Vendredi dernier, le président de la Chambre des députés, Claude Wiseler, n’a pas présidé la séance seul. À sa droite, sur le banc, se trouvait Niels Huberty, le président du Parlement des jeunes. À l’ordre du jour figurait l’audition annuelle au cours de laquelle le Parlement des jeunes présente ses résolutions.
Le Parlement des jeunes est un projet du Conseil des jeunes, qui lui apporte son soutien tant sur le plan organisationnel que pédagogique. Il se compose d’un bureau exécutif, chargé de la direction, ainsi que de cinq commissions permanentes qui élaborent chacune une résolution entre octobre et juin. Cette institution offre à ses 157 membres actuels la possibilité de représenter les jeunes et de donner ainsi des orientations politiques. Grâce à l’audition annuelle, les jeunes peuvent échanger sur la politique nationale et faire savoir « ce qui les préoccupe », comme l’a déclaré M. Wiseler au début de la séance.
La séance a débuté vendredi matin par la résolution de la commission des affaires étrangères et européennes, de la défense, de l’aide au développement et de l’immigration. Cette résolution était consacrée à la réforme des processus démocratiques au sein de l’UE. Le Parlement des jeunes réclame davantage de transparence et de démocratie, deux critiques classiques qui ne sont pas nouvelles pour l’UE. La résolution aborde la désinformation, le manque de transparence en matière de lobbying et l’opacité des processus législatifs. La proposition visant à élire la présidente de la Commission au suffrage direct est intéressante. Cela contribuerait clairement à la transparence, mais risquerait d’inciter les citoyennes et citoyens de l’UE à se focaliser davantage sur les nationalités que sur le fond. Comme l’a montré l’exemple de Nicolas Schmit, tête de liste des sociaux-démocrates pour les élections européennes de 2024, de nombreuses personnalités clés sont très peu connues en dehors de leur pays d’origine.
La présidente de la commission de l’économie et du travail a ensuite présenté la résolution de celle-ci sur l’achèvement du marché unique de l’UE : plus de compétitivité, plus d’investissements, une semaine de quatre jours et davantage d’accords commerciaux, comme celui avec le Mercosur. Cette résolution reste ainsi fidèle aux tendances néolibérales de la politique économique de l’UE. La protection du climat ou l’énergie durable n’ont pas trouvé leur place dans cette résolution, comme l’a également fait remarquer la députée Sam Tanson, des Verts.
Il est intéressant de noter que l’accent a été mis sur le niveau européen, alors que des sujets nationaux tels que les retraites sont d’une actualité brûlante. Cela se comprend toutefois, explique le président du Parlement des jeunes, M. Huberty, dans un entretien accordé au journal « Land » : lors du choix des thèmes, on veille à ce qu’ils soient d’actualité. Mais ce sont les intérêts des membres du Parlement des jeunes, âgés en moyenne de 17 ans, qui sont déterminants. Ce sont les membres d’une commission qui décident, par un vote, du thème sur lequel celle-ci va travailler. « Les retraites n’ont pas été évoquées lors du choix des thèmes », précise M. Huberty, tout en soulignant qu’il s’agit néanmoins d’« un sujet important pour les jeunes ».
La séance s’est poursuivie avec une résolution visant à améliorer la mobilité et une autre portant sur la réforme des stages. Ces propositions ont trouvé un écho favorable auprès de nombreux députés. « Pour moi, ça revient à courir tête baissée », a réagi la députée socialiste Francine Closener.
La commission de l’égalité des chances, de l’intégration, de la culture et de la jeunesse a clôturé les débats par une résolution sur le soutien et la réinsertion socio-économique des sans-abri. Compte tenu des interdictions municipales de mendicité, cette résolution peut être interprétée comme une critique implicite de ces mesures. Niels Huberty souligne que la résolution vise avant tout à déterminer « comment ramener ces personnes au cœur de la société ».
Depuis sa création en 2008, le Parlement des jeunes est devenu une sorte de tremplin vers la politique nationale. La députée européenne Martine Kemp, du CSV, a occupé le poste de vice-présidente du Parlement des jeunes pendant la législature 2011-2012. Jana Degrott, du DP, en a été la secrétaire générale de 2014 à 2015, tandis que Jessie Thill, des Verts, qui a été députée de 2022 à 2023, a siégé au bureau exécutif de 2014 à 2015. Les députés Djuna Bernard, des Verts, et Alex Donnersbach, du CSV, tous deux présents vendredi, se sont également engagés au sein du Parlement des jeunes. Les membres du Parlement des jeunes sont tenus à la neutralité politique. Ils peuvent être membres d’un parti, mais il leur est interdit d’occuper des fonctions au sein de celui-ci et de s’exprimer publiquement sur les préférences de leur parti
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« Ce n’est un secret pour personne que beaucoup passent à la politique nationale après avoir siégé au Parlement des jeunes », estime Niels Huberty. Lui-même souhaite toutefois se concentrer pour l’instant sur ses études. Son passage au Parlement des jeunes a joué un rôle déterminant dans le choix de sa filière. « Avant, je voulais devenir ingénieur, mais aujourd’hui, je fais des études de sécurité. » De ce point de vue, le Parlement des jeunes a largement influencé ses aspirations professionnelles, « et je suis sûr que je ne suis pas le seul dans ce cas », explique-t-il.
Richard Gerdemann, vice-secrétaire général du Parlement des jeunes, fait part au Land d’expériences similaires. « Le Parlement des jeunes a joué un rôle déterminant dans ma décision », raconte Gerdemann, qui étudie l’histoire et les sciences politiques depuis septembre dernier. « Je ne sais pas encore si je me verrai plus tard dans la politique nationale. Mais la politique me tient vraiment à cœur », ajoute-t-il. Certains membres auraient déjà une carrière politique dans les starting-blocks. Au sein du Parlement des jeunes, nombreux sont ceux qui « ont vraiment du talent ». Alexandra Somesan, la secrétaire générale, a elle aussi trouvé son orientation grâce au Parlement des jeunes : « Finalement, j’ai opté pour la psychologie, car j’ai réalisé que je ne souhaitais pas axer ma carrière exclusivement sur la politique. Mais qui sait, je n’exclurais pas cette possibilité pour autant. »
Niels Huberty et Richard Gerdemann soulignent tous deux la dimension sociale du Parlement des jeunes. « Au début, je cherchais un endroit où échanger avec des personnes partageant les mêmes centres d’intérêt », explique Huberty. Le Parlement des jeunes offre « exactement cela ». Il s’y est fait beaucoup de bons amis. « On y rencontre énormément de personnes aux parcours et aux nationalités variés, ce qui permet de ne pas rester enfermé dans sa propre bulle », estime Richard Gerdemann.
Niels Huberty réfute l’idée selon laquelle le Parlement des jeunes serait davantage un projet visant à familiariser les jeunes avec la politique de manière concrète qu’une initiative ayant un impact réel. « Le Parlement des jeunes a de l’influence. Les responsables politiques nous écoutent. On s’en rend particulièrement compte lors des réunions à huis clos avec les ministres, mais aussi lors de séances comme celle de vendredi. »