L’idée semble bonne : la ministre de la Santé et des Affaires sociales souhaite mettre en place un « télésuivi ». Les médecins expliqueraient aux patients, par téléphone, les résultats des analyses de laboratoire ou des examens radiologiques, et l’assurance maladie prendrait en charge ces frais. Pour l’instant, cela n’est pas possible. Martine Deprez (CSV) part du principe que certains médecins le font déjà de toute façon, tandis que d’autres demandent un rendez-vous. Si ces consultations téléphoniques étaient prises en charge par l’assurance maladie, estime-t-elle, elles deviendraient plus systématiques et renforceraient les soins de première ligne. Si le « Télésuivi » venait à remplacer les consultations, cela représenterait un gain d’efficacité, voire un avantage financier : une consultation chez un médecin généraliste coûte par exemple 61 euros selon l’indice actuel. À 21,55 euros, le Télésuivi serait moins cher. L’appel téléphonique ne devrait pas durer plus de cinq minutes.
Bien que le Conseil d’État ait déjà approuvé en février le projet de règlement grand-ducal présenté par le conseiller d’État Deprez, le Télésuivi reste en suspens. Sa date d’entrée en vigueur est « difficile à prévoir avec précision », indique le ministère. Le conseil d’administration de la CNS doit encore se prononcer sur le « taux de prise en charge ».
C’est inhabituel pour une prestation médicale. La CNS prend généralement en charge 88 % des frais médicaux, et la totalité pour les enfants. Mais le Télésuivi pourrait bien coûter une petite fortune. On ignore combien de médecins téléphonent simplement à leurs patients comme ça. Le ministère estime que le Télésuivi entraînera des coûts supplémentaires de trois millions d’euros pour l’assurance maladie – dans un « scénario moyen » et à un moment où le CNS est à court d’argent.
Il n’est donc pas étonnant que la Chambre des salariés et la Chambre de commerce aient reproché cela à la ministre en juin et juillet dans leurs avis sur le projet de règlement, au nom des syndicats et de l’UEL au sein du conseil d’administration du CNS. Selon la CSL, le Télésuivi deviendrait une « cagnotte » pour les médecins. Il comporterait « un risque de dérive », estime la Chambre de commerce, en raison de l’absence de mécanisme de contrôle. Ce que Martine Deprez reconnaît dans son projet : le Télésuivi ne pourra entrer en vigueur que lorsque le système de paiement numérique PID limitera « le risque d’erreur et de fraude ». Or, ce n’est pas le PID qui doit constituer une condition préalable, mais la facture classique envoyée pour le remboursement des frais, explique la CNS au journal *Le Land*. Elle craint apparemment de devoir payer pour un très grand nombre d’appels téléphoniques.
Ce qui laisse présager un vote passionnant au sein du conseil d’administration de la CNS sur le « taux de prise en charge », c’est-à-dire sur la participation financière du patient. Le projet de Deprez suggère de la fixer à 30 % pour des raisons pédagogiques, comme c’est le cas pour la kinésithérapie. La CSL s’est indignée, estimant qu’une telle recommandation ne relevait pas de la compétence de la ministre, mais de celle du conseil d’administration de la caisse. Ou bien cette agitation est-elle finalement inutile ? Le Conseil d’État a relevé que le Télésuivi ne doit être mis en place qu’« en cas de nécessité de traitement ou d’adaptation thérapeutique suite à l’obtention des résultats », donc apparemment pas en cas de résultats « normaux ». Le Conseil d’État épargne à son ancienne collègue Martine Deprez la question de savoir comment cela doit être contrôlé. Mais il estime que « ledit dispositif risque de rester en partie lettre morte ».