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Politique 4 min de lecture

Marchandise très recherchée

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2025
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À ce jour, l’État a dépensé pour la guerre en Ukraine : 246 millions d’euros d’aide militaire, 21 millions d’aide humanitaire et 187 millions pour l’accueil des réfugiés. C’est ce qu’a calculé le ministre des Finances, Gilles Roth, le 6 février, en réponse à une question parlementaire. À cela s’ajoutent les indemnités versées en raison du boycott du gaz naturel russe : 2 905 millions d’euros au titre des programmes « Energiedësch » et « Solidaritéispak ». Au total, la guerre en Ukraine a coûté jusqu’à présent 3,4 milliards d’euros à l’État.

Ces 3,4 milliards ont-ils été investis à bon escient ? Au départ, l’objectif était de vaincre l’agresseur russe, à l’aide d’armes et de sanctions économiques. La députée verte Stéphanie Empain a promis à l’Ukraine : « Nous voulons continuer à vous soutenir par des livraisons d’armes, […] afin que vous puissiez gagner cette guerre » (2 juin 2022).

Deux ans plus tard, le député du CSV Christoph Hansen attendait toujours la victoire : « Ce qu’on a pour l’instant, […] ne suffira pas pour gagner cette guerre. » Dans la salle plénière entièrement climatisée, Yves Cruchten (LSAP) a appelé à tenir bon : « Allons, ne nous laissons pas non plus intimider par ces faux apôtres de la paix qui réclament aujourd’hui des négociations » (27 février 2024).

Depuis deux ans, les positions sont figées. Les États-Unis veulent mettre fin à ces dépenses. Ils ont mieux à faire. « Les États-Unis donnent la priorité à la dissuasion d’une guerre avec la Chine dans le Pacifique », a déclaré le ministre de la Défense Pete Hegseth le 12 février à Bruxelles. « Les alliés européens doivent montrer l’exemple. »

Le gouvernement américain souhaite s’entendre avec le gouvernement russe pour mettre fin à cette guerre par procuration. Les parties prenantes n’ont d’autre choix que d’observer la situation. Il approuve l’objectif de guerre russe : une Ukraine neutre, privée de ses régions orientales et de la Crimée. Afin de contrecarrer une alliance russo-chinoise, il propose son amitié.

En novembre, la Chambre a débattu de la déclaration sur la politique étrangère. Deux semaines après les élections aux États-Unis. Les menaces sont devenues plus prudentes. Xavier Bettel s’est réjoui : le sommet de l’OTAN à Washington aurait « confirmé que l’avenir de l’Ukraine passe également par l’OTAN ». Le gouvernement américain « ne considère pas que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN soit une issue réaliste d’un règlement négocié », a déclaré le ministre de la Défense Hegseth.

« Le Luxembourg reste fermement attaché à l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a écrit Xavier Bettel lundi sur X. Le ministre américain de la Défense a déclaré : « Le retour aux frontières de l’Ukraine d’avant 2014 est un objectif irréaliste. »

Peut-être que les États-Unis et la Russie parviendront à un accord commercial. Les classes possédantes se réjouissent à l’idée de nouvelles affaires avec la Russie. Les ministres, les députées et les éditorialistes se retrouvent alors face à un nouveau dilemme : elles doivent à la fois vanter le « doux commerce » avec « l’ennemi » et attiser la peur qu’il inspire. Même si son armée s’est enlisée à 30 kilomètres de Kiev.

Car après la guerre, la désescalade, la diplomatie et la conciliation des intérêts resteront mal vues. « La seule chose qui compte, c’est de faire preuve de force », a menacé le député du CSV Claude Wiseler (17 mai 2022). Le militarisme luxembourgeois a quelque chose de cocasse. Il a changé de camp : il est passé de l’extrême droite au centre bourgeois et à la social-démocratie.

Le ministre des Affaires étrangères Bettel, le 19 novembre : « En tant que gouvernement, nous nous sommes également engagés à investir 2 % du RNB dans la défense d’ici 2030. » Trois mois plus tard, le Premier ministre Luc Frieden a souhaité « préparer mentalement les contribuables à l’idée que, dans les prochaines années, ce pourcentage se situera très probablement plutôt autour de 3 % que de 2 % » (14 février 2025).

Cela correspond à une augmentation de 1,6 à 2,4 milliards d’euros par an, soit 7,5 % des dépenses publiques. « Les actions du secteur de l’armement sont le nouveau produit phare », titrait la FAZ le 18 février.