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Aller chez le médecin près de l’aéroport

La Findel Clinic devrait ouvrir prochainement. Son modèle de location destiné aux médecins les incite à recourir à ce système.

Article paru dans Édition février 2026
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Aller chez le médecin près de l’aéroport
Le Findel Business Center. Bientôt avec la Findel Clinic © Photo : Sven Becker

La Findel Clinic devrait ouvrir ses portes lundi prochain, le 2 mars. C’est ce qu’a annoncé la semaine dernière Radio 100,7, en se référant à un communiqué de Philippe Wilmes « dont nous disposons ». Le 31 octobre dernier, le journal Land avait évoqué le projet des deux médecins Philippe Wilmes et Alain Schmit, qui souhaitaient proposer « une nouvelle clinique multidisciplinaire » sur un étage du Findel Business Center, « fondée par des médecins pour des médecins, en plaçant les patients au cœur de chaque décision ». Telle était alors la présentation de la Findel Clinic sur son site Internet.

Aujourd’hui, le site findelclinic.lu ne fait aucune mention d’une inauguration imminente. Contrairement à il y a quatre mois, la seule différence sur ce site trilingue est que la « clinique multidisciplinaire » a été remplacée par un « centre médical multidisciplinaire ». Ce changement avait déjà eu lieu l’année dernière, après que la Findel Clinic fut devenue un sujet politique brûlant et qu’on lui eut reproché d’utiliser une appellation réservée aux établissements hospitaliers. La loi sur les hôpitaux prévoit dans de tels cas une amende comprise entre 5 000 et 100 000 euros. Alain Schmit et Philippe Wilmes n’ont manifestement pas souhaité s’exposer à ce risque. D’autant plus qu’en tant que président et vice-président de l’Association des médecins de la région de Luxembourg (AMMD) jusqu’à fin 2024, ils se doivent de connaître les dispositions de la loi sur les hôpitaux.

La principale source de controverse était – et reste – le fait que Wilmes et Schmit aient créé, pour exploiter la Findel Clinic, une société anonyme, la Phial s.a., et aient réussi à attirer comme coactionnaires des personnalités de renom issues du monde des affaires, à savoir Marc Giorgetti, Alain Kinsch et Marc Hoffmann. Or, une simple recherche dans le registre du commerce avec le terme « Centre médical » donne déjà plusieurs résultats comportant la mention s.à r.l. ou s.a. : un centre médical à Echternach et un autre à Luxembourg-Mühlenbach, tous deux sous la forme d’une s.à r.l., ou encore le Centre médical Nordstrooss s.a. à Marnach.

Attentes en matière de rendement

Les attentes en matière de rendement des associés de sociétés commerciales dans le secteur médical sont-elles plus répandues dans notre pays qu’on ne pourrait le croire ? D’ailleurs, bien plus que ne l’avait laissé entendre Marc Spautz en novembre dernier, alors qu’il était encore président du groupe parlementaire du CSV, lorsqu’il écrivait dans un article du *Dageblatt* : « Le Luxembourg est-il à un tournant ? Avec la Findel Clinic, dont l’ouverture est prévue en 2026 près de l’aéroport, la médecine privée pourrait faire son entrée dans un système qui reposait jusqu’à présent fermement sur la solidarité et l’accès universel » (22/11/2025) ?

Une différence essentielle entre la société Phial s.a., située derrière la Findel Clinic, et les sociétés commerciales gérant des centres médicaux réside dans le fait que ces dernières sont des sociétés immobilières. Elles achètent, vendent, louent et gèrent des biens immobiliers. Cet objet social est inscrit dans leurs statuts. Celle de Marnach possède un grand bâtiment. Elle compte parmi ses locataires non seulement des médecins, mais aussi le CHL avec un centre de consultations, la Croix-Rouge avec un centre de don du sang ou encore la CNS avec une succursale. Les hôpitaux peuvent eux aussi être des sociétés anonymes. Les Hôpitaux Robert Schuman en sont un exemple, tout comme l’ancienne Clinique privée Dr Bohler. Les bénéfices que les hôpitaux (y compris les établissements publics) peuvent réaliser sont régis par la loi et par une convention avec la CNS. Les possibilités sont limitées et n’ont, au fond, rien à voir avec la médecine.

