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L’étoile juive : un instrument de critique légitime ou non ?

Le grand public n'a pas conscience du fait que l'utilisation de symboles et de comparaisons liés au sort de millions de Juifs est tout à fait inacceptable dans les débats actuels sur la vaccination et la pandémie.

Article paru dans Édition janvier 2022
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Lorsque, en période de pandémie, des opposants radicaux à la vaccination se rassemblent sur Internet ou dans la rue, ils ne se contentent pas d’exprimer leur opinion sur la gestion de la Covid et les vaccinations. Ils sèment la peur et exploitent à des fins malveillantes notre histoire commune, s’approprient les symboles et les événements les plus sinistres de l’époque nazie et n’hésitent pas non plus à proférer des menaces de mort. Cela ne peut pas continuer ainsi !

Jusqu’à présent, personne, à l’exception des Juifs, ne s’est senti tenu de distinguer clairement et sans ambiguïté le droit à la liberté d’expression de l’abus consistant à s’approprier des symboles et des comparaisons issus de l’histoire récente de l’antisémitisme diabolique. « On » n’a trouvé aucune base juridique pour empêcher que l’« étoile jaune » nazie soit détournée de son sens par les opposants à la vaccination. Au lieu de « Juif », on lit désormais « non vacciné », et c’est comme ça, tout simplement ? Au Luxembourg, cet abus n’est peut-être encouragé « que » par quelques-uns, mais la tolérance à son égard est bel et bien présente. Alors que la compréhension de la profonde malveillance qui sous-tend ce phénomène fait défaut.

Malheureusement, le grand public n’a pas conscience du fait que l’utilisation inflationniste et déformante de symboles, de slogans, de comparaisons et d’événements liés de la manière la plus atroce qui soit au sort de millions de Juifs, est tout à fait inacceptable dans les débats actuels sur la vaccination et la pandémie, et que nous avons besoin de bases juridiques qui montrent la voie, fixent des limites et lancent des campagnes de sensibilisation.

Lorsque l’étoile juive nazie est détournée de sa signification, que les comparaisons avec les camps de concentration et les slogans nazis sont réutilisés à d’autres fins, cela est profondément perturbant pour les personnes juives ; ce manque d’empathie remet en cause l’égalité si difficilement acquise. Le fait que les acteurs aient perdu tout sens des réalités et toute logique ne rend pas la situation plus supportable. La réinterprétation des symboles nazis n’est pas une farce de mauvais goût digne d’un « mauvais garçon », mais doit être comprise de toute urgence dans toute sa portée. Quiconque porte une telle « étoile des non-vaccinés » s’affiche – de son plein gré – avec cette étoile de la mort du régime de terreur nazi, alors qu’il n’est manifestement pas menacé de mort par l’État. On s’oppose à une vaccination qui protège des vies humaines contre une maladie qui a déjà fait de nombreux morts. Et on accuse les dirigeants actuels d’utiliser, à travers leurs mesures, des méthodes nazies qui ont servi à l’assassinat de millions de personnes. L’étoile juive nazie est ainsi rabaissée au rang de simple vecteur destiné à attiser les émotions. Ce faisant, sa signification originelle est bafouée sans la moindre empathie.

En quoi exactement l’étoile jaune des non-vaccinés relativise-t-elle l’Holocauste ? Les nazis utilisaient l’étoile jaune pour marquer les Juifs et tous ceux qu’ils déclaraient comme tels ; cela a permis l’assassinat de personnes innocentes et, de manière perfide, continue de le légitimer jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui, ceux qui arborent cette imitation de l’étoile juive revendiquent à la fois ce statut de victime, synonyme d’un calvaire sans fin, et l’aura de résistants courageux et altruistes. Ils s’imaginent une dictature nazie ici et maintenant et se présentent comme des proies pourchassées, se sentant privés de leur liberté et de leur droit à l’intégrité physique. Ils hurlent à tue-tête pour être sauvés de l’« assassinat » par la vaccination préventive, tout en pouvant, sans courir le moindre danger pour leur vie et leur intégrité physique, se mettre en scène publiquement en victimes rebelles d’une dictature. Cela semble libérer des forces insoupçonnées, tout en déshonorant rétrospectivement les victimes d’autrefois et en semant sans scrupules la panique parmi les concitoyens juifs. Pas la moindre trace de culpabilité : leur propre agressivité est justifiée par un argumentaire de légitime défense tout à fait scandaleux.

