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Social 13 min de lecture

C’est comme pour le climat

La section jeunesse du parti a tenu une première discussion sur les retraites. L'UEL tient apparemment beaucoup à convaincre les jeunes de la nécessité d'une réforme

Article paru dans Édition mai 2024
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Laurent Braun, de la CSJ, au micro. À ses côtés, Steven Milbert (JDL) et, à gauche, Mathis Godefroid, du Parti pirate. À l'arrière, R © Gilles Kayser

Nicolas Simons est un jeune économiste de l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) et un type plutôt sympa. Il sait raconter, à travers une histoire d’aventure, ce qui préoccupe un entrepreneur au quotidien. La lutte pour les parts de marché. Les coûts salariaux. Les charges sociales. La transition écologique. La recherche de personnel qualifié, ou plutôt de « talents ». Tout cela est difficile, mais passionnant. Les entrepreneurs, ça, c’est l’action.

Mardi soir, Simons est l’invité des Rotonden de Bonneweg. Du côté des partenaires sociaux, Dylan Theis, économiste à la Chambre des salariés CSL et lui aussi jeune, est présent. Le sujet porte sur la « réforme des retraites » : à ce sujet, le magazine Forum a joint un « guide » à son dernier numéro paru la semaine dernière et a désormais lancé un débat. Avec des représentants de six organisations de jeunesse des partis politiques, dont la plupart sont des figures de proue. Du côté de la CSJ, le secrétaire général Laurent Braun est assis dans la pénombre de la tribune ; pour les Jeunes Libéraux, c’est le vice-président Steven Milbert. Les Jeunes Socialistes ont envoyé leur coprésident Max Molitor, tandis que les Jonk Gréng ont délégué leur coporte-parole Kris Hansen. Les Pirates sont représentés par Mathis Godefroid, qui était président du Conseil national de la jeunesse avant d’adhérer au parti et qui est aujourd’hui conseiller communal à Hesperange. Les Jonk Lénk ont délégué Pierre Turquin, qui s’était présenté aux élections législatives sur la liste du centre du parti. Aucun des six n’est donc un novice en politique. Nicolas Simons partage cet avis : « Vous êtes peut-être les futurs décideurs ! » Il estime qu’il est « extrêmement important » de pouvoir discuter des retraites avec eux. En effet : « La réforme des retraites est particulièrement importante pour les jeunes. »

L’économiste de l’UEL profite peut-être de l’occasion offerte par cette soirée pour lancer un débat sur la réforme des retraites, que le gouvernement ne souhaite pas encore appeler ainsi, car il n’a pas encore de ligne de conduite à ce sujet. Pendant la campagne électorale, ni le CSV ni le DP n’avaient abordé la question des retraites. L’UEL a rattrapé ce retard le 16 octobre dans une lettre adressée au formateur. En cas de « politique inchangée », les dépenses de retraite dans notre pays connaîtraient la plus forte croissance de toute l’Union européenne. « De petites adaptations immédiates seraient plus faciles à faire accepter et plus équitables pour les retraités actuels et pour les générations futures que de grands changements plus tard. » Il faudrait relever dès que possible l’âge effectif de départ à la retraite et allonger les carrières de cotisation. Le principe « prestations si cotisations » doit s’appliquer, et les périodes de remplacement doivent être repensées. Le plafond de cotisation, qui s’élève actuellement à cinq fois le salaire minimum, doit être abaissé. Il convient d’encourager les retraites complémentaires d’entreprise et privées. La Chambre de commerce a abondé dans ce sens : « Il est impératif de mettre en œuvre une réforme globale des retraites. »