La Findel Clinic est conçue différemment. L’objet social de la société Phial s.a. est plus large. Les opérations immobilières en font également partie, mais les statuts de Phial mentionnent en premier lieu « toutes prestations de services ». D’une part, des services destinés aux professions libérales, notamment la location de locaux spécialement aménagés et équipés pour l’exercice de ces professions, ainsi que la mise à disposition de « toute » assistance administrative et comptable. C’est l’offre « tout compris » dont Philippe Wilmes avait déjà parlé en octobre : à la Findel Clinic, les médecins loueraient un ensemble comprenant des locaux, du matériel, du personnel et un accompagnement afin de pouvoir « se concentrer entièrement sur leur métier de médecin ». Il n’a pas précisé le coût de cette offre. Aujourd’hui, il ne répond pas aux demandes concernant la Findel Clinic. Peut-être aussi en raison de la procédure en cours concernant des opérations du genou qu’il aurait pratiquées inutilement dans le cadre de son activité principale de chirurgien.

Bilan de santé privé

Un autre passage des statuts de Phial donne une idée de ce en quoi pourrait consister au moins une partie du modèle économique de la Findel Clinic : des prestations de services destinées « aux personnes morales pour leur personnel ou aux personnes physiques à titre individuel, portant sur la réalisation de bilans de santé préventifs, la commercialisation de tous produits et conseils relevant de la santé holistique ou du bien-être, ainsi que toute activité se rapportant au domaine du bien-être ». Cela correspond aux annonces de recrutement de médecins pour la Findel Clinic que Phial a publiées sur des portails tels que emploimedecin.com : « Votre rôle », est-il précisé à l’intention des médecins intéressés, « consistera à proposer des consultations spécialisées et/ou à participer aux bilans de santé préventifs. »

Les bilans de santé constituent des offres commerciales dans la mesure où ils ne figurent pas dans le catalogue des prestations de la CNS. Ce sont les assurances privées qui les prennent en charge, ou une entreprise qui offre ce type de bilan de santé à ses salariés. Ceux qui en ont les moyens paient de leur poche. Ces bilans de santé ne sont pas une nouveauté : cela a commencé il y a près de 15 ans au centre de santé de la Zithaklinik – qui était alors encore une entité indépendante et une société anonyme. Aujourd’hui, ces bilans de santé constituent une source de revenus pour les Hôpitaux Schuman. Entre 8 heures et midi, les patient·e·s sont orienté·e·s d’un·e spécialiste à l’autre. Les assuré·e·s de la CNS, en revanche, doivent prendre de nombreux rendez-vous pour un tel bilan. Et ils ont besoin d’un médecin qui les conseille sur les examens à effectuer et les aide à interpréter les résultats. C’est une démarche fastidieuse et chronophage.

Les bilans de santé ne marquent pas un tournant vers la médecine privée. Il se peut d’ailleurs que la Findel Clinic ne soit pas en mesure de les proposer tout de suite : si l’information diffusée la semaine dernière par Radio 100,7 est exacte, la Findel Clinic ne proposera dans un premier temps que des services de médecine interne et de cardiologie. Par le biais d’annonces, Phial recherche des médecins souhaitant exercer au Luxembourg un à trois jours par semaine. Peut-être que la recherche s’avère plus difficile que prévu. Ou bien le loyer forfaitaire ne séduit pas grand monde.

