Le Findel est la porte d’entrée du Luxembourg sur le monde. Proposer une nouvelle offre à proximité peut s’avérer une stratégie marketing judicieuse pour un homme d’affaires. La « Findel Clinic » devrait ouvrir ses portes en mars prochain. Elle dispose déjà d’un site Internet multilingue. Celui-ci vante « une nouvelle clinique multidisciplinaire – fondée par des médecins, pour des médecins, où les patients sont au cœur de chaque décision ». Son initiateur, Philippe Wilmes, affirme qu’il s’agit d’un « projet formidable ».
Le terme « clinique » évoque un hôpital, comme la Zithaklinik ou la Clinique St. Joseph à Wiltz. Il est étrange que ce soit justement Philippe Wilmes, chirurgien à plein temps aux Hôpitaux Robert Schuman, qui souhaite fonder un hôpital. D’une part, parce que les hôpitaux relèvent de la planification publique. D’autre part, parce que Wilmes, qui était jusqu’à la fin de l’année dernière vice-président de l’association médicale AMMD et le membre du conseil d’administration le plus doué pour la rhétorique, menait une campagne particulièrement médiatisée contre les hôpitaux. Il les qualifiait de lourds, d’inefficaces et à peine capables d’innovation. Aujourd’hui, il ne veut plus en entendre parler. Mais la Findel Clinic ne doit pas non plus être un hôpital, peut-être privé, « par des femmes médecins pour des médecins ». Il s’agit plutôt d’un grand centre médical regroupant jusqu’à 15 spécialités. Le terme « Clinic » sonne bien, et cette appellation n’est pas protégée au Luxembourg. « Findel Clinic » s’accorde bien avec la « Porte sur le monde » et le Findel Business Center de Félix Giorgetti, où la Findel Clinic a loué des locaux.
Mais il ne s’agit pas seulement de marketing. Derrière ce projet se cachent également des acteurs que l’on ne s’attendrait pas à trouver dans le milieu médical : Marc Giorgetti, Alain Kinsch, Marc Hoffmann et le responsable informatique Félix Retter. Marc Giorgetti, PDG de Gio, et Alain Kinsch, ancien associé gérant chez E/Y, aujourd’hui membre de nombreux conseils d’administration et du Conseil d’État, détiennent chacun à titre personnel 10 % des actions de Phial s.a., société censée permettre la création de la Findel Clinic. Marc Hoffmann, ancien PDG de la Compagnie de Banque Privée et président du conseil d’administration d’Intesa Sanpaolo Wealth Management, détient 10 % par l’intermédiaire de sa société de gestion de fortune Savalmo. Dix pour cent supplémentaires ont été souscrits par Sopare, une société de participation. Félix Retter siège au conseil d’administration de Phial pour le compte de cette dernière. Marc Giorgetti, Alain Kinsch et Marc Hoffmann sont les autres administrateurs. Tout comme Philippe Wilmes et Alain Schmit, gastro-entérologue à la clinique Süd-Klinikum de Chem et président de l’AMMD jusqu’en décembre. Wilmes et Schmit détiennent la majorité des actions : Wilmes en détient 38 %,
Schmit 22 %. Le nom de la société, Phial, combine leurs prénoms, Philippe et Alain. « Alain et moi avons travaillé pendant deux ans sur notre projet », raconte Wilmes.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire au vu de l’actualité politique, l’idée n’est pas celle d’une association médicale qui embauche des médecins et qui, pour renforcer son capital, aurait fait appel à des investisseurs n’issus pas du milieu médical. C’est ce que l’AMMD souhaite pour l’avenir. Le fait que la ministre de la Santé du CSV, Martine Deprez, souhaite jusqu’à présent accorder moins de libertés à de telles associations est « profondément décevant », a écrit l’AMMD dans un courrier daté du 3 octobre, en envoyant également une copie au Premier ministre et à Carole Hartmann, présidente du DP, active dans le domaine de la politique de santé.
Si l’ancien président de l’AMMD et son ancien vice-président avaient déjà mis en place une telle structure et obtenu le soutien d’acteurs économiques de renom et bien connectés, cela constituerait une provocation politique de premier ordre. Ce ne serait peut-être pas impossible : il y a trois ans, le cabinet d’avocats Penning, Schiltz & Wurth, spécialisé dans le droit de la santé, était parvenu à la conclusion, dans un avis juridique, que même en l’absence de loi spécifique, la création de sociétés médicales sous la forme de sociétés commerciales était possible, même si cela n’était pas tout à fait simple.
