Cette bourde est désormais presque légendaire : à l’issue du Conseil d’État du 29 novembre, le Premier ministre Xavier Bettel avait déclaré que les personnes vaccinées avec le vaccin anti-Covid d’AstraZeneca pouvaient recevoir une troisième dose d’un vaccin à ARNm dès quatre mois, et non pas seulement après six mois. Cela concernerait « environ 45 000 personnes ». On sait que l’efficacité du vaccin d’AstraZeneca « diminue plus rapidement ».
45 000 concurrents potentiels pour la « dose de rappel » : cela a suffi à motiver tant de personnes vaccinées avec AstraZeneca que, le lendemain, la circulation a été paralysée devant le centre de vaccination de Limpertsberg. En effet, Xavier Bettel avait également annoncé qu’il était possible de se rendre « à l’improviste » dans les trois centres de vaccination de Limpertsberg, Belval et Ettelbrück. Dans l’après-midi du 30 novembre, le ministère de la Santé a dû mettre un frein à cet engouement : les doses de rappel ne seraient administrées que sur rendez-vous. Seule la première dose de vaccin pouvait être reçue sans rendez-vous dans ces centres.
Cette confusion illustre bien les difficultés rencontrées par le gouvernement pour mettre en place sa campagne de vaccination tout en définissant les bonnes priorités. Tout cela à un moment où la pression épidémique liée au coronavirus s’intensifie. Il y a trois semaines, l’incidence avait augmenté de 31 % en l’espace de huit jours. Il y a deux semaines, elle a encore progressé de 25 %, et la semaine dernière (jusqu’au 5 décembre), de 14 %. Cette semaine est la « semaine de la vaccination ». « Lëtzebuerg léisst sech impfen ! » (Le Luxembourg se fait vacciner !), proclame le gouvernement, qui a annoncé vendredi dernier, dans de grandes annonces publiées dans la presse quotidienne, la mise en place de centres de vaccination éphémères dans tout le pays, sur les marchés de Noël, dans les centres commerciaux ou à la gare de la ville. Ces centres éphémères devraient rester en place jusqu’à la nouvelle année, afin de permettre aux citoyens d’accéder plus facilement aux vaccins. À la mi-semaine, seuls 78 % des personnes âgées de plus de 18 ans étaient entièrement vaccinées.
Mais pouvoir lancer la campagne de vaccination à ce rythme, comme l’avaient annoncé fin novembre le Premier ministre et la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP), n’est peut-être pas garanti, même à plus long terme. Du coup, on entend à nouveau parler de « dès que le vaccin sera livré ». Mercredi, peu avant midi, Xavier Bettel a indiqué sur Twitter que 100 000 doses de Moderna étaient arrivées. C’est pourquoi, ce vendredi, le centre de vaccination de Findel, situé dans un hangar d’Air Rescue, rouvrira temporairement ses portes et sera réservé aux injections de rappel. Mais uniquement sur rendez-vous. 57 000 invitations seraient envoyées le jour même. Probablement en priorité aux personnes vaccinées avec AstraZeneca, parmi lesquelles la rumeur s’était répandue la semaine dernière selon laquelle il fallait attendre sept à dix jours pour obtenir un rendez-vous de rappel.
La semaine dernière, les médecins généralistes ont eux aussi été contraints, de manière inattendue, de patienter : Les services de santé publique ont informé les 260 médecins généralistes participant à la campagne de vaccination contre la Covid-19 que le vaccin de BioNTech/Pfizer n’était plus disponible qu’en quantité limitée et qu’il serait remplacé par celui de Moderna. D’Land a appris de la part de médecins qui ont alors tenté de commander ce vaccin qu’ils avaient d’abord reçu l’information selon laquelle il serait disponible en début de semaine. Cette information a ensuite été rectifiée : même pour la semaine suivante, la disponibilité ne pouvait être garantie. Après la livraison, qui a eu lieu ce mercredi, cela n’est probablement plus d’actualité, mais il n’en reste pas moins que, alors que les vaccinations et les rappels se multiplient partout en Europe, des pénuries semblent inévitables.
Si elles se concrétisent effectivement et persistent, des situations délicates risquent de se présenter lorsque la prochaine mise à jour de la loi Covid sera adoptée la semaine prochaine et que la « règle 2G » s’appliquera ensuite à toutes les activités de « loisirs » – qu’il s’agisse d’aller au restaurant, d’aller au cinéma ou de se promener sur un marché de Noël. Et lorsque, à partir de la mi-janvier, la règle « 3G » deviendra obligatoire sur le lieu de travail : ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner ou qui ne se sont pas remis de la Covid-19 il y a au moins six mois devront présenter chaque jour un test certifié et en assumer le coût.
