unique. Pourtant, le ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, avait auparavant souligné dans une interview accordée au Journal qu’il souhaitait s’en tenir aux objectifs de la loi sur les déchets ; seuls les délais seraient repoussés. L’ancienne ministre verte de l’Environnement, Joëlle Welfring, qui a pris ses fonctions à Dieschbourg en 2022, avait, en tant que députée en 2024, déposé plusieurs questions parlementaires concernant la mise en œuvre de la politique en matière de déchets et de plats à emporter menée par le ministère dirigé par le CSV. Les réponses fournies étaient alors assez vagues ; dans cette mesure, les modifications des délais ne sont pas une surprise.
Peut-être aussi parce que le secteur Horesca s’y est opposé. Le secrétaire général de Horesca, Steve Martellini, n’était pas joignable cette semaine pour un entretien. RTL Radio a toutefois déjà fait état de ses critiques : « À la Horesca, certains ont déploré que les supermarchés ne soient pas concernés ; cela constituerait une concurrence déloyale », les supermarchés pouvant continuer à utiliser des emballages jetables. Ce qui a surtout dérangé, c’est qu’une alternative aux boîtes à pizza ait été envisagée. Jusqu’à présent, les boîtes à pizza traditionnelles sont considérées comme idéales pour garder la pizza au chaud et absorber l’humidité sans se détremper. Elles sont solides, faciles à transporter et relativement peu coûteuses. Mais leur point faible reste que ces boîtes maculées de graisse sont difficiles à recycler. À la mi-octobre, RTL a finalement titré « Les boîtes à pizza sont sauvées ». Lors d’une réunion entre le ministère et les représentants de Horesca, il a été décidé que « la fin du carton à pizza est sur la table », comme l’a rapporté RTL. L’objectif est désormais de se concentrer sur la sensibilisation des consommateurs via Valorlux.
Le report de la date d’entrée en vigueur de l’obligation d’utiliser des vaisselle réutilisables lors d’événements et de fêtes est quant à lui surprenant. Selon l’amendement législatif proposé, cette date devrait être repoussée de 2025 à 2026. Cela est d’autant plus surprenant que la location de vaisselle et d’installations de lavage mobiles s’est optimisée ces dernières années et que, depuis 2023, les produits jetables en plastique tels que les assiettes et les couverts sont déjà interdits lors des événements. Depuis 2019, l’Oekozenter-Pfaffental soutient la mise en œuvre d’« événements verts ». L’année dernière a même été une année record : 365 associations ont organisé leurs manifestations selon des principes écologiques. Des concepts ont été testés pour différents types d’événements, tels que le festival E-Lake, les marchés de Noël, les festivals scientifiques et les festivals de théâtre. « Nous accompagnons les organisateurs en leur prodiguant des conseils et en les aidant, par exemple, à trouver des prestataires proposant la location de vaisselle et d’installations de lavage. De nombreuses communes les mettent gratuitement à disposition », explique Isabelle Schummers, conseillère en environnement à l’Ökozentrum. Comme dans le secteur Horesca, certains organisateurs ont toutefois déploré une charge de travail accrue – due au stockage et à l’achat de vaisselle réutilisable, puis à son lavage, comme l’a rapporté le Woxx. Pour sa part, Mme Schummers fait également état de bénévoles motivés qui se réjouissent de voir les poubelles presque vides lors de leurs fêtes. « La transition peut prendre du temps. Mais dès que l’on sait comment s’organiser sur le plan logistique et que l’on a acquis de l’expérience, la charge de travail n’est plus aussi importante. » Dans l’article du Woxx, les responsables d’ECO-Conseil soulignent en outre que les événements écologiques génèrent moins de coûts externalisés liés à l’élimination, au recyclage et à la collecte des déchets. À cet égard, le principe du réutilisable est sans aucun doute rentable. Depuis octobre 2024, les subventions ne sont toutefois plus aussi généreuses. Chaque organisateur ne peut désormais demander qu’une seule fois une subvention de 1 500 euros auprès du ministère de l’Environnement.
