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Politique 4 min de lecture

L’exemple

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juillet 2025
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« La situation en Grèce est dramatique, mais la zone euro est à l’abri ! », se réjouissait il y a dix ans devant le Parlement Pierre Gramegna, alors ministre des Finances. « Les marchés ont réagi de manière tout à fait sereine et l’euro est resté stable à 1,12 dollar » (1er juillet 2015).

La crise bancaire et la crise économique de 2008 ont particulièrement durement touché la Grèce. En 2010, l’État grec était en situation d’insolvabilité. La troïka, composée de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, a prêté des milliards à la Grèce afin qu’elle puisse rembourser ses dettes auprès des banques françaises et allemandes. Ces prêts ont été financés par des coupes dans les prestations sociales et la liquidation des biens de l’État.

Au début de l’année 2015, en pleine crise sociale, la Coalition de la gauche radicale (Syriza) a remporté la moitié des sièges au Parlement. Pour tenir tête au marché financier mondial. Pour redonner aux gens une vie digne. La tactique de David contre Goliath consistait à internationaliser sa situation désespérée.

C’est pourquoi l’ancien président de la FNCTTFEL, Nico Wennmacher, a déclaré lors du congrès du LSAP en mars 2015 : « Beaucoup de gens en Europe associent le succès relatif des Grecs à l’espoir que l’austérité, les libéralisations et les privatisations touchent à leur fin. » Le vice-Premier ministre Etienne Schneider a immédiatement réagi en affirmant qu’une réduction de la dette coûterait « 400 à 500 millions » aux contribuables luxembourgeois. Le président du parti, Claude Haagen, a rappelé que l’État de droit s’appliquait à tous, tout le reste n’étant que « populisme ». Les délégués ont alors voté contre les Grecs et en faveur de la note AAA.

La coalition formée par le DP, le LSAP et les Verts partageait l’intransigeance du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Dans l’intérêt des banques, l’Eurogroupe et la Banque centrale avaient pris le pouvoir au sein de l’UE. Ils ne cachaient plus que la politique économique et la démocratie étaient devenues incompatibles.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, voulait empêcher la Grèce de quitter la zone euro. Il a proposé des concessions au pays. Mais il avait fait ses calculs sans compter sur Schäuble et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem : « Toutes les concessions figurant dans les projets présentés par Juncker la nuit précédente et par Pierre [Moscovici] quelques instants plus tôt avaient été supprimées », se souvient le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis. « Je savais que ceux qui détenaient le véritable pouvoir nous abattraient sans pitié afin de donner une leçon à Moscovici et Juncker et de remettre la Commission européenne à sa place » (Adults In The Room, Londres, 2017, p. 262).

À l’été 2015, l’UE a proposé de nouveaux prêts à la Grèce. Au prix d’un troisième mémorandum aux dépens des travailleurs, des retraités, des écoliers et des malades. L’aile gauche de Syriza souhaitait revenir à la monnaie nationale afin de mettre fin à la dévaluation interne. L’aile droite voulait conserver l’euro à tout prix. Lors d’un référendum organisé le 27 juin, 61,3 % de la population s’est prononcée contre le mémorandum.

Après le référendum, l’UE a lancé un ultimatum au gouvernement grec : soit il s’engageait à adopter de nouvelles réformes structurelles, soit la Banque centrale européenne ferait exploser le système bancaire grec. Le gouvernement grec a capitulé et a signé. Le revenu réel disponible des Grecs est aujourd’hui inférieur de 44 % à son niveau de 2009.

Le ministre des Finances Gramegna avait raison. À propos du référendum, il avait déclaré : « On essaie de pousser les Grecs à voter oui à une proposition. Je ne pense pas que ce soit le cas » (1er juillet 2015). Les responsables politiques se sentent redevables envers les marchés, et non envers les électeurs. Le 3 juillet 2015, 200 personnes ont manifesté devant son bureau pour réclamer une réduction de la dette.

Le syndicaliste Nico Wennmacher avait également raison. C’est pourquoi l’UE a dû faire un exemple avec la Grèce. Afin que toute alternative de gauche à la
avancée néolibérale aux dépens des plus faibles devienne inimaginable. En signe de protestation contre l’ordre établi, on élit depuis lors des fascistes en blouson aviateur ou en costume trois pièces. Ils sont déjà 192 à siéger au Parlement européen.