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Social 7 min de lecture

prédiction de Cassandre

La capitale et le gouvernement présentent leur plan d'action contre la criminalité liée à la drogue dans le quartier de la gare. Reste à savoir si les riverains se laisseront apaiser par ces mesures.

Article paru dans Édition mai 2025
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prédiction de Cassandre
Dans le quartier de la gare de Luxembourg-Ville © Photo : Sven Becker

La lettre du groupe WhatsApp « SOS Gare » énumère au total douze revendications. Il s’agit d’une sorte de synthèse des doléances des riverains ; on ne les avait encore jamais lues sous une forme aussi concrète et concise. Six revendications s’adressent à la capitale et à sa maire libérale, Lydie Polfer : renforcement de la présence policière, sécurisation de l’espace public, amélioration des infrastructures urbaines, communication honnête, décentralisation des structures sociales et soutien aux commerçants. Le gouvernement est notamment appelé à mettre en place davantage de patrouilles de police à pied, à mener des réformes législatives, à améliorer le travail social et à décentraliser les structures sociales à l’échelle nationale. D’après les informations de Land, cette lettre n’a pour l’instant pas été envoyée aux responsables politiques concernés. L’objectif des initiateurs est de recueillir des idées et de les diffuser, explique un membre du groupe. Pour finir, un cri d’alarme : si la situation ne s’améliore pas, les gens finiront bientôt par se défendre eux-mêmes et les partis d’extrême droite gagneront de plus en plus de soutien.

C’est surtout la cinquième revendication adressée à la commune qui retient l’attention. Les habitants s’opposent explicitement à la « Stëmm vun der Strooss », qu’ils considèrent comme coresponsable de la situation dans la rue de Fonderie, où l’ASBL a son siège depuis 2015 et autour de laquelle s’est développé un haut lieu de la consommation de drogue. Selon eux, la Stëmm aurait transformé les rues en une zone de non-droit, l’accompagnement des personnes sur place serait insuffisant, la gestion serait laxiste et le modèle, qui fonctionne sans condition – c’est-à-dire qui accueille tout le monde sans demander de titre de séjour –, devrait être repensé. Les voisins de la Stëmm préféreraient qu’elle disparaisse complètement du quartier, peut-on lire dans la lettre.

Depuis dix ans, plusieurs centaines de personnes en situation de précarité sociale viennent chaque jour à la Stëmm pour déjeuner, prendre une douche et laver leurs vêtements. Depuis la pandémie de coronavirus, leur nombre augmente chaque année. Parmi elles se trouvent également des toxicomanes, qui attirent à leur tour des dealers. « La situation s’est considérablement aggravée. Nous sommes assis sur une bombe à retardement », explique Alexandra Oxacelay, directrice de la Stëmm. Elle comprend les riverains qui ne supportent plus le bruit et la violence qui éclatent dans ce milieu. Alexandra Oxacelay rejette l’idée selon laquelle la misère serait le fait de la Stëmm, affirmant que la racine du problème se trouve ailleurs. L’ASBL n’a pas pour rôle d’assurer un accompagnement médical et social étroit des usagers ; elle manque tout simplement de personnel pour cela et n’a pas été créée dans ce but. « Je suis favorable à l’idée d’une décentralisation. Nous avons besoin d’un endroit où nous puissions construire un nouveau bâtiment – mais nous devons aussi être présents là où se trouvent les personnes dépendantes. Car si nous partons, où iront-elles alors ? »

La cantine serait bondée et la structure devrait se doter de moyens supplémentaires, déplorent quant à eux des personnes qui connaissent bien le milieu. On peut constater que la situation s’est aggravée parce qu’on n’a pas su contrer de manière durable le passage de l’héroïne à la cocaïne au sein de ce milieu. Aujourd’hui, de nombreux toxicomanes consomment du crack. Cette drogue nécessite des apports plus fréquents, les toxicomanes sont nerveux et dorment peu, ce qui les amène à passer davantage de temps dans la rue. Les effets destructeurs extrêmes de cette drogue sont visibles dans les grands lieux de rassemblement en Europe, comme par exemple à la gare de Francfort-sur-le-Main. Le crack entraîne également une augmentation de l’agressivité.