Mais les réformes des retraites sont un sujet délicat. Elles peuvent faire perdre des élections. C’est pourquoi toute réforme des retraites doit s’appuyer sur un discours qui mette clairement en avant son objectif politique. L’objectif politique de la réforme de 2012 était, après trois décennies d’augmentations successives des retraites dans le secteur privé, d’inverser la tendance et de réduire les prestations autant que possible. Le discours qui l’accompagnait commençait par la bonne nouvelle : tout le monde vivait de plus en plus longtemps. Au lieu d’enchaîner avec la mauvaise nouvelle, à savoir que tout le monde devrait donc travailler plus longtemps, le ministre des Finances du CSV, Luc Frieden, et le ministre des Affaires sociales du LSAP, Mars Di Bartolomeo, l’ont intégrée dans le discours comme une option : quiconque souhaitait percevoir, au moment de prendre sa retraite, une prestation d’un montant équivalent à celui promis par le système, devrait travailler trois ans de plus. Ceux qui s’en moquaient pouvaient partir comme avant, mais avec une perte de 13 à 15 %. Mars Di Bartolomeo a qualifié cela de « retraite à la carte », car au Luxembourg, on aime bien aller au restaurant.

Cette fois-ci, le discours en faveur de la réforme pourrait porter sur une dette sociale envers les jeunes générations. Comme le prévoit déjà l’accord de coalition du gouvernement, le Premier ministre du CSV, Luc Frieden, a appelé en janvier, au Parlement, à un « large débat de société » sur les retraites. Il a ajouté que les organisations de jeunesse des partis, le Parlement des jeunes et l’association étudiante Acel devraient également y prendre part. La « forte croissance » nécessaire au financement à long terme des retraites ferait peser une « hypothèque » sur les jeunes générations.

La ministre des Affaires sociales du CSV, Martine Deprez, a également évoqué, au début de l’année, dans une interview accordée au journal *Land*, la dépendance « malsaine » du financement des retraites à l’égard d’une « croissance permanente ». Elle a également déclaré ne pas être certaine que « les jeunes actifs accepteraient une augmentation de leurs cotisations d’un ou deux points de pourcentage, sachant pertinemment que le système ne serait peut-être toujours pas sur des bases saines » (d’Land, 5 janvier 2024).

Pour l’instant, le calme règne autour de cette réforme, que le gouvernement n’ose pas encore nommer ainsi et pour laquelle il souhaite charger la ministre des Affaires sociales de mener des consultations. Martine Deprez ne semble pas encore s’y être attelée. Les élections européennes auront lieu dans trois semaines, et le Conseil économique et social souhaite finaliser un rapport sur les retraites avant les vacances d’été. Dans ce rapport, l’UEL et les syndicats devraient indiquer qu’ils s’accordent à ne pas s’accorder.

Si l’on procède ensuite à une analyse approfondie avant de rédiger un article visant à expliquer une approche de réforme, la soirée passée à Bonneweg avec la jeunesse du parti pourrait bien constituer un instantané révélateur. « Nous devons agir maintenant », exhorte Nicolas Simons, économiste de l’UEL, devant les six jeunes responsables. « Nous dansons sur un volcan ! » C’est comme pour le changement climatique : « On répète sans cesse que ce n’est pas si grave. Mais le changement climatique vous concerne avant tout, vous les jeunes. » Tout comme les retraites, « qui ne sont pas viables ».

Dylan Theis, de la Chambre des salariés, tente de s’y opposer. Ce n’est pas facile, compte tenu de l’urgence invoquée par son interlocuteur de l’UEL. M. Theis explique comment le système fonctionne actuellement. Il précise que l’on vérifie tous les cinq ans si, au cours des dix années suivantes, la réserve de retraite pourra rester, comme le prévoit la loi, à un niveau correspondant au moins à une fois et demie les dépenses annuelles. Une telle prévision suffirait ; se projeter cinq décennies en avant, comme le fait la Commission européenne tous les trois ans, serait beaucoup trop aléatoire. Et la réserve de retraite représente actuellement plus de quatre fois les dépenses annuelles.

