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Social 14 min de lecture

Vacances d’aventure

En théorie, l'UE promet une grande liberté de circulation cet été, malgré le coronavirus. Mais celle-ci n'est pas du tout garantie, même avec le certificat numérique.

Article paru dans Édition juillet 2021
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Qui veut aller à Porto ? Mardi de cette semaine, peu avant midi : au parking Bouillon à Hollerich, un autocar longue distance est prêt à partir. La destination est Porto, mais aucun des passagers qui attendent ne souhaite s’y rendre. Tous descendront à Paris. Le chauffeur de bus ne peut pas dire si des passagers à destination de Porto monteront à bord là-bas : son service prend fin à l’arrivée à Paris, où un autre chauffeur prendra le relais.

Est-ce parce que le Portugal a été déclaré « paria du coronavirus » au sein de l’UE par le gouvernement allemand ? Vendredi dernier, l’Institut Robert Koch, l’agence allemande de lutte contre les épidémies, a classé le Portugal parmi les « zones à variants du virus ». La Russie aussi. Le Royaume-Uni bénéficie de ce statut depuis un certain temps déjà. Depuis mardi dernier, plus personne ne peut être transporté du Portugal vers l’Allemagne. Des centaines de vacanciers allemands ont rapidement écourté leurs vacances au Portugal, car toute personne rentrant à partir de mardi doit se soumettre à une quarantaine de 14 jours. Cette mesure s’applique même aux personnes entièrement vaccinées. Le ministre portugais des Affaires étrangères a protesté de manière courtoise et diplomatique, car l’ensemble du pays a été déclaré « zone à variant Delta », y compris Madère et les Açores.

Il est toutefois peu probable que le car, qui se trouve actuellement à Hollerich, parte à vide vers le Portugal après son arrêt à Paris : mardi matin, il ne restait plus qu’une seule place disponible sur le site Internet de la compagnie de bus. Il se remplira donc à partir de la France. Et il est « tout à fait normal » qu’à cette période de l’année, presque personne ne se rende au Portugal en bus depuis le Luxembourg, explique Ceu Abreu, qui est bien placée pour le savoir : son agence de voyages Arosa, située à Esch-sur-Alzette, est spécialisée dans la vente de billets à destination du Portugal. « Pour l’instant, les vols sont encore assez bon marché », précise Mme Abreu. Mais la situation changera avec le début des vacances d’été. « À ce moment-là, beaucoup prendront aussi le bus. »

À Arosa, on ne constate pour l’instant aucun impact des inquiétudes liées au variant Delta du coronavirus, qui ont surgi au Portugal, où plus de 2 000 nouveaux cas de Covid ont été recensés mercredi, un chiffre qui n’avait plus été atteint depuis la mi-février. Près de 1 400 cas ont été enregistrés dans la région de Lisbonne. Mais sa clientèle, précise Mme Abreu, est principalement composée de Portugais qui souhaitent rendre visite à des proches pendant les vacances d’été. L’année dernière déjà, beaucoup avaient voyagé, même si c’était moins que d’habitude, par crainte de mettre leurs familles en danger. « Cette année, tout le monde veut voyager », affirme la directrice de l’agence de voyages. Les gens en ont assez des restrictions. « Bien sûr, il faut faire attention. Mais c’est le cas partout, pas seulement au Portugal. »

Un « coup de pouce » pour l’économie Les vacances d’été, qui n’ont même pas encore vraiment commencé, s’annoncent donc compliquées. Et pourtant, depuis hier jeudi, les déplacements au sein de l’UE et de l’espace Schengen devraient être facilités : grâce à l’EUDCC, le certificat numérique de l’Union européenne relatif au coronavirus . Les personnes vaccinées contre la Covid-19, celles qui se sont remises de la maladie ou celles qui ont obtenu un résultat négatif à un test PCR ou à un test rapide de dépistage du virus se verront délivrer un certificat comportant un code QR, lisible dans tous les pays participants. « Le certificat numérique Covid de l’UE, disponible au format papier ou numérique, facilitera les déplacements des Européens, que ce soit pour rendre visite à leur famille et à leurs proches ou pour profiter d’un repos bien mérité », a promis la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après que le Conseil de l’UE et le Parlement se sont mis d’accord sur cet outil numérique en l’espace de deux mois seulement. Cela s’est fait en « un temps record », a fièrement annoncé la Commission, estimant que cela donnerait un énorme « coup de pouce » à l’économie et surtout au secteur du tourisme.

