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Social 7 min de lecture

Sur l’essence de la jeunesse

Au Théâtre de Miersch, une exposition dresse un état des lieux de la vie des jeunes au Luxembourg. Afin de toucher un large public, le commissaire d'exposition Luc Spada s'est concentré sur des thèmes universels qui…

Article paru dans Édition avril 2025
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L'exposition « Jonk Sinn » au théâtre de Miersch © Claire Barthelemy

Au Théâtre de Miersch, une exposition dresse un état des lieux de la vie des jeunes au Luxembourg. Afin de toucher un large public, le commissaire d’exposition Luc Spada s’est concentré sur des thèmes universels qui parlent également aux personnes moins jeunes.

Dès que l’on entre dans Jonk sinn. Momenter vu Jugendkultur, les thèmes les plus importants de la jeunesse sont abordés : l’amour et le sexe. Sur un mur, un couple s’enlace, entouré de petits cœurs flottant dans les airs. Une installation audio constitue le clou de l’exposition : elle diffuse des enregistrements de personnes se remémorant leur premier grand amour et leur première fois. Ces témoignages sont parfois émouvants, parfois ils décrivent la confusion que cette période de la vie entraîne.

Une jeune femme raconte qu’elle avait trouvé son premier baiser dégoûtant. Une autre explique qu’à l’époque, elle se demandait pourquoi les baisers et le sexe étaient toujours présentés dans les films comme des expériences si agréables. Un homme fait une comparaison culinaire : la première fois n’avait rien de spécial, il avait mangé des desserts « qui étaient meilleurs que ça ».

On y parle des premières rencontres, de la « Hollrëcher », des papillons dans le ventre, mais aussi de la consommation d’alcool, de la peur d’une grossesse et des maladies sexuellement transmissibles. Un jeune homme décrit son premier baiser avec son petit ami dans un cinéma. Il se souvient à quel point c’était excitant pour lui, mais que la peur de se faire tabasser le hantait constamment.

Les visiteurs de l’exposition peuvent écrire leurs propres souvenirs sur des feuilles de papier transparent et les coller au mur. Ces commentaires brossent un tableau humoristique et empreint de nostalgie de la part de visiteurs qui ont dépassé l’âge de la jeunesse. « Open-Air Schwämm – Samsdes », a écrit quelqu’un en dessinant un petit cœur à côté.

« Bed of Roses », a écrit une autre personne, avant d’ajouter « SuperJ Party 1991 ». Il s’agit là des soirées des années 80 et 90, lors desquelles des adolescents venus de tout le pays se retrouvaient dans les halls d’exposition de Kirchberg. Ils dansaient et buvaient des boissons non alcoolisées (il s’agissait en effet d’événements sans alcool).

Si ceux qui se souviennent de ces soirées veulent se sentir encore plus vieux : il y a eu un Super-J-Revival à l’Atelier… il y a neuf ans !

Un commentaire aborde la manière dont les jeunes communiquent et souligne à quel point celle-ci a évolué. « Chaque « ech hun dech gär », « hdmg » et « hdg » envoyé par SMS coûtait douze centimes ! » Cela permet de faire une transition naturelle vers une autre partie intéressante de l’exposition.

Une conversation entre adolescents est représentée sous la forme d’un grand écran de smartphone. Pour de nombreux adultes, certaines parties de cette conversation seront difficiles à déchiffrer (à l’époque, qu’aurait bien pu signifier « LITERAL SLAY » dans un SMS ?)

L’ambiance devient plus sérieuse dans la section « Gesi Ginn » : des étudiants du BTS Cinéma et Audiovisuel ont filmé des adolescents qui parlent de leurs craintes et des défis auxquels ils sont confrontés. Un garçon qui vit dans un foyer d’accueil explique quelles libertés ont les résidents du foyer et ce que signifie pour lui l’amitié. Une jeune fille, dont le père a immigré au Luxembourg depuis les Philippines, revient sur sa vie au Luxembourg et sur l’importance que revêtent pour elle les traditions culinaires.