Un changement majeur résiderait avant tout dans le fait qu’une société anonyme souhaite louer à grande échelle des capacités de soins à des médecins. Philippe Wilmes avait évoqué l’année dernière « jusqu’à 15 spécialités médicales différentes ». Les annonces de Phial parlent de « spécialistes de plus de 15 disciplines », tandis que le site findelclinic.lu en suggère 17. Si la Findel Clinic doit proposer des horaires d’ouverture élargis par rapport aux cabinets médicaux traditionnels, comme l’a annoncé Mme Wilmes, mais que les médecins ne doivent être présents qu’un à trois jours par semaine, Phial pourrait peut-être en engager 50 au total.

La médecine dentaire, un secteur également visé par les fonds de capital-investissement

Et tirer profit de leurs loyers. En octobre, Wilmes avait minimisé, face au gouvernement, les attentes de Phial en matière de rendement, mais pourquoi Phial n’en aurait-elle pas ? Les investisseurs qui louent à l’heure des fauteuils dentaires et des services d’assistance dans de grands centres dentaires en ont également. Ou encore la société d’investissement Devmed S.A., qui exploite la chaîne Hygie et dont l’un des actionnaires est, depuis trois ans, le fonds de capital-investissement Axio Solutions SLP, domicilié à Paris. En juin 2023, un cabinet Hygie Imagérie a ouvert ses portes à Esch-sur-Alzette, avec des radiologues engagés à la journée en Belgique. L’exploitant du cabinet, une filiale Hygie de Devmed, a prélevé 70 % de leurs honoraires. En contrepartie des locaux, du personnel, du soutien et des appareils tels que le scanner et le mammographe qu’il mettait à disposition. Alain Schmit s’était alors plaint auprès du journal *d’Land*, affirmant que la ministre de la Santé du LSAP, Paulette Lenert, avait trop tardé à adopter une loi sur les sociétés médicales qui aurait exclu les investisseurs extérieurs à la profession et empêché une radiologie privant les médecins d’une partie de leurs honoraires (*d’Land*, 30 juin 2023).

Hygie Imagérie a finalement échoué face à la « loi sur les antennes » de Lenert. Les négociations avec le CHEM concernant la création d’une antenne Hygie-Radiologie à Esch ont échoué. L’AMMD a conservé un principe quasi sacré : l’intangibilité des honoraires médicaux. Seuls les centres dentaires fonctionnant selon un système de loyer par fauteuil constituaient une exception à la règle selon laquelle les médecins ne devaient pas participer aux frais ; parmi eux figuraient les quatre centres d’Hygie Dentaire ouverts 7 jours sur 7. En 2017, l’AMMD s’est indignée lorsque la ministre de la Santé du LSAP, Lydia Mutsch, a voulu inscrire dans la loi sur les hôpitaux que les médecins hospitaliers devaient céder une partie de leurs honoraires à l’hôpital, comme en Belgique. Philippe Wilmes et Alain Schmit étaient à la tête de la résistance. Le fait que ce soient justement eux qui souhaitent appliquer un loyer forfaitaire à la Findel Clinic a suscité la colère de nombreux médecins. Wilmes détient 38 % des parts de Phial, Schmit 22 %. Les quatre autres actionnaires en détiennent chacun 10 %. Selon les statuts de Phial, les dividendes sont distribués proportionnellement à la part détenue par les actionnaires.

Avantages du modèle de location

Le modèle de location proposé par Phial pourrait inciter les médecins de la Findel Clinic à travailler beaucoup afin de pouvoir facturer davantage. Peut-être à pratiquer des traitements inutiles ou à tricher lors de la facturation. Cela semble se produire dans les centres dentaires, si mal vus par l’AMMD ; le président de l’AMMD, Chris Roller, s’est plaint il y a six mois que les patients s’y voyaient parfois remettre des factures de 600 à 700 euros (d’Land, 29 août 2025).