Mais aujourd’hui, des inquiétudes concernant l’activité commencent déjà à se faire sentir. Le slogan « Re-open Europe », lancé dès l’été 2020, est « une affirmation simpliste », estime Fernand Heinisch, président de l’Ulav, l’Union luxembourgeoise des agences de voyages. Il faudrait des « mesures harmonisées au niveau européen », et non pas des classifications unilatérales de pays entiers par d’autres pays. Sinon, la situation deviendrait encore plus difficile pour le secteur, qui est déjà en difficulté. 2020 a été une année catastrophique pour les agences de voyages luxembourgeoises, avec une perte de chiffre d’affaires de 80 à 90 %. Pour cette année, les entreprises membres de l’Ulav s’attendent à une baisse de 50 à 60 % de leur chiffre d’affaires par rapport à 2019. Du côté de la clientèle, il règne « un véritable vent d’optimisme ». Mais les réservations se font à court terme, souvent en dernière minute, « et concernent uniquement des voyages au sein de l’UE, pas du tout de voyages lointains ». La décision de l’Allemagne concernant le Portugal a également des répercussions sur les agences de voyages du pays : « Beaucoup ont en effet aussi des clients allemands. »

Frein d’urgence Le fait qu’un État membre de l’UE puisse actionner un « frein d’urgence » à l’égard d’un autre est expressément prévu dans le règlement européen relatif à « Re-open Europe » et au certificat numérique, en vigueur depuis le 1er juillet. Le ministère de la Santé explique au journal *Der Land* que ce règlement établit une distinction entre les « frontières extérieures » et celles situées à l’intérieur de l’UE et de l’espace Schengen. Si l’UE souhaitait se fermer aux pays tiers, une coordination au niveau du Conseil des ministres serait nécessaire. Au sein de l’UE et de l’espace Schengen, en revanche, chaque État peut prendre une décision de manière unilatérale s’il estime que cela se justifie pour des raisons sanitaires. À condition toutefois que le risque soit particulièrement élevé dans un pays, ou peut-être dans quelques pays, et non pas le même à l’échelle européenne.

Dans ce cadre juridique, toutes sortes de facteurs se croisent désormais : l’« enthousiasme » des gens. L’espoir des secteurs du tourisme, de la restauration et du transport aérien de voir leur chiffre d’affaires augmenter cet été. Et la politique des gouvernements, dont les objectifs peuvent rapidement entrer en contradiction les uns avec les autres : d’un côté, on ne veut pas freiner l’envie de voyager des gens ni décevoir les espoirs de l’économie ; de l’autre, la pandémie n’est pas encore terminée. Les nouvelles possibilités de voyage créent également des risques de contamination, d’autant plus que le variant Delta du coronavirus se transmet 40 % plus rapidement que le variant Alpha, qui avait été découvert pour la première fois au Royaume-Uni fin 2020. Lorsque le gouvernement britannique a classé le Portugal dans la catégorie « verte » début mai, les touristes britanniques se sont rendus en masse dans l’une de leurs destinations de vacances préférées. Mais tout cela a pris fin brutalement début juin, après que des milliers de supporters de football britanniques se sont envolés fin mai pour Porto afin d’assister à la finale de la Ligue des champions – ce qui a apparemment entraîné un « import-export » du variant « Delta » entre le Portugal et la Grande-Bretagne. Début juin, le gouvernement britannique a pris une décision similaire à celle adoptée par le gouvernement allemand une semaine auparavant : les personnes revenant du Portugal devaient se mettre en quarantaine. Des milliers de touristes britanniques ont rapidement pris le chemin du retour. Le secteur britannique des voyagistes était consterné.

