Il adore être porté par la foule. Lors de ses compétitions sportives, qu’il s’agisse du semi-marathon ou du triathlon qu’il dispute dans sa ville natale, Remich. « Quand le soutien fait défaut, c’est un peu triste », déclare Henri Kox en référence à l’interdiction des spectateurs aux Jeux Olympiques de Tokyo. Il sait qu’il en va de même en politique. Son petit doigt frotte contre son annulaire, rapidement et de manière incontrôlée. Cela ressemble à un tic nerveux dans la main gauche, qui disparaît au fil de la conversation. Cet ancien enseignant a parfois du mal à expliquer de manière compréhensible et en peu de temps des questions techniques complexes. L’ingénieur en génie mécanique parle alors à toute vitesse, sans pause ni respiration, s’embrouille, commence des phrases sans les terminer, utilise des termes que lui seul comprend. Quand il est plus détendu et qu’il n’est pas perdu dans son propre monde, il peut aussi se montrer différent. Il est alors même agréable de discuter avec lui.
Priorités : quatre classeurs sont rangés dans l’étagère à roulettes en aluminium appuyée contre le mur derrière son bureau. Sur le dos du classeur de gauche, quelqu’un a barré la mention Conseil JAI 2021 et l’a remplacée par Visupol ; sur celui de droite, on peut lire Lois MSI 2020 . Les deux classeurs situés dans le compartiment inférieur portent les mentions Syndicats 2020 et Étude sur les fichiers de la police. Il s’agit sans doute des dossiers les plus urgents auxquels Henri Kox a dû se consacrer depuis son entrée en fonction en tant que ministre de la Sécurité intérieure. L’affaire relative à la protection des données au sein de la justice et de la police, sur laquelle le CSV avait exercé une forte pression sur Félix Braz avant son infarctus, a été réglée par Kox en collaboration avec Sam Tanson et François Bausch. Au cours des derniers mois, il a surtout dû faire face à la « hausse de la criminalité liée à la drogue » constatée par le DP et le CSV dans le quartier de la gare de la ville de Luxembourg. Afin de faire respecter son programme de « law and order », le Conseil des échevins a engagé une société de sécurité privée qui patrouille ponctuellement dans ce quartier, ce qui déplaît fortement à Kox. En conséquence, le gouvernement a rédigé une note interministérielle, qui a été débattue mardi soir à la Chambre. Le député du CSV et échevin de la capitale, Laurent Mosar, insiste notamment pour que Kox mette enfin en place l’interdiction d’accès et installe des caméras de surveillance à Bonneweg. La police souhaite équiper Mosar de caméras corporelles. Henri Kox n’est pas fondamentalement opposé à la surveillance. La loi Visupol, adoptée il y a deux semaines à la Chambre, crée une base légale pour les caméras qui sont déjà en place depuis des années dans la capitale. Le projet de loi sur l’interdiction de séjour « allégée » a également déjà été déposé. Mais le ministre prend son temps pour mettre en œuvre des mesures répressives et commence par recruter 200 nouveaux policiers. Indépendamment du système de gestion des interventions, ils devront à l’avenir « aller à la rencontre des gens » et arpenter les rues afin de renforcer le sentiment de sécurité, explique M. Kox dans un entretien accordé au Land. Il souhaite adapter les commissariats aux besoins actuels. Tout cela, le CSV a négligé de le faire au cours des dernières décennies.
Tout en haut de l’étagère de son bureau, entre une bougie et un catalogue, se trouve un casque de chantier arborant l’adresse Internet et le logo du ministère du Logement. Il ne s’agit pas du logo rouge, blanc et bleu de la campagne de promotion nationale. Les prix exorbitants de l’immobilier ne se prêtent pas à l’autopromotion. C’est pourquoi le ministère du Logement mise sur une symbolique plus neutre : un triangle magenta, un triangle orange et un triangle vert menthe, formant une pyramide. La construction de logements est devenue, ces dernières années, le sujet le plus urgent. Kox souhaite que le droit au logement au Luxembourg devienne un jour une réalité. La loi relative au Pacte Logement 2.0, qui vise à responsabiliser davantage les communes et à augmenter durablement l’offre publique de logements abordables, a été adoptée mercredi par la majorité des voix. Pour le ministre, cette loi représente – avec le fonds spécial et les réformes prévues de la loi sur les baux, des aides à la construction de logements et du contrat foncier – un « changement de paradigme » dans la politique du logement. Kox apprécie ce terme. Fernand Boden (CSV) aurait sans doute lui aussi qualifié sa loi sur les baux de 2006 et le Pacte Logement de 2008 de changement de paradigme si ce terme avait déjà été à la mode à l’époque. Henri Kox n’est pas de cet avis.