Theis défend l’idée selon laquelle il est possible, d’ici dix ans, de prendre des décisions politiques sur les mesures à prendre si nécessaire. Et, s’exprimant ici au nom des syndicats de sa chambre, il ajoute qu’il peut en principe exister une vision du système de retraite luxembourgeois différente de celle de l’UEL : « J’entends sans cesse : réduire, réduire, réduire. Pourquoi ne pas nous mettre d’accord sur le fait que nous voulons un service public de qualité ? Ensuite, nous discuterons de la manière de le financer à long terme. » Pour l’instant, ce sont surtout les cotisations prélevées sur le salaire brut qui servent à cet effet. On pourrait peut-être également y ajouter des impôts sur les revenus du capital ou sur la fortune. Et puis, il y a la tendance à l’automatisation et au recours à l’intelligence artificielle : « Si cela entraîne une diminution du nombre d’emplois, il y aura automatiquement moins de cotisations de retraite prélevées sur les salaires, mais la valeur ajoutée augmentera. » On pourrait « en prélever une partie, en complément des cotisations sur les salaires ». Enfin, le taux de cotisation lui-même : « Il est inchangé depuis 1977. Si, 50 ans plus tard, on ne peut même pas envisager de l’augmenter sans que l’on crie au départ des entreprises, alors c’est de l’alarmisme injustifié. »

Le débat en est désormais arrivé au plus grand tabou de la politique luxembourgeoise en matière de sécurité sociale. L’UEL a pu, de temps à autre, approuver des hausses de cotisations pour l’assurance maladie. Les problèmes de financement dans ce domaine sont souvent plus aigus et finissent par se résoudre, ce qui permet alors de réduire à nouveau le taux de cotisation. L’impact sur les retraites, en revanche, est durable. Nicolas Simons entame son exposé : « Pouvez-vous imaginer quel signal négatif cela enverrait aux investisseurs étrangers ? » Et les recruteurs internationaux de talents, que diraient-ils s’ils apprenaient qu’au Luxembourg, des cotisations plus élevées ou de nouvelles taxes devaient financer un système de retraite déjà trop généreux ? « Ce serait très difficile à comprendre pour eux. » Afin que les six interlocuteurs de la section jeunesse du parti aient eux aussi le plus de mal possible à comprendre cela, il ajoute que des cotisations plus élevées réduiraient le pouvoir d’achat. « Mais les jeunes ont déjà des problèmes aujourd’hui, ils ont besoin d’argent dès maintenant. »

Aucune véritable discussion ne s’engage. Pour les six invités issus des organisations de jeunesse, le sujet est trop nouveau ; certains l’ont découvert pour la première fois dans le « manuel » du Forum. De plus, aucune proposition concrète n’a encore été présentée par le gouvernement. Lors de la réforme de 2012, les organisations étaient parvenues à un consensus. Elles avaient jugé les hypothèses de croissance du gouvernement CSV-LSAP de l’époque (3 % de croissance du PIB et 1,5 % d’augmentation de l’emploi en moyenne annuelle) « trop optimistes » et la perspective de compter environ 737 000 cotisants actifs en 2060 « irréaliste ». Elles estimaient également que la réforme pénaliserait « de manière disproportionnée » les jeunes. Il fallait tenir compte des « coûts » qu’ils encourraient au cours de leur vie professionnelle, allant du risque de perte d’emploi à d’éventuelles conditions de travail précaires, en passant par de longues formations. Le fait que, selon les projets du gouvernement de l’époque, seules les périodes de formation effectuées entre 20 et 27 ans soient prises en compte, et non celles entre 18 et 27 ans, constituait « un problème ». Finalement, le gouvernement a cédé sur ce point.

Ce mardi, à Bonneweg, les arguments s’inscrivent dans la ligne du parti. Le secrétaire général de la CSJ, Laurent Braun, augmenterait la retraite minimale, comme l’a annoncé Martine Deprez, et il ne serait pas opposé à la prévoyance retraite privée. D’ailleurs, « investir soi-même », par exemple dans des fonds ETF, serait encore mieux qu’un contrat de retraite du troisième pilier : « Dans ce cas, les revenus ne sont imposés qu’à hauteur de 50 % ! » Steven Milbert, vice-président de la JDL, estime que les cotisations de retraite liées à l’intelligence artificielle ne seraient pas une bonne idée, « cela affaiblirait la place économique ». En matière de retraites, « tout comme pour la construction de logements, il n’y a pas de solution miracle unique, mais plutôt de nombreuses petites étapes ». C’est pourquoi les « Biergerréit » devraient être associés au débat.