Ces derniers jours, on parle encore plus de Majorque que du Portugal : le fait que des fêtes de fin d’études organisées sur cette île des Baléares entraînent des contaminations n’est pas une nouveauté. Hier, le ministère de la Santé a confirmé à RTL que onze élèves de l’École européenne avaient également été contaminés à Majorque. Mais ce qui fait particulièrement parler, c’est la quarantaine obligatoire imposée aux jeunes dans des hôtels de Majorque, ordonnée par le gouvernement espagnol. Même un test PCR négatif n’y change rien. La saison touristique 2021 s’annonce peu réjouissante, malgré l’initiative « Re-open Europe ».

Retards de vaccination Cette situation s’explique par le fait que la couverture vaccinale n’est pas encore suffisante partout. En imposant une interdiction d’entrée en provenance des « zones à variants », l’Allemagne souhaite gagner du temps pour vacciner sa population. En milieu de semaine, 54,5 % des adultes allemands avaient reçu au moins une dose de vaccin, et 36,5 % étaient entièrement vaccinés. Ce chiffre est certes comparable à celui des États-Unis, mais il n’est pas exceptionnel. Au Luxembourg, par exemple,
66 % de la population a reçu sa première dose de vaccin, et 46 % est entièrement vaccinée. Mais bien que le Luxembourg progresse mieux en matière de vaccination que des pays plus grands, son zèle dans le séquençage génomique des tests COVID-19 positifs a failli lui être fatal. Lorsque le Premier ministre Xavier Bettel (DP) a laissé entendre samedi dernier, dans l’émission « Background » de RTL Radio Lëtzebuerg, qu’il avait dû « expliquer » à l’étranger la propagation du variant Delta dans notre pays, ce n’était pas un hasard : le fait que, entre le 30 mai et le 6 juin, le variant Delta ait représenté 31 % des échantillons séquencés par le Laboratoire national de santé (LNS) aurait suffi, à un cheveu près, à faire du Luxembourg une « zone à variant ». Le ministère de la Santé ne précise pas qui souhaitait classer le Luxembourg dans cette catégorie, mais indique que « les pays voisins s’intéressent naturellement à notre situation ». Et que le gouvernement a « toujours » expliqué « que nous effectuons de nombreux séquençages à un rythme soutenu, ce qui nous permet d’avoir une vision très complète de la situation ». Ce que « d’autres pays ont beaucoup moins ». Parfois, le décalage entre les données d’un pays à l’autre peut atteindre deux semaines. Lorsqu’il s’agit du variant Delta, qui se propage si rapidement, un décalage de deux semaines dans la notification est « énorme ».

L’arrivée du variant Delta Mais il semble que l’Allemagne rattrape son retard. Tant en termes de rythme de séquençage que de tendance à devenir elle-même prochainement une « zone à variants ». Mercredi dernier, l’Institut Robert Koch a indiqué dans son « rapport quotidien sur la situation » que, durant la semaine calendaire 24 – c’est-à-dire il y a deux semaines –, la variante Delta représentait « environ 37 % » à l’échelle nationale. Au Luxembourg, le ministère de la Santé a fait état la semaine dernière d’un taux de 35 % pour la semaine calendaire 23. Et a indiqué qu’il y avait eu une « interruption » dans la « progression exponentielle » observée jusqu’alors. L’épidémiologiste Joël Mossong, de l’Inspection sanitaire, explique au journal *Der Land* que le nombre absolu de nouvelles infections avait diminué, mais que la part du variant Delta était restée à peu près constante. Le rapport attendu cette semaine, portant sur la semaine calendaire 24, n’était pas encore disponible hier après-midi en raison d’une « erreur technique » au LNS. Joël Mossong estimait en début de semaine que la variante Delta deviendrait dominante « dans toute l’Europe d’ici deux à trois semaines ». La presse allemande a cité cette semaine des épidémiologistes selon lesquels le « Delta » serait en réalité la souche du SARS-CoV-2 déjà dominante en Allemagne.

Il est difficile de dire si cela aura des répercussions sur les voyages. D’autant plus que les règles selon lesquelles les États membres de l’UE délivrent des attestations via le certificat numérique varient considérablement. À tel point que lundi, des associations du secteur aérien se sont plaintes de cette situation dans une lettre adressée aux chefs de gouvernement de l’UE : on aurait recensé dix approches différentes en matière de certification parmi les 27 pays de l’UE. Cela pourrait « compromettre la reprise des voyages aériens ». Par ailleurs, l’Irlande, Malte, les Pays-Bas, la Roumanie, la Suède et la Hongrie ne sont pas encore prêts pour l’EUDCC.