Au-dessus de l’étagère, accroché au mur, se trouve un grand tableau carré. Il représente un tournesol dont l’image se reflète dans un panneau solaire. Ce n’est pas particulièrement élégant, mais cela témoigne de la véritable passion politique d’Henri Kox. Il aurait préféré devenir ministre de l’Énergie. Il n’a pas eu le choix. À l’été 2019, après l’infarctus de Félix Braz, tout s’est enchaîné très vite. Il n’était pas « demandeur », mais François Bausch et Sam Tanson n’auraient pas pu assumer en plus le portefeuille de Braz. Tanson est passé à la Justice et Kox a pris en charge le Logement. Il a aidé le nouveau vice-Premier ministre Bausch à gérer la Défense et la Sécurité intérieure, qu’il dirige seul depuis un an. Josée Lorsché y a renoncé de son plein gré, car la Défense ne l’intéressait guère. C’est ainsi que, par un malheureux hasard, Henri Kox est finalement devenu ministre, après s’être vu refuser cet honneur pendant des années.
Privilégié Il n’est pas membre fondateur, mais sa position au sein des Verts a été privilégiée dès le début. Il a sans doute été le premier fils de au sein de ce parti alors encore jeune. Sa mère, Elisabeth Kox-Risch, qui avait d’abord milité au sein du CSV et de l’association « Fraen a Mammen », avant de rejoindre l’initiative citoyenne contre la construction de la centrale nucléaire de Remerschen, s’était déjà présentée en 1994, à l’âge de 68 ans, sur la première liste commune des Verts de Glei et de Gap, qui n’avait toutefois pas réussi à remporter de siège dans l’Est. Son avant-dernier fils, Henri, après une formation d’électromécanicien, avait étudié le génie mécanique à Aix-la-Chapelle et enseignait désormais au Lycée technique des arts et métiers (LTAM), où il avait lancé dès 1991, avec d’autres enseignants, un projet d’établissement pour la construction d’une voiture à énergie solaire. Il a cofondé le laboratoire solaire, qui a donné naissance en 2002 à l’association Eurosolar Luxembourg, présidée par Kox jusqu’en 2019. Du corps enseignant qui a accompagné le projet scolaire au LTAM est issue une nouvelle génération de Verts qui, non seulement protestait contre le nucléaire, mais disposait déjà des compétences techniques nécessaires pour proposer des solutions alternatives. Parmi eux figuraient, outre Kox, l’ancien député du Nord Gérard Anzia, Guy Weiler, actif depuis plus de 15 ans au sein des Verts à Mersch, et Paul Kauten, proche de longue date de Camille Gira et aujourd’hui PDG du fournisseur d’électricité alternatif Eida.
