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Institutions et démocratie 6 min de lecture

Le « mystérieux contrat

La France enquête sur un contrat signé en 2017 entre le Fola et le club de foot de Lille, alors présidé par Gerard Lopez et ancien président du club eschois. Pim Knaff est également signataire

Article paru dans Édition avril 2026
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Le 2 novembre 2018, le président du Losc, Gerard Lopez, s’adresse à Marc Ingla, directeur général (et signataire du « mystérieux © Franck Fife / AFP

Vendredi dernier, L’Équipe a révélé « un mystérieux contrat » signé en octobre 2017 par des représentants du Losc et du Fola Esch. Les parties s’y engagent à « promouvoir et valoriser » les joueurs des équipes respectives. Un partage « d’expertise en matière de formation des joueurs » est envisagé. Surtout le CS Fola doit « faire profiter le Losc d’une prestation de scouting et d’un droit de priorité sur le recrutement de ses joueurs ». Le petit club eschois (500 000 euros de budget aujourd’hui) devait donc assurer la supervision des joueurs en développement dans la Grande Région pour un club à trois heures de route, au budget de 75 millions d’euros et comptant dans ses rangs des stars du foot business recrutées par Gerard Lopez (par exemple Marcelo Bielsa comme entraineur et Luís Campos à la direction sportive, maintenant au PSG). Le club de foot de Lille avait été repris quelques mois plus tôt par l’entrepreneur né à Esch (en 1971) grâce à des capitaux levés auprès du fonds Elliott Management. Gerard Lopez avait été président du Fola précédemment.

En échange de la prestation de services du club eschois, notamment des rapports d’informations fournis régulièrement, le Losc devait verser 100 000 euros HT par mois. Un premier paiement de 400 000 euros était même promis dans les sept jours suivant la signature pour englober les quatre premiers mois de la saison (septembre-décembre), des versements à effectuer sur un compte ouvert auprès de la Banque Raiffeisen. Le contrat, consulté par le Land, est daté du 12 octobre et signé côté luxembourgeois par Mauro Mariani, ami de Gerard Lopez qui l’a remplacé à la présidence du Fola, et par Pim Knaff, vice-président du club. L’avocat venait tout juste de remporter le meilleur score pour le parti libéral aux élections communales à Esch-sur-Alzette. Une liste des membres du Fola déposée le 23 octobre 2017 au registre de commerce le désignait bien vice-président depuis le 24 juin. Gerard Lopez était radié. Contacté, Pim Knaff a tenté de couper court à la conversation : « J’ai démissionné du CS Fola en octobre 2017. Je n’ai donc rien à dire à ce sujet ». Puis de compléter une fois confronté à sa signature sur le document,  « plus précisément, j’ai démissionné par courrier du 14/11/2017 et je n’étais aucunement impliqué dans l’exécution du contrat qui a été signé de bonne foi ».

L’Équipe, se basant sur le site spécialiste Transfermarkt, indique qu’aucun échange de joueur n’a été opéré entre les deux clubs entre 2017 et 2019. Quelques joueurs auraient été envoyés en test, « mais ils n’avaient pas le niveau », selon un témoin cité. L’Équipe assure cependant que le CS Fola a « bien reçu la somme de 1,2 million d’euros ». Contactée par le Land pour obtenir les rapports annuels 2017 et 2018, le club répond que le conseil d’administration actuel ne comprend plus aucun membre de la période 2017-2018. « Par conséquent, le conseil d’administration (aujourd’hui présidé par Emil Adrovic, responsable Financial Crime à l’Administration de l’enregistrement et des domaines et transfuge de la Spuerkeess, ndlr) ne dispose pas des documents relatifs à ladite période », poursuit le secrétaire. Ce dernier ne répond pas non plus à la question de savoir si l’argent a bien été versé. Il précise toutefois que « les rapports de scouting (…) auraient bien été transmis à Lille à l’époque », mais le Fola ne serait « plus en possession de ces documents aujourd’hui ». Amnésie administrative donc. Le 5 juin dernier, l’ancien président Josy Dilk saluait la présence de Pim Knaff, représentant de la commune à l’AG du CS Fola, « un ami de longue date ».