Pierre Turquin expose la position « officielle » de la gauche : « Nous voulons revenir à la situation d’avant la réforme de 2012. » Le président de la JSL, Max Molitor, adhère pleinement aux idées de Dylan Theis, économiste au CSL, concernant les « modes de financement alternatifs » : « Les entreprises sont de plus en plus productives, mais les gains de productivité ne profitent pas toujours à ceux qui travaillent. » Kris Hansen, porte-parole de Jonk-Gréng, admet qu’il ne peut pas vraiment juger si « une grande réforme est nécessaire ou si les ajustements apportés à celle de 2012 suffisent ». Les hypothèses de croissance lui donnent matière à réflexion : « Une croissance durable n’a jamais été possible chez nous ». Mathis Godefroid, du Parti pirate, utiliserait les recettes issues des jeux d’argent, du tabac et des accises sur les carburants pour financer les retraites : « Tout cela devrait être reversé au système de retraite ». Pour ce débat, il envisage une « table ronde quadripartite » réunissant les syndicats, l’UEL, les citoyennes et citoyens et la fonction publique.

Le service public, car la situation des retraites au sein de l’État, des communes et des chemins de fer est quelque peu mouvementée. Le « guide » de Forum indique qu’un tiers des retraites actuellement versées dans le secteur public s’élèvent à 8 000 euros ou plus. Mathis Godefroid, du Parti pirate, conseille de prendre cela avec calme. « Nous devons taxer les 10 % les plus riches, mais ce ne sont pas des fonctionnaires ni des retraités de la fonction publique. » La fonction publique, rappelle-t-il, « travaille pour nous tous ».

Il s’agit peut-être d’un calcul politique, car les Pirates entretiennent des liens étroits avec la CGFP depuis que celle-ci a été trahie par le CSV dans l’interprétation de l’accord salarial de 2022. Mais le montant apparemment élevé des retraites des fonctionnaires donne à réfléchir dans l’hémicycle. Elles semblent d’autant plus élevées que la ministre des Affaires sociales du CSV a déjà annoncé son intention d’avancer de vingt ans la réduction des retraites, qui avait été étalée sur quarante ans dans le cadre de la réforme de 2012. Nicolas Simons, de l’UEL, répond volontiers à la question de savoir ce qu’il pense des régimes spéciaux dans le secteur public : 750 millions d’euros seraient inscrits au budget de l’État pour cette année au titre de la dotation au Fonds de pension de la fonction publique, explique-t-il, et ce montant devrait dépasser le milliard en 2028. Non pas d’ici vingt ans, mais d’ici cinq ans. C’est injuste, et tout à fait inacceptable. « Il y a tant de personnes qui auraient besoin d’allègements fiscaux, comme les personnes à la recherche d’un logement ou les personnes à faibles revenus. »

Au final, c’est peut-être surtout cela qui restera de cette soirée à Bonneweg. Il semble également que la solidarité de la CSL envers la fonction publique ait ses limites, lorsque Dylan Theis estime qu’il ne faut pas prendre les retraites de 8 000 ou 9 000 euros dans le secteur public comme prétexte pour procéder à des coupes budgétaires dans le secteur privé. « Il ne faut pas mélanger les deux, ce sont deux choses différentes. » Max Molitor, des Jeunes socialistes, s’est demandé si l’État devait continuer à financer ces retraites élevées, et Pierre Turquin, de Jonk Lénk, estime que « dans le secteur privé aussi, il faut réduire les retraites très élevées ». Ce ne sera sans doute pas la position définitive de son organisation ni de son parti mère, mais des doutes se sont fait jour quant au système. « Peut-être organiserons-nous un nouveau débat dans trois mois », déclare l’économiste de l’UEL.