Une année électorale exceptionnelle 1999 fut une année électorale exceptionnelle. Le 13 juin, Henri Kox se présenta pour la première fois aux élections législatives et se classa d’emblée en tête. Cela ne suffit toutefois pas pour remporter un siège. Le 7 août, sa mère décéda. À l’époque âgé de 38 ans, il se sentait très attaché à son engagement et à son héritage politique. Deux mois après son décès, Kox a réussi pour la première fois à entrer au conseil communal. Au cours des années suivantes, sa carrière politique a pris de l’ampleur et il s’est imposé comme l’homme à suivre des Verts dans l’Est. En 2004, il a remporté son premier siège à la Chambre dans la plus petite circonscription électorale ; en 2005, il est devenu premier échevin et, en 2009, à la suite d’un accord de partage des postes conclu avec Jeannot Belling (DP), il a été élu bourgmestre de la Riviera luxembourgeoise. La même année, il a réussi à conserver son mandat dans l’Est. En 2011, il a été reconduit dans ses fonctions de bourgmestre lors des premières élections à la proportionnelle à Remich. Les Verts ont obtenu quatre sièges et ont formé une coalition avec le CSV. Ils ont construit une Maison relais , rénové la piscine, préparé la rénovation de l’Esplanade et raccordé Remich à la station d’épuration de Besch, en Allemagne. Mais ils n’ont pas réussi à maîtriser le problème de la circulation ni à redynamiser le commerce local, ce que le DP leur a reproché pendant la campagne électorale. À la suite d’une campagne de dénigrement sans précédent, menée par Daniel Frères — qui avait quitté le PID, un petit parti issu de l’ADR, pour rejoindre les Pirates —, en collaboration avec Lëtzebuerg Privat contre Kox, les Verts ont perdu deux sièges à Remich en 2017. Frères a réussi à entrer au conseil communal. Au lieu de faire de l’opposition avec lui, Kox, désabusé, s’est retiré de la politique locale.
Il ne garde pas un bon souvenir de son mandat de maire, il a souvent été la cible d’attaques personnelles, et la dernière campagne électorale en particulier a été difficile à supporter, déclare aujourd’hui M. Kox. En 2017, Frères avait commandé à Privat un « dossier spécial » qui avait été distribué gratuitement à Remich et qui traitait « en détail du népotisme, des brimades et des dysfonctionnements qui s’étaient glissés dans la politique communale pendant l’ère Kox ». La plupart des accusations étaient exagérées ou infondées, mais elles ont considérablement nui à la carrière politique d’Henri Kox. Sur au moins un point, Privat n’avait toutefois pas tort : Kox nourrissait depuis des années l’intention de « décrocher un poste de ministre ».
Drame Dès les élections anticipées de 2013, il souhaitait devenir membre du gouvernement au sein de la première coalition tripartite. Félix Braz avait négocié quatre portefeuilles pour les Verts auprès de Xavier Bettel (DP) et d’Étienne Schneider (LSAP). Suite à la décision du parti, qui souhaitait intégrer une femme au gouvernement conformément à ses exigences statutaires en matière d’égalité des sexes, Kox a dû céder la place à Carole Dieschbourg, deuxième sur la liste. En tant que coordinateur et stratège politique du parti dans l’Est, c’est lui-même qui avait recruté Dieschbourg en 2008. Au centre et au nord, les piliers du parti François Bausch et Camille Gira ne voulaient pas renoncer à leur mandat ministériel tant attendu ; au sud, Braz a fait valoir ses prétentions en tant qu’artisan de la formation du gouvernement et est devenu vice-Premier ministre. Le fait que ce soit précisément lui qui ait été écarté a été un véritable drame pour Kox.
En mai 2018, après le décès tragique du secrétaire d’État Camille Gira, Kox a de nouveau eu l’occasion d’entrer au gouvernement, mais cette fois-ci, un autre expert en énergies renouvelables a contrecarré ses plans ; celui-ci n’appartenait toutefois pas à l’entourage du groupe Solar, mais avait acquis son expérience au niveau européen. Après le départ de Gira, les Verts avaient besoin d’un nouveau fer de lance dans le nord pour les élections à la Chambre qui devaient avoir lieu à peine cinq mois plus tard. Leur stratégie a porté ses fruits. Grâce à l’ancien député européen Claude Turmes, le parti a pu améliorer en 2018 son score dans le nord par rapport à 2013, mais n’a obtenu qu’un seul mandat. À l’Est également, les Verts ont gagné trois pour cent, mais l’ancien « homme de l’avenir » n’a pas terminé en tête pour la première fois depuis 1994. Il est resté loin derrière Carole Dieschbourg, qui a conservé son siège. Turmes est devenu ministre de l’Énergie. Kox, politicien chevronné et très apprécié au sein de la Chambre, n’a même pas obtenu la présidence du groupe parlementaire, que les Verts ont confiée à Josée Lorsché. En guise de lot de consolation, il conserva le poste de vice-président du Parlement. Lors des défilés, il pouvait désormais marcher au premier rang aux côtés du président de la Chambre, Fernand Etgen (DP).
