Les conflits dits « sociaux » entre les classes possédantes et les classes salariées portent toujours sur le prix de la main-d’œuvre. Pour les entrepreneurs, l’inflation est un moyen bienvenu de réduire discrètement les salaires réels. Or, l’indexation automatique vient contrecarrer leurs plans.
Cependant, depuis 1984, les entrepreneurs ont la garantie de ne devoir verser qu’une seule tranche d’indexation par an, même en cas d’inflation élevée. Ils peuvent empocher la différence par rapport à la hausse du prix de leurs produits et services. Si la nécessité de tranches supplémentaires se profile, le mécanisme tripartite est déclenché. La « Tripartite » est un mécanisme de manipulation de l’indice.
Lorsqu’il a été question de prendre en charge les coûts induits par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, le Premier ministre Luc Frieden a cherché à se soustraire à une réunion tripartite. L’idée de laisser les syndicats participer aux décisions lui est insupportable. Il espérait que l’affaire serait rendue caduque par une victoire rapide de la plus grande puissance militaire du monde.
Le Statec avait élaboré un « scénario court » et un « scénario prolongé ». Luc Frieden misait sur le premier : que le détroit d’Ormuz soit rouvert à la navigation fin mai et que le prix du pétrole brut redescende cet été.
À l’instar des syndicats, les employeurs ont eux aussi réclamé une réunion tripartite. Avant qu’il ne soit trop tard pour empêcher une deuxième tranche d’indexation d’ici l’automne. Luc Frieden a rapidement cédé.
Le Statec a élaboré divers « scénarios intermédiaires » : selon lesquels le prix du pétrole brut redescendrait au troisième ou au quatrième trimestre de cette année. Ces scénarios dépendent désormais de la conclusion d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran.
La grande manifestation qui s’est tenue il y a un an a renforcé les syndicats. Ils n’ont pas accepté de manipulation directe de l’indice. On a opté pour une solution indirecte : l’État subventionne, pendant cinq mois, le diesel et l’essence à hauteur de cinq centimes par litre, le fioul domestique à hauteur de 15 centimes par litre, le gaz naturel à hauteur de 15 centimes par mètre cube et l’électricité à hauteur de quatre centimes par kilowattheure. Cela permet de réduire le prix net des sources d’énergie dans le panier de l’indice et de reporter une tranche de l’indexation.
Le montant des subventions est calculé, à l’exception de quatre centièmes de pour cent, de manière à éviter une nouvelle tranche d’indexation dans le « Scénario intermédiaire 1 » : « L’inflation cumulée atteint un pic de 2,46 en novembre 2026 – sous le seuil de déclenchement fixé à 2,5 » (Ministère de l’Économie, « Mesures proposées sur les prix de l’énergie », p. 7).
Le coût de ces subventions s’élève à 60 millions d’euros. Mais après toutes ces humiliations, les syndicats ont estimé que leur heure était venue. Ils savaient que le CSV et son Premier ministre maladroit ne pouvaient se permettre un nouvel échec. Ils ont donc fait payer cher leur accord.
Ils n’ont pas réclamé de Porsche, ni de yacht, ni de maison de vacances en Provence. L’OGBL et le LCGB ont réclamé une augmentation du salaire minimum pour la classe ouvrière. La CGFP a réclamé une indexation du barème de l’impôt sur le revenu pour la petite bourgeoisie fonctionnaire. Le LSAP a proposé moins que cela. Le gouvernement a donné son accord.
Afin de ne pas s’attirer les foudres des entrepreneurs, le gouvernement finance l’augmentation du salaire minimum sur les deniers publics. Comme en 2019. L’année prochaine, les entrepreneurs bénéficieront d’une main-d’œuvre au coût le plus bas, avec une réduction de 7,2 %. Les salariés percevant le salaire minimum deviendront, à hauteur de 7,2 %, des fonctionnaires.
Ces concessions ont fait passer le coût de la manipulation indirecte de l’indice de 60 millions à un demi-milliard d’euros. Le 9 juin, les députés ont félicité le Premier ministre pour la tranche la plus coûteuse de l’indice de tous les temps.
Le ministre de l’Économie du DP, Lex Delles, a qualifié « d’une baisse des droits d’accise » de « contre-productive » (Luxemburger Wort, 9 avril 2026). Le 7 juin, le DP a publié un communiqué de presse : « L’accord de la Tripartite porte la signature du DP. » L’opposition reproche au gouvernement son manque de rigueur budgétaire. p romain hilgert