« On ne peut pas vivre dans le quartier de la gare comme à la campagne », explique Alexandra Oxacelay. Il y a des gens qui voudraient remonter le temps de 30 ans, ce qui est tout simplement impossible. Ces problèmes existent dans toutes les grandes villes ; au Luxembourg, ils sont simplement restés cachés plus longtemps et sont apparus au grand jour ces dernières années.

Ces dernières semaines, les riverains se sont à nouveau tournés vers les médias : chaque nuit, des personnes dormiraient dans les entrées de leurs immeubles, dans tout le quartier de la gare, y compris sur la place de Paris. Ce jeudi matin, Lydie Polfer et les ministres compétents (Justice, Santé, Intérieur, Famille) rencontrent les riverains du quartier de Garer afin de leur présenter leur plan d’action contre la criminalité liée à la drogue. La discussion a été limitée à une heure et programmée un jour de semaine, afin de ne pas laisser les habitants en colère prendre le dessus. Dès 10 h 30, le ministre de l’Intérieur Léon Gloden, la ministre de la Santé Martine Deprez, la ministre de la Justice Elisabeth Margue et le ministre de la Famille Max Hahn discuteront du plan d’action avec les députés.

Le « plan d’action », expression qui semble faire le bonheur du gouvernement CSV-DP, est censé tenir compte de la complexité de la situation. Il est peu probable que l’on parvienne à réinventer le monde en à peine trois mois de travail. Les responsables politiques tiennent avant tout à apaiser le tollé des Luxembourgeois de longue date, leur électorat. Après tout, des membres de SOS Gare avaient déjà évoqué à plusieurs reprises l’idée d’une milice citoyenne. Il faut peut-être s’attendre à une extension de la vidéosurveillance vers Hollerich et à des réformes législatives permettant une intervention plus rapide en cas d’infractions liées à la drogue. Il semble peu probable que la maire et les ministres aient pu, en si peu de temps, procéder au renforcement nécessaire des structures sociales et trouver, par exemple, une nouvelle salle de consommation. Dans un entretien accordé au journal « Land », Lydie Polfer précise qu’il s’agit de mesures concrètes, « mais que l’affaire n’est pas pour autant réglée ». La semaine dernière, elle avait déjà tempéré les attentes sur la radio 100,7. Il ne faut pas s’attendre à trop de résultats immédiats, avait-elle déclaré. « Même si le plan d’action est en place, la criminalité liée à la drogue ne disparaîtra pas du jour au lendemain. » Le Parlement étant impliqué, cela prendra plus de temps. Le travail a été intense, et c’est « plus que nécessaire ».

Pour la capitale, ce quartier reste son « enfant terrible ». Un problème récurrent qui sape sans cesse la manière dont Luxembourg souhaite se présenter au monde extérieur. Dans la rue du Commerce, plusieurs stratégies ont été testées au fil des ans : outre la musique classique, qui a un effet de dissuasion, on a également mis en place davantage d’actions sociales, comme les intervenants de rue « À vos côtés », ainsi que des sociétés de sécurité et une police de proximité. Les habitants continuent d’affirmer que cela ne sert à rien.

D’autres villes, comme Zurich, ont réussi à maîtriser leur problème de toxicomanie en s’attaquant au problème des sans-abri. À ce jour, la ville de Luxembourg ne compte toujours que 46 logements dans le cadre du programme « Housing First », tandis que Hëllef um Terrain propose 52 lits. Autrefois, la conscience sociale était incarnée par Caritas, dont les plaidoyers politiques trouvaient un écho auprès du gouvernement – un rôle que le prestataire de services Hut n’a pas su remplacer. Or, le gouvernement noir-bleu devrait au moins tripler, voire quadrupler ces capacités d’hébergement et de logement pour lutter contre la crise sociale. Le nouveau CSV et son Premier ministre Luc Frieden avaient pourtant déclaré que la lutte contre la pauvreté était une priorité – un nouveau « plan d’action » devrait être présenté d’ici la fin de l’année.