Dans L’Équipe, Gerard Lopez se dit (par l’intermédiaire de son avocat) « victime de la vindicte personnelle » du nouveau président du Losc, Olivier Létang : « Il n’était pas le bénéficiaire économique de la structure concernée, ni le décisionnaire du contrat qui devait être approuvé par le conseil d’administration, qu’il ne contrôlait pas (il le présidait, ndlr), et par le fonds d’investissement qui contrôlait le Losc. » L’avocat, Pierre de Combles de Nayves, ajoute que Gerard Lopez n’était pas non plus impliqué dans la gestion quotidienne des contrats, « ni dans le paiement des factures qui étaient suivies par les services juridiques, financiers et opérationnels ». Il sait néanmoins que « des prestations ont bien été réalisées en application des contrat ». Gerard Lopez a été évincé fin 2020 de la direction du Losc par son créancier, le fonds Elliott.

En 2021, après un audit interne, le Losc a porté plainte contre X pour abus de biens sociaux et exercice illégal de la profession d’agent, « considérant être victime d’un certain nombre de contrats signés par l’ancienne direction ». Le club nordiste avait informé d’une perquisition menée en mai 2022 en son siège au Domaine de Luchin. Une perquisition a-t-elle été menée au Fola ? Une demande d’entraide est arrivée en provenance du Tribunal judiciaire de Lille et « elle a été accordée », distille le parquet du Luxembourg. On n’est guère plus loquace dans le Nord : « Le parquet de Lille n’entend pas communiquer sur ces faits pour préserver la manifestation de la vérité. »

Fin mars, L’Équipe relevait que le juriste du club de Lille entre 2017 et 2020 avait plusieurs fois demandé en interne si les conventions liant le Losc aux sociétés contrôlées par Gerard Lopez avaient bien été signées dans l’intérêt économique du club, par exemple au sujet de prestations de scouting facturées à une société détenue par le Luxembourgeois à Londres (Victory Soccer). Un courriel du responsable juridique est cité dans un article daté du 21 mars : « Il ne faudrait pas que la justice considère que la dépense est abusive ou injustifiée car la contrepartie n’est pas réelle ». Le Losc a déjà une cellule de supervision de joueurs qui emploie une dizaine de personnes, est-il détaillé. Les avocats de Gerard Lopez précisent que l’intéressé n’a été « ni entendu, ni mis en examen dans la procédure évoquée ».

Au Luxembourg, Gerard Lopez est inculpé pour faux et usage de faux dans l’affaire des transferts d’argent de l’écurie de Lotus F1, qu’il possédait avec Éric Lux (aussi inculpé) vers le Fola puis vers une société hong-kongaise, Lynx Investments (propriété de son partenaire d’affaires en Formule 1). Deux millions d’euros avaient transité entre 2010 et 2014. Mais seuls 500 000 versés sur un compte du Fola à la BGL ne seraient pas à considérer comme des dons de l’entrepreneur hispano-luxembourgeois au club (d’Land, 5.7.24). Le transfert serait basé sur des factures douteuses considérées comme faux intellectuels par l’accusation. Ce que les accusés (à présumer innocents) contestent. Ces derniers épuisent d’ailleurs tous les recours possibles alors que cette affaire, révélée en 2015 par 100,7, avait mis un certain temps à aboutir à une demande de renvoi devant un tribunal correctionnel, en mai 2022. La Cour de cassation doit maintenant statuer. « Elle a dû attendre une décision de la Cour constitutionnelle pour asseoir son arrêt », éclaire le porte-parole de l’administration judiciaire. « Une décision devrait intervenir dans les semaines à venir. »