Le clan Heureusement, en période de crise personnelle et politique, Henri Kox peut compter sur le soutien de sa femme et de ses dix frères et sœurs. Avec désormais 27 enfants et huit petits-enfants, le clan Kox ne se contente pas de lui apporter un soutien moral. La famille dispose d’un solide réseau social et politique. Son frère Jo, de trois ans son aîné, est depuis 2018 premier conseiller de la ministre de la Culture verte, Sam Tanson. Son frère aîné, Martin, est assesseur des Verts à Esch-sur-Alzette depuis 2013. Sa sœur Antoinette s’est présentée aux élections de 2005 et 2011 pour les Verts à Grevenmacher et siège au comité directeur du club de handball HB Museldall. Son mari, Aly Gary, décédé subitement début 2016, siégeait au conseil communal de Grevenmacher depuis 2005 en tant que conseiller municipal, puis en tant qu’assesseur depuis 2015. Sa fille, Chantal Gary, s’est présentée aux élections de 2018 sous la bannière des Verts et a intégré la Chambre en octobre 2019, lorsque son oncle Henri est devenu ministre. Sa sœur Yolande a cofondé en 2010 la première section locale des Verts dans la commune de Contern et s’est présentée aux élections communales de 2011. D’autres frères et sœurs ont plutôt suivi les traces de leur père. Ses frères Laurent et Benoît sont tous deux entrepreneurs viticoles ; leurs exploitations respectives sont désormais codirigées par leurs enfants.
Henri Kox allie politique et agriculture. La famille de son épouse Corinne pratique la viticulture sur la Moselle depuis cinq générations. En 2001, Sunnen-Hoffmann a été le premier domaine viticole luxembourgeois à passer à l’agriculture biologique. L’une des deux filles de la petite famille Kox-Sunnen prendra prochainement la direction du domaine.
Envie d’agir À 60 ans, Henri Kox approche de l’âge de la retraite. Lorsque son mandat prendra fin dans deux ans, il pourrait se consacrer à ses loisirs : le triathlon, la viticulture ou le jardinage. D’autant plus que les Verts n’ont actuellement pas à se plaindre d’un manque de relève. Mais Kox se sent bien au sein du gouvernement et ne songe pas à s’arrêter. « En 2023, je me présenterai bien sûr à nouveau devant les électeurs. Je veux être jugé sur mon bilan. Je déborde d’énergie et d’enthousiasme », souligne-t-il dans un entretien accordé au journal « Land ». Il a définitivement tourné la page de la politique communale, mais si les Verts devaient se renforcer encore davantage au niveau national en 2023 et si François Bausch mettait à exécution son annonce de ne plus accepter de poste ministériel, le « homme de l’avenir » originaire de l’Est aurait alors la perspective d’occuper un poste de premier plan au sein du gouvernement. Après Bausch, Kox est le Verts le plus ancien au Parlement.
La sécurité intérieure et la construction de logements ne sont pas des domaines qui se prêtent à la recherche de la gloire. Il y aura toujours des personnes qui se sentent en insécurité, et la crise du logement ne sera pas résolue en deux ans, même avec la meilleure volonté du monde. Mais si Henri Kox parvenait effectivement à faire baisser quelque peu les prix de l’immobilier grâce à son changement de paradigme, les nombreux propriétaires se plaindraient de la dépréciation de leurs biens. Si son score électoral personnel en 2023 ne lui permettait pas d’accéder à un poste ministériel ou si les Verts ne faisaient pas partie du gouvernement, il compte céder la place à sa nièce, Chantal Gary. Il pourrait s’imaginer, en tant que « pédagogue technique », initier les nombreux jeunes membres prometteurs aux dossiers complexes et aux secrets de la politique verte. « Au sein du parti, on m’écoute », déclare Henri Kox.