Lorsque les Verts ont présenté leurs propositions concernant les emballages réutilisables, ils souhaitaient également promouvoir une nouvelle façon de penser les déchets : emballages, récipients en plastique, carton… Ils ne devaient plus être considérés comme des produits inutiles, mais comme des matériaux potentiellement précieux, en somme, comme une ressource. À l’heure actuelle, cela ne s’applique pas nécessairement à tous les emballages : « Le fait qu’un déchet soit une ressource dépend du degré de transformation d’un matériau », explique Tobias Wilhelm, directeur d’exploitation chez Hein et diplômé en géographie. Les emballages de type « sandwich », dans lesquels un film plastique est collé sur du papier, finissent généralement dans l’incinérateur : personne ne prend la peine de séparer les deux matériaux, car cela demande beaucoup de temps et d’argent. « Il en va de même, par exemple, pour les chaises dotées d’un rembourrage », ajoute M. Wilhelm.
À Bech-Kleinmacher, l’entreprise Hein trie et conditionne le papier, le carton, le verre, les plastiques ainsi que les déchets de chantier et les déchets industriels. Les flacons de lessive, les bouteilles de boissons et les flacons de shampoing sont en revanche faciles à recycler. Le marché du papier est encore plus rentable, « car il est plus simple de fabriquer du papier à partir de papier qu’à partir d’un arbre ». Selon le type de plastique, le bilan est toutefois différent : « La quantité d’énergie nécessaire pour recycler des films plastiques fortement transformés est élevée. Il en va autrement du polycarbonate, comme celui que l’on trouve dans les conteneurs bleus des bornes d’eau en libre-service. » Le marché du recyclage du plastique dépend en outre des cours du pétrole : lorsque ceux-ci sont élevés, le recyclage de cette matière première peut s’avérer plus rentable. Selon Wilhelm, il existe toutefois un meilleur moyen de réguler le marché que le prix du pétrole : « Si les responsables politiques encourageaient la recyclabilité des matériaux, le marché du recyclage se stabiliserait, car la demande augmenterait. » Il n’est pas convaincu par les quotas de recyclage forfaitaires, notamment parce qu’il n’existe actuellement aucune directive claire concernant les matériaux d’emballage. « Et on peut vraiment s’étonner des types de couleurs et de plastiques que les fabricants utilisent parfois. » Le ministère de l’Environnement se montre toutefois rassurant. En janvier, un règlement européen a été adopté, qui prévoit une conception axée sur le recyclage et harmonisera progressivement le marché européen du recyclage.
Le Luxembourg ne manque pas de plastique. Les derniers chiffres de 2022 montrent que 63 562 tonnes – soit près de 100 kilos par personne – ont été collectées par Valorlux. Un peu plus de 24 000 tonnes ont été exportées à l’étranger, principalement vers l’Italie, l’Allemagne, la France et la Belgique, comme l’a indiqué la ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, dans une réponse à une question parlementaire posée par les députés du LSAP Claire Delcourt et Mars Di Bartolomeo. Ces pays partenaires de l’UE exportent à leur tour une partie de ces déchets vers des pays hors de l’OCDE, c’est-à-dire vers des États où la gestion des déchets est moins stricte. Il n’est donc pas improbable qu’une partie de ces déchets finisse dans les océans. Depuis 2024, le ministre de l’Environnement milite toutefois contre l’exportation de plastique vers des pays hors de l’OCDE et en faveur de nouvelles installations de recyclage en Europe. Une enquête réalisée en 2023 a par ailleurs révélé que sur les 163 kilos de déchets ménagers générés en moyenne par chaque habitant, la moitié n’avait en réalité rien à faire dans la poubelle noire, mais constituait des matières compostables ou recyclables.
Le ministre de l’Environnement, Serge Wilmes, n’a pas eu le temps cette semaine d’échanger avec le pays sur son approche en matière de déchets. De plus, il n’a pas encore abordé les modifications de la loi sur les déchets au sein de la commission de l’environnement. Il se concentre actuellement sur la loi relative à la protection de la nature. Les partis d’opposition contactés perçoivent toujours un ministre de l’Environnement quelque peu « agacé », qui préfère laisser la parole à ses fonctionnaires (cf. d’Land, 28 juin 2024). Le journaliste Christian Block a voulu savoir si « le ministre de l’Environnement n’avait pas grand-chose à dire au sein de ce gouvernement ». En effet, dans le gouvernement CSV-DP, d’autres ministres occupent le devant de la scène. « De telles déclarations provocatrices ne m’impressionnent absolument pas », a répondu M. Wilmes. Il a encore besoin de temps pour prendre ses marques. Par ailleurs, il a déjà pris une série de décisions : pour le Logementsesch, il a présenté le concept de mesures compensatoires « Natur auf Zeit ».