Sauf que le Luxembourg n’est justement pas une dictature qu’il faudrait combattre avec acharnement. Il existe une liberté d’information, d’expression, de manifestation et de décision, même si cela a un coût. On a le droit de critiquer la gestion de la pandémie. Ce qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de minimiser de manière lapidaire les dangers liés au virus du Covid, les restrictions imposées à l’ensemble de la vie publique, la charge de plus en plus insupportable qui pèse sur le système de santé, le nombre effrayant de morts, les malades chroniques, les existences détruites, les défaillances du système éducatif, etc. On ne peut pas, de manière lapidaire, les réduire à une bagatelle. Le gouvernement doit s’engager pour la sécurité de tous les citoyens et la préservation des structures de l’État. On peut observer partout dans le monde – à l’heure actuelle – qu’une dictature, dans laquelle certains manifestants s’imaginent vivre, réagit différemment. La démocratie, telle que nous la connaissons, tient bon ; elle mise sur la force de persuasion, le sens des responsabilités, les majorités, les lois et sa Constitution, et elle accepte la critique. Tout cela n’a rien à voir avec la terreur d’État nazie.

Et il n’y a pas d’holocauste. Ni pour les personnes qui se font vacciner, ni pour celles qui ne se font pas vacciner.

Oui, il existe des restrictions de liberté fondées scientifiquement qui sont difficiles à supporter. Ces mesures complexes et radicales, avec tous les problèmes, règles et réglementations qu’elles impliquent pour endiguer la pandémie, sont inhabituelles dans les démocraties. On peut et on doit en débattre, les justifier et les lever dès que possible, une fois le danger écarté. Mais elles n’ont rien de commun avec l’horreur de l’époque nazie. Car les Juifs ont été totalement privés de leurs droits, déshumanisés, spoliés, rassemblés, torturés et assassinés. On ne peut et on ne doit pas assimiler cela aux mesures de lutte contre la Covid-19 ; on ne doit pas non plus les « mettre en perspective » par rapport à cela. C’est épouvantable.

Il faut mettre immédiatement un terme à l’utilisation des symboles nazis et des comparaisons avec l’époque nazie pour donner une dimension idéologique aux campagnes anti-vaccination et en faire des outils « légaux » dans la lutte pour la suprématie en matière d’opinion et d’interprétation. La société majoritaire non juive doit enfin se mobiliser. La session extraordinaire du Parlement qui a suivi les émeutes n’était qu’un début très tardif. Car les attaques contre le symbole national, le Gëlle Fra, et contre des personnalités politiques de haut rang montrent très clairement où nous mène l’antisémitisme toléré et occulté. Mais le calme est déjà revenu, ce qui est suspect.

Depuis des années, les discours haineux contre les Juifs ne cessent de s’amplifier sur les réseaux sociaux. Les réactions de protestation proviennent presque exclusivement de la communauté juive, au prix de risques personnels considérables ! Selon le rapport luxembourgeois sur l’antisémitisme, le nombre d’incidents antisémites dans le pays a presque triplé en trois ans. Ce chiffre ne tient pas compte des cas non signalés ni des agressions de faible gravité. À l’instar de la peste et de l’empoisonnement des puits autrefois, le coronavirus, la vaccination et d’autres crises offrent une fois de plus l’occasion de sortir de l’ombre. Il appartient non seulement à la société civile, mais aussi au législateur, de tracer des limites très claires entre ce qu’il est permis de dire et de faire. Nous devons protéger ce qui nous tient à cœur. À tous les niveaux et avec un engagement total.