Quelles sont les règles en vigueur ? Si vous voyagez dans un autre pays de l’UE, vous devez vérifier précisément ce que certifie le certificat numérique, quelles sont les exigences en vigueur dans le pays de destination et comment vous pouvez y satisfaire. Prenons l’exemple du certificat de vaccination : selon la réglementation luxembourgeoise, toute personne ayant reçu un vaccin à deux doses est considérée comme « entièrement vaccinée » à compter de la date de la deuxième injection. Ce n’est que dans le cas d’un vaccin à dose unique – à l’heure actuelle, celui de Johnson & Johnson – qu’il faut attendre deux semaines supplémentaires.

C’est d’ailleurs ce qui figure dans la dernière mise à jour de la loi Covid, qui a instauré le « Covid-Check ». Mais les trois pays voisins du Luxembourg voient les choses différemment. Le Portugal aussi : toute personne ayant reçu un vaccin à partir de doses est considérée comme « entièrement vaccinée » seulement 14 jours après la dernière injection. La France, quant à elle, n’accorde aucun droit supplémentaire aux personnes guéries du Covid. Par conséquent, les Luxembourgeois·e·s qui, selon le Covid-Check, sont « guéris » ici doivent présenter un test négatif à leur entrée en France. Comme le suggère la lettre de protestation des associations aériennes, la liste des différences pourrait sans doute s’allonger et s’étendre à d’autres pays.

Selon le ministère de la Santé, il n’est pour l’instant pas question de modifier la règle relative à la vaccination lorsque le gouvernement se penchera, la semaine prochaine, sur la prochaine prolongation de la loi Covid. Ce sont justement tous ceux qui prévoient un voyage au Portugal qui devraient y prêter attention : le photographe Guy Wolff, qui était à Lisbonne jusqu’au week-end dernier, a raconté au Land l’agitation qu’il a due endurer la semaine dernière avant son retour au Luxembourg : « J’avais reçu mes deux doses de vaccin, mais la deuxième m’avait été administrée trois jours avant mon départ pour Lisbonne. » Le Portugal exigeant un délai d’attente de deux semaines, Guy Wolff s’est fait tester. Il comptait faire de même avant son vol de retour vers le Luxembourg, car il s’attendait à ce qu’on lui demande son certificat de vaccination ou le résultat de son test lors de l’enregistrement à Lisbonne.

Mais à sa grande surprise, comme il le dit lui-même, il n’a trouvé aucune pharmacie effectuant et certifiant des tests rapides le samedi. Du lundi au vendredi, cela n’aurait pas posé de problème, mais le samedi, oui. Il s’est donc présenté à l’enregistrement avec pour seul document son certificat de vaccination. « Mais là-bas, on m’a simplement laissé passer. Personne ne s’est intéressé à la date figurant sur mon certificat de vaccination. » Tout comme, une semaine auparavant, à son arrivée à Lisbonne, personne n’avait contrôlé quoi que ce soit chez les passagers de son avion. « Peut-être pensait-on qu’ils avaient déjà été contrôlés avant le décollage ; sinon, ils ne seraient pas montés à bord. Mais j’avais pensé que, comme il y avait déjà à l’époque de nombreux nouveaux cas d’infection par le variant Delta à Lisbonne, on prendrait peut-être la température des voyageurs à leur arrivée à l’aéroport. »

Une trop grande laxité a-t-elle donc contribué à la « zone de variants » ? C’est tout à fait possible. Mais on pourrait en dire autant du Luxembourg, avec sa réglementation généreuse concernant les personnes vaccinées. Ou encore du cas des voyageurs arrivant par avion à Findel en provenance du Royaume-Uni : bien qu’un test soit en principe obligatoire (et disponible gratuitement), seuls « quelques-uns » se font tester, comme l’a rapporté lundi le Luxembourg Times , qui a appris du ministère de la Santé que les ressources faisaient défaut pour effectuer plus que des contrôles aléatoires.