Reste à voir si l’offre de vaccination pourra continuer à suivre le rythme de la demande accrue, qui résulte de la pression psychologique croissante en faveur de la vaccination. Il reste également à voir si les vaccinations atteindront les bons groupes cibles. L’approche du gouvernement consiste à combler les lacunes en matière de vaccination et à administrer une troisième dose, dite « de rappel », aux personnes déjà vaccinées. Une dose de rappel renforce la réponse immunitaire en termes d’anticorps pendant plusieurs mois et stimule le système immunitaire de manière générale. Comme l’ont montré des études menées en Israël et au Royaume-Uni, cela permet de réduire de 90 % la transmission du variant Delta, particulièrement contagieux, du virus. S’il y a bien une chose qui peut sauver les ventes de Noël dans le commerce de détail et la restauration, c’est cela. Fin novembre, le Premier ministre a qualifié cette mesure de « moyen d’éviter un confinement ». Les personnes qui se font vacciner pour la première fois n’atteignent une protection complète que sept à dix jours après la deuxième injection ; elles s’aident ainsi elles-mêmes, bien sûr, mais leur contribution au ralentissement des infections en général et au maintien de la vie économique et publique ne se ferait sentir qu’en janvier.
Il semble que, dans l’état actuel des choses, la demande de doses de rappel soit naturellement élevée, ce qui est une bonne chose. Près d’un adulte sur cinq en a déjà bénéficié. Sur les quelque 33 000 doses administrées la semaine dernière, 26 000 étaient des doses de rappel. Concernant la semaine de vaccination en cours, la ministre de la Santé a indiqué mercredi, lors d’un webinaire organisé par Paperjam et Delano, que le nombre de premières doses avait triplé. Mais ces chiffres restent encore modestes : mardi, par exemple, 889 premières doses ont été administrées, ainsi que 690 deuxièmes doses. En revanche, près de 5 000 doses de rappel ont été administrées.
On ignore dans quelle mesure cette volonté de se faire vacciner, qui a triplé, concerne ceux à qui cela profite particulièrement. Douze pour cent des plus de 60 ans ne sont toujours pas vaccinés. Cela représente plus de 15 000 personnes qui sont particulièrement vulnérables en raison de leur âge ou, plus probablement, de pathologies préexistantes. À partir de 70 ans, une infection au Covid peut rapidement mettre la vie en danger si l’on n’est pas vacciné. Dans les statistiques sur le Covid, la corrélation entre les personnes de plus de 50 ans non vaccinées et l’augmentation du taux d’occupation des lits en soins intensifs est particulièrement forte.
Le ministère de la Santé n’avait pas répondu, à l’heure de la clôture de la rédaction, à une question posée par *d’Land* visant à savoir s’il existait une approche spécifique pour atteindre les personnes âgées non vaccinées. Les statistiques officielles indiquent que 93 % des résidents des maisons de retraite et des établissements médico-sociaux ont reçu deux doses de vaccin. « Presque tous » auraient également reçu la troisième dose, a déclaré Joël Mossong, épidémiologiste au service de santé publique, au journal *d’Land* il y a deux semaines (d’Land, 26/11/2021). Il s’agit là d’une protection « excellente ». Parmi les plus de 60 ans déjà vaccinés deux fois, nombreux sont apparemment ceux qui se font vacciner une troisième fois : 46 % avaient reçu leur troisième dose en milieu de semaine, contre seulement 18 % il y a quatre semaines. La proportion de personnes ayant reçu au moins deux doses de vaccin dans cette tranche d’âge n’augmente pour l’instant que lentement : il y a deux mois, elle s’élevait à 87 %, soit seulement un point de moins qu’actuellement.