Avec le programme « Umwelt-Immobilien-Konnex », Wilmes ne se fera toutefois guère remarquer, car celui-ci reste un simple volet d’un projet gouvernemental plus vaste. Pour s’imposer comme un acteur autonome, il vaudrait mieux qu’il fasse des déclarations audacieuses sur la politique des déchets. Après tout, le politicien du CSV a déclaré l’année dernière dans une interview sur RTL que son ministère ne devait plus être considéré « comme un ministère de l’obstruction, mais comme un ministère de l’action ». Contrairement aux voitures électriques ou aux centrales nucléaires, la politique de recyclage et de gestion des déchets n’est d’ailleurs pas un sujet idéologique clivant (à moins que RTL ne veuille déclencher une guerre culturelle autour des cartons à pizza). « Life in Plastic, It’s Fantastic » ne fait pas l’unanimité. Les images de tortues marines dont la tête est enveloppée dans des sacs en plastique, ou d’oiseaux marins dont le cou est étranglé par des anneaux en plastique, ne sont guère encourageantes pour quiconque. À cela s’ajoutent des rapports réguliers sur les effets néfastes des microplastiques : ceux-ci peuvent déclencher des réactions inflammatoires dans l’organisme et perturber l’équilibre hormonal. En semaine, les travailleurs mobiles devraient se réjouir de pouvoir, pendant leur pause déjeuner, échapper au gaspillage forcé des ressources pratiqué par les services de livraison.
Une conférence de presse aura lieu en mai, et l’on en saura alors davantage, selon le ministère. D’ici là, le Meco ne se montrera guère enthousiaste face à l’assouplissement de l’interdiction des emballages jetables. En Allemagne, le projet « Bring-Your-Own-Box » a montré que rares sont ceux qui pensent à emporter une boîte pour leur repas. Et le secteur de la restauration, quant à lui, fait rarement la promotion des contenants réutilisables, comme on peut le lire dans « Ökotopten », un guide publié par le Meco. Il faudrait des offres adaptées aux consommateurs – comme un système de consigne avec des modalités de retour simplifiées. L’entreprise bernoise Recircle s’est penchée sur la manière de mettre cela en place. « Pour utiliser nos contenants, pas besoin d’application, de scan particulier ni d’inscription : il suffit de payer la consigne à la caisse », explique une collaboratrice au téléphone. L’entreprise compte désormais 2 300 partenaires, dont 1 700 en Suisse, les autres étant répartis dans toute l’Europe. Afin de faciliter la transition vers les contenants réutilisables pour le secteur de la restauration, elle propose des formations ainsi qu’un kit de démarrage. L’entrepôt de Recircle est situé au Luxembourg, ce qui le place « ainsi dans une position centrale pour approvisionner les partenaires d’Europe occidentale ». Bien que l’entreprise soit implantée ici et qu’elle dispose, en tant que plus ancien prestataire de services de réutilisation, d’une grande expérience qu’elle n’hésite pas à partager, aucun échange n’a encore eu lieu avec les autorités luxembourgeoises, selon des sources à Berne. Un fonctionnaire du ministère de l’Environnement explique qu’il n’appartient pas à son institution de mettre le secteur Horesca en relation avec des prestataires privés.
Mais ces contenants réutilisables sont-ils vraiment plus écologiques ? Selon Recircle, ils le deviennent à partir de 12 utilisations, selon le matériau de référence. « Comme nous travaillons avec des matériaux de haute qualité, nos tasses et nos boîtes peuvent être réutilisées jusqu’à 400 fois », précise la collaboratrice. Une étude aurait montré qu’un utilisateur réutilise en moyenne ces récipients 70 fois. Les retours positifs proviennent également des villes et des communes : les systèmes de consigne permettent de réduire les coûts liés au traitement des déchets. Un avantage pour les contribuables.