La société Philippe & Alain s.a. a quant à elle une autre idée en tête. Elle cible les médecins des pays voisins qui pourraient être intéressés par l’idée d’exercer au Luxembourg à la journée. Ils viendraient en tant qu’indépendants et le resteraient. Phial leur fournirait, moyennant rémunération, une formule complète comprenant des locaux, du matériel, du personnel et des services administratifs au sein de la Findel Clinic. Les 15 disciplines au maximum que Philippe Wilmes et Alain Schmit souhaitent accueillir au sein de la clinique vont de la médecine générale à la cardiologie, en passant par la psychiatrie. « Les médecins pourront se concentrer pleinement sur leur métier et bénéficier d’échanges pluridisciplinaires », explique M. Wilmes, qui souhaite que cette idée soit perçue comme « idéaliste ». À la question de savoir comment Phial compte gagner de l’argent, il répond qu’il s’agit là d’une « vision trop capitaliste ». Il ne sait même pas « si nous allons gagner de l’argent ».
Les autres actionnaires partagent-ils ce point de vue ? Pour Alain Kinsch, la participation dans Phial devrait en tout cas avoir pour conséquence de ne plus pouvoir voter au Conseil d’État sur aucun avis concernant un projet de loi ayant une incidence sur l’exercice de la médecine. Alain Kinsch n’a pas pu être joint pour commenter cette affaire. Marc Giorgetti a déclaré au journal *Land* : « Je suis actionnaire de Phial parce que la Findel Clinic loue des locaux chez moi. » Il se tient à l’écart de ses activités quotidiennes, « je ne suis pas médecin, après tout ». Quant à savoir s’il sera possible de tirer des revenus des activités de la Findel Clinic au-delà des loyers perçus, « on verra bien ».
Cette réticence s’explique peut-être par le fait qu’il est encore trop tôt pour dire dans quelle mesure la Findel Clinic présentera réellement un intérêt pour les médecins de la région frontalière. Ou bien on souhaite éviter de donner l’impression qu’il s’agit d’une démarche commerciale. En effet, le code de déontologie des médecins stipule encore : « La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce. » Mais selon le montant des honoraires que Phial perçoit auprès des médecins, cela peut constituer pour eux une incitation à facturer davantage, ou à travailler davantage. Ou peut-être à proposer des prestations qui ne figurent pas dans le barème des honoraires et à facturer en contrepartie une « convenance personnelle ».
Philippe Wilmes ne souhaite pas s’exprimer sur l’ampleur du travail requis selon la spécialité médicale, qui doit entraîner des rémunérations très variables. Un psychiatre, par exemple, n’a besoin que d’un cabinet, tandis qu’une cardiologue a également besoin d’appareils coûteux. Ces informations relèvent du secret commercial de Phial.
Au fond, cependant, l’ancien président de l’AMMD et son ancien vice-président adoptent la même approche que les centres dentaires
centres dentaires, apparus il y a huit ans et dans lesquels des investisseurs louent des infrastructures de soins et des services administratifs. Cela n’est pas interdit, a constaté le Collège médical, l’organe d’autodiscipline des médecins (d’Land, 11 août 2023). Il n’est pas sans ironie qu’Alain Schmit, en tant que président de l’AMMD, ait estimé que cela avait entraîné l’arrivée d’un trop grand nombre de dentistes dans le pays, et que son successeur, Chris Roller, estime que les tarifs pratiqués dans ces centres sont trop élevés. Et peut-être que d’autres médecins créeront des entreprises comme Phial ; il ne doit pas nécessairement s’agir d’une société médicale employant du personnel et pour laquelle Martine Deprez doit encore rédiger le projet de loi.
Au fil des ans, la conception de la médecine est devenue de plus en plus commerciale dans notre pays également. Il y a dix ans encore, il était interdit à un médecin ou à une clinique de faire de la publicité pour ses services. Le fait que des médecins de différentes spécialités puissent s’associer – jusqu’à présent au sein d’associations – est également relativement récent. Depuis lors, le Collège médical ne considère plus comme « déloyal » le fait qu’au sein d’un cabinet de groupe, une médecin généraliste oriente un patient vers un spécialiste exerçant dans le même établissement. C’est précisément ce que met aujourd’hui en avant Philippe Wilmes : l’un des avantages de la Findel Clinic serait de pouvoir orienter les patients en interne.
Il est fort possible que la Findel Clinic, à l’instar de la conception que l’AMMD se fait des associations de médecins, soit source de conflits avec les médecins généralistes : ces derniers voient dans la concentration multidisciplinaire de l’offre une attaque contre leur marché et contre leur existence en tant que professionnels libéraux exerçant souvent encore seuls ou au sein de petits groupements. Mais le modèle de la Findel Clinic serait véritablement rentable si l’engagement contractuel des médecins envers la CNS devenait plus « flexible », comme le réclame l’AMMD dans son offensive politique contre la CNS et Martine Deprez. Dans ce cas, des majorations sur les tarifs pourraient être officiellement appliquées. Les actionnaires pourraient alors compter sur des dividendes.