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Social 8 min de lecture

Tout va s’arranger

Vaccination, dépistage et possibilité d'enlever son masque à l'école de temps en temps. Le gouvernement mise sur une rentrée assez « normale ».

Article paru dans Édition septembre 2021
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Une élève portant un masque dans une école © Photo : Sven Becker

Comme les temps changent : le 11 juin, le Premier ministre Xavier Bettel (DP) avait déclaré à paperjam.lu que « dès que possible », les tests de dépistage de masse ne seraient plus accessibles uniquement sur invitation, mais à tous. Grâce à un test PCR gratuit, valable 72 heures, « tout le monde » devait pouvoir participer en toute sérénité aux festivités de la fête nationale, mais aussi voyager, se rendre au restaurant, etc. À l’époque, près de 29 % de la population luxembourgeoise était entièrement vaccinée. Le « Covid-Check », que le Luxembourg a mis en place deux semaines avant que l’UE n’introduise son certificat numérique, devait également offrir des libertés aux personnes non vaccinées, sans qu’elles aient à payer pour cela.

On pouvait déjà supposer début juillet que cela prendrait fin à la mi-septembre : c’est à ce moment-là que le gouvernement a présenté le projet de loi Covid, qui est devenu loi à la mi-juillet et qui reste en vigueur jusqu’au 15 septembre. En effet, il a annoncé que le dépistage à grande échelle ne serait maintenu que jusqu’à cette date. On pouvait alors se demander qui proposerait ensuite des tests gratuits pour tous, sur simple prise de rendez-vous en ligne, si ce n’était pas le consortium généreusement financé par les deniers publics. Depuis mercredi dernier, la réponse est claire : personne. Les personnes non vaccinées devront bientôt payer pour se faire tester. « Il n’est plus acceptable que la collectivité paie parce qu’une minorité refuse de se faire vacciner et continue de représenter un risque », a déclaré Xavier Bettel lors de la conférence de presse avec la ministre de la Santé à l’issue du Conseil d’État.

Il n’est pas surprenant que l’on cherche désormais à inciter à la vaccination. Selon le Vaccine Tracker de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies), 60,7 % de la population luxembourgeoise était « entièrement vaccinée » hier, jeudi. Ce chiffre est certes légèrement supérieur à la moyenne de l’UE (57,2 %) et très légèrement supérieur à celui de l’Allemagne (60,3 %), mais nettement inférieur à celui de la Belgique (70,3 %), du Portugal (69,4 %) ou de l’Irlande (68,1 %). Et depuis le début des vacances d’été, le rythme de vaccination a ralenti dans le pays, ce qui s’explique probablement par le fait que de nombreuses personnes sont parties en vacances : la proportion de la population ayant reçu une première dose est passée de 60,5 % à la mi-juillet à 63,2 % cette semaine. Le Luxembourg se retrouve ainsi en dessous de la moyenne européenne actuelle de 64,7 % en matière de premières doses. On espère désormais que le rythme pourra à nouveau s’accélérer.

La principale nouveauté à compter du 16 septembre est la fin des tests gratuits. Toutefois, selon le Premier ministre, on « cherche encore une solution » pour les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner et pour les enfants de moins de douze ans, pour lesquels aucun vaccin n’est encore autorisé dans l’UE. Ce qui était plus intéressant cette semaine, c’était d’apprendre comment les choses allaient se passer dans les écoles. En effet, les élèves sont particulièrement actifs sur le plan social, ils entrent en contact les uns avec les autres à l’école, et il n’existe pas encore de vaccin, du moins pour les élèves du primaire.

Les syndicats d’enseignants et l’association nationale des parents d’élèves avaient déjà demandé, avant les vacances, que l’obligation du port du masque soit supprimée, au moins dans les écoles primaires. Dans le nouveau « plan par étapes » présenté hier jeudi par le ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP), cette mesure est prévue pour tous les niveaux scolaires ; y compris au niveau secondaire. Dès que les élèves sont assis à leur place, se trouvent dans la cour de récréation et à condition qu’ils ne soient pas plus de dix réunis, le port du masque n’est plus obligatoire. Toutefois, si un cas de Covid est détecté dans une classe, cette règle est à nouveau suspendue pendant six jours.

Alors qu’au niveau primaire, jusqu’aux vacances, il était recommandé d’effectuer un test rapide par semaine à l’école et un autre à la maison – ces tests étant toujours facultatifs –, il est prévu, après la rentrée, de passer à deux tests hebdomadaires dans les établissements scolaires. Dans l’enseignement secondaire, on s’en tient à un test à l’école et un à la maison. Le caractère facultatif reste inchangé.