Il n’est pas exclu que les patients puissent également quitter la Findel Clinic avec des factures élevées, sans parler des bilans de santé privés. Cela n’est exclu dans aucun cabinet médical, car au Luxembourg, un médecin n’est pas tenu de se limiter à ce qui figure dans la nomenclature médicale. L’article 6 de la convention entre la CNS et l’AMMD stipule que « les médecins ne peuvent réaliser à la charge de l’assurance maladie que les actes professionnels prévus par la nomenclature médicale ». Il en résulte que la caisse ne prend en charge aucun acte ne figurant pas dans la nomenclature (le barème des honoraires). Cela ne signifie pas pour autant que le médecin ne puisse pas le proposer. Le Code de déontologie des médecins complète cette disposition. L’article 106 stipule : « Pour les actes ne figurant pas dans la nomenclature, il [le médecin] informera le patient et établira un devis contresigné par ce dernier englobant tous les honoraires et frais prévisibles pour le traitement proposé ou demandé. » Personne ne sait combien de devis de ce type sont établis chaque année. Peut-être n’y en a-t-il pas beaucoup. Mais le modèle de location de la Findel Clinic incite à aller dans cette direction.

Il en va de même pour le recours à des suppléments à des fins de convenances personnelles. Il y a déjà 20 ans, l’AMMD, en collaboration avec l’Union des caisses de maladie (prédécesseur de la CNS), avait constaté qu’un supplément CP1, pouvant être facturé pour un rendez-vous chez le médecin convenu à l’avance et pris en charge par le patient lui-même, figurait parfois à hauteur de 100 euros ou plus sur les factures médicales. Il s’est avéré qu’il s’agissait de prestations telles que l’acupuncture ou des consultations particulièrement longues. À ce jour, il n’y a toujours aucune transparence à ce sujet. Lorsque l’AMMD et la CNS ont entamé les négociations sur une nouvelle convention en 2011, il a été proposé de mentionner clairement ces prestations supplémentaires sur la facture. Les négociations ayant échoué dans leur ensemble, cela n’a pas été mis en œuvre. Il est tout à fait concevable que de tels suppléments soient fréquemment facturés à la Findel Clinic si le loyer versé à Phial incite à générer des revenus importants.

Une régulation par les prix ?

Or, le développement du secteur extrahospitalier relève d’un programme politique. En réalité, ce secteur n’existe pas encore, car il n’est ni défini ni réglementé. Peut-être dépendra-t-il finalement d’une réglementation des prix. Pour les antennes hospitalières, cette idée s’impose peu à peu : outre les honoraires des médecins, qui restent inchangés, la CNS verse un forfait. Ce forfait couvre tout : des locaux aux coûts de personnel, en passant par l’amortissement du matériel, comme les IRM ou les mammographes dans les antennes de radiologie, par exemple. Mais le forfait n’est versé intégralement que jusqu’à un certain taux d’utilisation. Si, par exemple, le nombre d’examens radiologiques dépasse un certain seuil, le forfait diminue sensiblement. De plus, la CNS vérifie a posteriori, par des contrôles aléatoires, si les prestations étaient conformes aux directives européennes. Si c’était toujours le cas, un bonus est accordé ; si c’était rarement le cas, une pénalité est appliquée. Et lorsqu’un appareil technique est entièrement amorti, il ne donne plus lieu à aucun versement.

D’après ce que l’on sait, la question de savoir si un modèle de ce type doit également être mis en place pour les cabinets médicaux et les centres médicaux n’a pas encore fait l’objet d’une décision politique. Une mesure allant dans ce sens serait sans doute nécessaire pour éviter l’anarchie en dehors de Spideeler et garantir que tout reste abordable pour la CNS. Cela aurait également une incidence sur le modèle de la Findel Clinic. Et s’il n’est pas certain qu’un nombre suffisant de médecins issus des pays voisins s’intéressent à un emploi à temps partiel à proximité de l’aéroport, il est en revanche presque certain que les cabinets médicaux étrangers s’intéressent au Luxembourg. Pour eux, le Grand-Duché est un marché haut de gamme
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Note de bas de page