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Politique 4 min de lecture

ReArm Europe

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition mars 2025
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En Ukraine, la perspective d’un cessez-le-feu se profile. À 2 500 kilomètres des combats, les ministres, les députées et les éditorialistes ont du mal à cacher leur déception. Elles veulent que la guerre se poursuive. Plus qu’une victoire de l’Ukraine, elles souhaitent une débâcle de la Russie.

La fin de la guerre ne doit pas conduire à un apaisement, à un renforcement de la confiance ni au désarmement. Les sommets extraordinaires et les réunions de crise organisés à Paris, Londres et Bruxelles poursuivent d’autres objectifs : la fin de la guerre doit servir de prétexte à un nouveau réarmement. Car on ne peut compter ni sur les États-Unis, ni sur la Russie.

En 2023, les dépenses militaires russes s’élevaient à 109 milliards de dollars. Celles de l’Europe occidentale et centrale s’élevaient à 407 milliards (fiche d’information du SIPRI, avril 2024, p. 6). Un montant quatre fois supérieur ne suffit pas. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé un nouveau programme : « ReArm Europe pourrait mobiliser près de 800 milliards d’euros » (4 mars 2025). Seul le financement reste incertain. « La course au réarmement pourrait donner un coup de pouce bien nécessaire à l’industrie manufacturière allemande, qui a été touchée par la crise du secteur automobile, les guerres commerciales qui se profilent et la concurrence croissante des importations chinoises d’acier et de voitures à bas prix » (FT, 8 mars 2025).

Les dépenses militaires de l’OTAN se sont élevées à 1 341 milliards de dollars. Le sommet de l’OTAN du 24 juin devrait décider d’une augmentation de 2 % à 3,1-3,8 % du produit intérieur brut. Le gouvernement souhaite « très probablement fixer ces dépenses, dans un premier temps, à trois pour cent » du revenu national brut. C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Luc Frieden (14 février 25). Il faut désormais décider « d’où viendront ces fonds ici […]. Pour cela, nous devons faire des choix ». À cet égard, il souhaite « consulter les différents partis ». Ils peuvent s’accorder sur la marche à suivre. « D’ici au discours sur l’état de la nation [13 mai], voire jusqu’au sommet de l’OTAN, nous adapterons notre politique en conséquence » (RTL, 7 mars 25).

La mondialisation fait un pas en arrière. Les néofascistes jubilent. Les centres de l’impérialisme misent sur l’autarcie. Ils veulent se protéger de la concurrence par des sanctions économiques et des droits de douane protecteurs. Au besoin, par la force militaire. Le capital européen souhaite disposer d’une plus grande puissance de feu dans la guerre commerciale. Il exige un réarmement, à l’instar de celui des États-Unis et de la Chine.

Le gouvernement et le Parlement veulent suivre le mouvement. Ils veulent éviter que le capital exploité et transitant par notre pays ne soit désavantagé. Mais dans les petits États, les menaces belliqueuses et le cliquetis des armes ne sont que du bruit. Le gouvernement tergiverse. Tantôt il affirme : « Les États-Unis et l’OTAN nous imposent des dépenses militaires absurdes. » Tantôt : « Celles-ci sont nécessaires en raison de la malveillance de l’ennemi russe. »

Depuis trois ans, l’armée russe n’arrive pas à avancer en Ukraine. La guerre l’a affaiblie. Vladimir Poutine menace-t-il le Grand-Duché ? Le CSV, le DP, le LSAP et les Verts l’affirment. Ils se présentent comme le front patriotique. L’ADR incarne l’ennemi intérieur, le nouveau bras droit de Moscou.

Le ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel rassure en affirmant que ces milliards ne sont pas entièrement perdus : « Grâce aux satellites, aux communications et à la cybersécurité, nous avons actuellement la possibilité d’investir ces fonds ici, au Luxembourg » (RTL, 7 mars 25). Le gouvernement et la Chambre de commerce s’empressent de redynamiser l’industrie locale de l’armement.

« Des canons plutôt que du beurre » signifie désormais : austérité ou guerre. Les États achètent des chars et des drones. Les actions de l’industrie de l’armement sont en hausse. Les États s’endettent pour payer ces chars et ces drones. Les rendements obligataires augmentent. Les gagnants sont déjà connus. Ce sont les perdants qui paient les intérêts.

Vous trouverez toutes les informations complémentaires dans les poèmes de Svendborg. Pour l’instant, le ministre des Finances peut encore amortir les préparatifs de guerre grâce à l’État-providence. En effet, l’industrie du « Fongen » ne se prive pas d’investir dans les actions du secteur de l’armement.