Lors de sa séance de mercredi, le Conseil d’État n’a pas donné suite à l’idée avancée par certains syndicats de subordonner de manière générale l’accès aux établissements secondaires à un test Covid : cela aurait entraîné une charge de contrôle considérable et n’aurait pas été compatible avec l’obligation scolaire, a expliqué hier Claude Meisch. Toutefois, dès qu’un seul cas de Covid-19 sera détecté, une sorte de contrôle Covid s’appliquera : seules les personnes vaccinées, guéries ou ayant effectué un test seront alors autorisées à entrer dans l’établissement scolaire – des tests rapides devront alors être effectués quotidiennement. Les élèves pour qui seule l’option « test » reste possible, mais qui refusent de se faire tester, devront rester chez eux. Claude Meisch estime que cela restera l’exception : au cours de la dernière année scolaire, plus de 90 % des élèves se seraient fait tester. Si un « foyer d’infection » (plus de trois cas) est détecté dans une école, des tests PCR seront proposés à grande échelle. Ces tests, a déclaré la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) lors de la conférence de presse avec M. Meisch, seraient gratuits. Que personne ne se méprenne là-dessus.

Reste à voir si les élèves et le personnel enseignant seront ainsi suffisamment protégés et ne deviendront pas des vecteurs de transmission du variant Delta du coronavirus. Le ministre de l’Éducation compte sur le fait que neuf enseignants sur dix seront vaccinés d’ici la rentrée. Parmi les élèves âgés de plus de 12 ans, environ la moitié serait entièrement vaccinée – ce qui n’est pas négligeable par rapport aux quelque 60 % de la population totale. Et surtout depuis que les tests rapides Covid sont largement disponibles, le dispositif sanitaire mis en place par le ministère de l’Éducation a fait ses preuves. Si le variant Delta, plus contagieux et qui n’était pas encore dominant avant les vacances, peut être maîtrisé grâce aux tests et à la vaccination des élèves et des enseignants, tout le monde pourrait se réjouir d’un été indien sans trop de masques.

Mais en réalité, cette question se pose encore davantage dans la vie quotidienne, en dehors des écoles : selon les données épidémiologiques, les infections au Covid se transmettent moins à l’école qu’après la fin des cours. Et d’après l’état actuel des connaissances scientifiques, même les personnes entièrement vaccinées peuvent transmettre le variant Delta : La semaine dernière, par exemple, l’une des équipes de recherche sur le coronavirus les plus réputées d’Europe, rattachée à l’université Erasmus de Rotterdam, a publié une étude selon laquelle les personnes vaccinées peuvent, pendant une courte période, excréter autant de virus que les personnes non vaccinées. La seule différence entre les deux réside dans la durée de cette période, qui n’est que d’une journée chez les personnes vaccinées. Les virus ainsi excrétés ne seraient que 20 % moins actifs que ceux expirés ou éjectés par les non-vaccinés. Bien que l’étude de Rotterdam ne soit pour l’instant qu’une prépublication non soumise à un examen par les pairs, elle n’est pas la première à aller dans ce sens.

Le gouvernement a donc sans doute raison de maintenir la nouvelle loi Covid « dans la continuité », d’assouplir les mesures dans les écoles, tout en se réservant la possibilité d’étendre éventuellement le test Covid en octobre. Derrière cela se cache bien sûr aussi un calcul politique : plus le nombre de personnes vaccinées sera élevé, plus l’adhésion à l’idée de subordonner éventuellement l’accès aux centres commerciaux au test Covid devrait être forte. Et même si le passe sanitaire fait toujours l’objet de protestations en France, la majorité de la population y adhère à cette approche et le nombre de vaccinations a considérablement augmenté. L’effet de surprise d’une extension du « Covid-Check » dans notre pays serait donc limité.

Comme par le passé, le gouvernement évite de prendre des mesures qui risqueraient de nuire à sa popularité et s’efforce de maintenir autant que possible un climat de « normalité ». Le nombre encore faible de personnes hospitalisées pour le Covid lui donne raison. En revanche, l’instauration d’une obligation vaccinale pour le personnel des hôpitaux et des maisons de retraite est apparemment considérée comme susceptible de nuire à la popularité non seulement par le gouvernement, mais aussi par des organisations telles que l’association des prestataires de soins Copas et le syndicat des soignants Anil. Pourtant, cela constituerait probablement une protection plus efficace pour les personnes vulnérables en établissement qu’un test rapide quotidien effectué sur le personnel avant le début de la journée de travail.