Peut-être que les campagnes de vaccination ponctuelles répondraient aux attentes des personnes âgées. Cela vaut certainement aussi pour les médecins généralistes, qui sont des interlocuteurs de confiance, et la prochaine loi sur le Covid devrait également miser sur les pharmaciens. Alain De Bourcy, président du Syndicat des pharmaciens luxembourgeois, rapporte que ses collègues lui ont fait part de commentaires de clients âgés selon lesquels « si la vaccination est proposée dans votre pharmacie, je me ferai peut-être vacciner ». Mais la question est de savoir jusqu’où ira la participation des pharmaciens. Sans compter qu’une formation complémentaire est nécessaire à cet effet : « Nous sommes en tout cas prêts à aider », déclare Alain De Bourcy. « Mais la mission principale des pharmaciens reste bien sûr la délivrance de médicaments. »
La participation des médecins généralistes a également ses limites naturelles. « Si un médecin généraliste passe une journée entière à vacciner, il ne peut prendre en charge que 50 patients au maximum », explique le médecin généraliste Jean-Paul Schwartz, qui siège également au Conseil supérieur des maladies infectieuses. En effet, en règle générale, les patients qui se rendent à une consultation de vaccination ont souvent d’autres demandes. Une ordonnance pour un médicament, peut-être, ou pour une séance de kinésithérapie. Ou bien ils cherchent simplement un conseil. Dans un centre de vaccination, en revanche, la vaccination ne dure que trois minutes.
Pénurie latente de vaccins, problèmes d’organisation, difficultés à mobiliser du personnel qualifié pour la vaccination et à mettre en avant l’ensemble de la campagne : il n’est pas évident que, dans ces circonstances, une politique de vaccination libérale conduise à une augmentation significative du nombre de vaccinations. Il est probable que ceux qui ont déjà reçu deux doses souhaitent une dose de rappel. Il n’est pas certain que le confinement partiel avec la règle « 2G », qui s’appliquera bientôt aux personnes non vaccinées, incite ces dernières à se faire vacciner en grand nombre. Au contraire, les tensions au sein de la société pourraient s’intensifier. Et au-dessus de tout cela plane depuis peu le « variant Omicron ». On en sait encore peu à son sujet. Pfizer et BioNTech ont déclaré mercredi que, selon leurs propres recherches, trois doses de leur vaccin déclenchaient une réponse immunitaire significative en termes d’anticorps « neutralisant » l’Omicron. Des virologues de l’université de Francfort ont en revanche écrit mardi sur Twitter que les tests qu’ils avaient menés avaient révélé que, trois mois après la troisième dose de Pfizer-BioNTech, l’effet neutralisant contre le variant Omicron chutait à 25 %, alors qu’il s’élevait encore à 95 % contre le variant Delta. Six mois après l’administration de seulement deux doses de vaccin, quelle que soit la combinaison des vaccins autorisés dans l’UE, cette efficacité serait nulle face au variant Omicron.
Des informations comme celles-ci vont compliquer la communication sur la Covid et la vaccination. Les chercheurs de Francfort ont ajouté sur Twitter que leurs conclusions « ne permettent pas de déterminer si l’on reste protégé contre une forme grave de la maladie (mot-clé : lymphocytes T) ». Cette précision est importante, car il n’existe pas encore de réponses à cette question concernant le nouveau variant. On ne sait pas encore clairement dans quelle mesure la mutation Omicron rend malade, et l’étude de la réponse immunitaire via la « mémoire immunitaire » et les lymphocytes T est bien plus complexe que celle portant sur les effets des anticorps. Mais tous les vaccins actuellement administrés sont basés sur le « type Wuhan » du coronavirus, qui ne joue plus aucun rôle dans la circulation de l’infection. Ils protègent néanmoins contre les formes graves de la maladie, même en cas d’infection par le variant Delta, qui a suscité tant de craintes au printemps. De tels arguments devront probablement être opposés prochainement à tous ceux qui affirment : « Je préfère attendre un vaccin adapté à Omicron. »
Tout bien considéré, la crise du coronavirus devient de plus en plus une question de leadership politique. Le gouvernement a toujours hésité à prendre des décisions impopulaires. Au fond, tous les gouvernements européens agissent ainsi, mais celui du Luxembourg attend particulièrement de voir ce que font les autres pour éventuellement leur emboîter le pas. Or, celui qui n’est même pas capable de veiller à ce que les personnes particulièrement vulnérables soient vaccinées rapidement devrait envisager une vaccination obligatoire, au moins pour les personnes âgées de 60 ans et plus. Cela permettrait en outre de soulager la pression qui pèse sur les enfants et les adolescents, qui, au cours des 21 mois de la pandémie de Covid, ont consenti de nombreux sacrifices pour protéger les personnes âgées et vulnérables, alors que le virus ne leur cause généralement que peu de dommages.