L’ancien député des Verts Jean Huss a sans doute de quoi se réjouir : il y a 30 ans, il menait un combat héroïque contre les amalgames dentaires. Depuis le 1er janvier, ceux-ci sont interdits dans l’UE en raison de leur teneur en mercure ; leur utilisation n’est désormais autorisée que si le dentiste le juge absolument nécessaire.
Au Luxembourg, cela pose un problème : les coûts liés aux alternatives à l’amalgame ne sont pas pris en charge par l’assurance maladie. Le barème des honoraires des dentistes prévoit un tarif pour les obturations dentaires. Celui-ci rémunère la pose de l’obturation, l’amalgame étant inclus dans ce tarif. L’utilisation d’un autre matériau est facturée aux patients au titre de la « convenance personnelle », avec la mention CP8. Le prix peut être fixé librement, mais « avec tact et mesure », comme le préconisent la convention du CNS et de l’association des médecins dentistes AMMD.
Il n’est pas certain que cela puisse changer. En 2016, Romain Schneider, alors ministre des Affaires sociales du LSAP, avait promis des améliorations des prestations, y compris pour les soins dentaires. Le LCGB, en particulier, avait insisté pour que cela s’applique impérativement aux obturations en composite, aux « plombages blancs ». Le projet a été soumis à la commission de nomenclature, au sein de laquelle des représentants du CNS, de l’AMMD et du ministère de la Santé et des Affaires sociales discutent des modifications tarifaires du barème des honoraires des médecins et des dentistes. Ils ne sont toutefois pas encore parvenus à un accord concernant les
plombs blancs.
Pourquoi pas ? C’est ce qu’a laissé entendre mardi la ministre du CSV, Martine Deprez, dans sa réponse à une question parlementaire posée par le groupe LSAP : un barème tenant compte du matériel utilisé devrait respecter le principe des « vases communicants ». Cela signifie qu’un tarif plus élevé ou nouveau doit s’accompagner d’une baisse d’un autre tarif. Peut-être que l’ordre des dentistes s’y oppose. Ou bien le problème se situe ailleurs. Une demande adressée par le Land au président de l’ordre, Carlo Ahlborn, visant à savoir comment résoudre ce problème, est restée sans réponse.
L’interdiction de l’amalgame pourrait donner à cette question une dimension politique explosive. Sans prise en charge d’au moins une alternative (il en existe plusieurs), tout ce qui n’est pas interdit est considéré comme relevant de la médecine privée. Même l’Allemagne, avec son système de santé à deux vitesses tristement célèbre, avait déjà pris de l’avance il y a six mois et avait intégré, pour les assurés du régime obligatoire, toute une série d’obturations dans le champ des soins pris en charge sans participation financière (Deutsches Ärzteblatt, 11 octobre 2024).
Martine Deprez ne voit aucune raison d’intervenir. Elle fait savoir au pays : « Si l’utilisation de matériaux non interdits doit être réglementée plus clairement en dentisterie luxembourgeoise, cela doit passer par une adaptation de la nomenclature. Cette question sera alors tranchée lors de discussions entre les dentistes et la CNS. »