Luc Spada tenait à intégrer divers points de vue de manière naturelle. Il est conscient qu’il ne pouvait pas les concilier à lui seul.

« Je suis un homme blanc, hétérosexuel et cisgenre de 39 ans. Je suis certes très ouvert d’esprit, mais cela reste tout de même mon parcours. » Il souligne que l’exposition porte sur les jeunes. Laura Deitz, qui était en charge de la conception visuelle et a utilisé des couleurs non genrées, a par exemple dix ans de moins que lui, précise Spada.

Les œuvres présentées dans l’exposition sont signées par des artistes issus d’horizons très divers. Sirah Haris est un artiste queer d’origine musulmane ; son art se présente comme une réflexion haute en couleur sur l’identité, dans laquelle le symbolisme joue un rôle important. Originaire d’Ukraine, Zoriana Tymtsiv décrit les processus difficiles qu’implique l’émigration. Mia Kirsch dépeint une vie de jeunesse insouciante, voire privilégiée.

« Ces trois personnes évoluent dans des contextes très différents. Mais quand on y regarde de plus près, leurs rêves d’avancer dans la vie sont les mêmes », explique Luc Spada.

C’est aussi pour cette raison que « Jonk Sinn » se distingue clairement d’une exposition consacrée à la jeunesse qui avait été présentée en 2010 au City Museum de Luxembourg. « Born To Be Wild » était une rétrospective ambitieuse sur 60 ans de culture jeune au Luxembourg, organisée par Guy Thewes. Luc Spada l’a rencontré en 2024. Thewes lui a confié que « Born To Be Wild » avait attiré beaucoup moins de jeunes que prévu. Cela tenait peut-être au fait que cette exposition n’avait pas été conçue par des jeunes, réfléchit Spada dans le livret accompagnant son exposition. Peut-être que « Born To Be Wild » était « une forme de romantisation, empreinte d’un désir de raconter des histoires ». Jonk Sinn, en revanche, ne souhaite pas se tourner vers le passé, mais plutôt saisir l’essence universelle de la jeunesse.

L’exposition ne fait toutefois pas totalement abstraction de l’histoire et des statistiques. Un mur présente des informations concises qui, bien que brèves, offrent des perspectives très intéressantes. On apprend par exemple qu’en 2023, au Grand-Duché, « 28,3 % de tous les jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient menacés par la pauvreté et l’exclusion sociale » – une réalité qui rend le travail auprès des jeunes d’autant plus important.

Ici aussi, des jeunes partagent leurs impressions. Par exemple, un jeune homme de 25 ans explique que, pour lui, l’achat de sa première machine à laver a marqué le passage à la vie adulte. Dans une section consacrée à la créativité et aux outils numériques, un jeune de 18 ans explique : « Ça me permet de monter le plus gros pot d’échappement sur ma voiture. »

On voit bien que Jonk Sinn n’est ni ennuyeux ni terne. Avec des documentaires et des rétrospectives, l’exposition aurait peut-être pris cette tournure, estime Luc Spada. « Je ne voulais pas faire une exposition avec des photos de pompiers, de scouts ou ce genre-là. Cela aurait été très facile à faire, et c’est peut-être ce que certaines personnes espéraient. » Mais les jeunes n’ont « aucune envie de regarder des photos de pompiers, c’est comme ça ». Il ne voulait pas non plus exposer des magazines Bravo. « Ça n’intéresse plus aucun jeune aujourd’hui. »

L’exposition, organisée par le Service national de la jeunesse dans le cadre de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Europe, occupe le hall d’entrée du théâtre de Miersch. Il ne faut pas se laisser tromper par sa taille modeste : ce sont les entretiens qui recèlent les informations les plus précieuses, et il convient de prendre le temps de les découvrir.

Jonk Sinn est vivement recommandé à tous les seniors ouverts d’esprit qui souhaitent mieux comprendre les jeunes d’aujourd’hui. En revanche, ceux qui s’attendent à de nombreuses analyses scientifiques, à des rétrospectives historiques et, bien sûr, à des photos de Pompjees seront déçus.