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Institutions et démocratie 9 min de lecture

Un déménagement bien organisé

Les déclarations du CSV sur la politique climatique et énergétique semblent de plus en plus incohérentes. Mais ce n'est qu'une impression.

Article paru dans Édition août 2022
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Gilles Roth, Martine Hansen, Serge Wilmes, Vincent Reding, Léon Gloden

Le député du CSV Laurent Mosar fait partie de ces responsables politiques qui tentent d’enrichir l’actualité pendant la trêve estivale à l’aide de messages sur Twitter. Certaines sont plutôt d’ordre privé, comme son hommage à Olivia Newton-John, décédée ce mardi. D’autres portent principalement sur le climat et l’énergie. Et à première vue, elles ne semblent pas du tout destinées à un public luxembourgeois, mais plutôt à un public allemand. En effet, depuis un bon mois, M. Mosar s’en prend surtout aux Verts allemands : contrairement à leurs homologues belges et finlandais, ceux-ci n’auraient pas encore compris que la crise énergétique actuelle nécessite le maintien en service des centrales nucléaires.

On ne sait pas très bien si cet avocat d’affaires, devenu expert en énergie, ne se concentre que sur la crise actuelle. Le 4 août, il a déclaré : « Ce n’est qu’avec un mix énergétique intelligent, composé d’énergies renouvelables, d’hydrogène, d’énergie nucléaire et, à l’avenir, peut-être de fusion nucléaire, que nous parviendrons à mener à bien la transition énergétique. » À la question d’un utilisateur de Twitter : « Vous réclamez donc une centrale nucléaire au Luxembourg ? », il a répondu qu’il fallait lire tous ses tweets « attentivement ». « Vous auriez alors remarqué que je considère l’énergie nucléaire comme une technologie de transition importante et que je plaide pour que les centrales nucléaires existantes continuent de fonctionner ». Comme le Luxembourg n’en possède aucune, « la question ne se pose donc pas chez nous ». Quiconque lit attentivement les tweets de Mosar peut toutefois se demander s’il considère réellement le changement climatique et ses conséquences comme un véritable problème : « Peut-on encore se réjouir du beau temps aujourd’hui ? », a-t-il demandé le 23 juillet sur les réseaux sociaux. Et le 6 août : « Peut-on encore dire que l’été a été plutôt agréable jusqu’à présent ? » Le juriste accepte que certaines réactions à ses propos puissent constituer des insultes passibles de poursuites pénales.

On pourrait considérer cela comme un simple fait divers médiatique si cela n’était pas révélateur des positions du CSV en matière de politique climatique et énergétique, ainsi que de la manière dont le parti les fait passer auprès du public. « Pragmatique » et « non idéologique », telle est leur politique, selon ceux qui la défendent publiquement en première ligne : le tandem de présidents de groupe Martine Hansen et Gilles Roth, le député Paul Galles et, de temps à autre, le président du parti Claude Wiseler. Laurent Mosar est relativement nouveau en tant que porte-parole en matière de politique environnementale, mais il est tout de même le porte-parole du groupe parlementaire pour la politique économique.

D’un point de vue pragmatique, axé sur la faisabilité, on n’aurait pas forcément pu comprendre cette résolution de huit pages sur la croissance, la protection du climat et la construction de logements, adoptée le 9 novembre 2019 par un congrès extraordinaire à Rodange avec une seule abstention. En effet, ce document de référence, qui fait encore aujourd’hui autorité au sein du parti, stipule par exemple que la neutralité climatique doit être inscrite dans la Constitution en tant qu’objectif national. Ou encore que les émissions de CO₂ luxembourgeoises doivent être « réduites radicalement et sans délai » et « ramenées pratiquement à zéro à moyen terme ». L’idée de taxer davantage les « voitures particulièrement polluantes » était également remarquable sur le plan politique. Tout comme la nécessité d’instaurer un « prix du CO₂ » sur les énergies fossiles.

Ceux qui ont retenu ces points auraient pu penser que le Parti populaire, relégué pour la deuxième fois dans l’opposition un an auparavant, souhaitait jouer le rôle de contrepoids en matière de politique environnementale face à une majorité dont font partie les Verts. Six mois plus tôt, le 16 mai 2019, lors d’une séance d’actualité au Parlement, Gilles Roth avait reproché au gouvernement en place depuis 2013 « six années de politique climatique ratée sous les Verts » : le Luxembourg était en passe de manquer son objectif climatique européen pour 2020 et occupait la dernière place du classement européen en matière d’énergies renouvelables. Mais surtout, Roth avait alors attaqué les Verts avec une agressivité jusqu’alors rarement vue. Le lendemain, le journal *Das Wort* constatait que, apparemment, le CSV avait désigné les Verts comme son « adversaire préféré » et qu’il fallait se demander si les deux partis pourraient un jour former un gouvernement ensemble. Ce qui ne semblait pas du tout farfelu lors de la campagne électorale de 2018.

En mai 2019, Gilles Roth avait encore rejeté l’idée d’une « taxe nationale sur le CO₂ » : le CSV y était « clairement opposé », avait-il déclaré devant l’assemblée plénière. En approuvant un « prix du CO₂ » dans sa résolution de novembre, le CSV semblait avoir changé d’avis. Mais en lisant attentivement la résolution, on constatait que le CSV envisageait une taxe « portant notamment sur les » combustibles fossiles « qui ne sont aujourd’hui soumis à aucune accise, ni au Luxembourg ni ailleurs dans l’UE ». Dans la mesure où cela aurait été politiquement opportun, cela n’aurait pu désigner qu’une taxe sur le kérosène d’aviation. Mais pas sur le diesel, l’essence, le gaz et le fioul domestique.

C’est précisément ce qui frappe chez le CSV depuis un bon trois ans : en matière de climat et d’énergie, il se contente d’arguments superficiels et se permet des contradictions. Il est conscient qu’il ne peut pas négliger politiquement la protection du climat et la transition énergétique ; les gains enregistrés par les Verts lors des dernières élections le lui ont bien montré. En réalité, la politique climatique du gouvernement est également pragmatique ; on ne pourrait d’ailleurs pas s’attendre à autre chose de la part d’une coalition DP-LSAP-Verts. Pour se démarquer ne serait-ce qu’un peu de celle-ci, le CSV doit adopter un discours encore plus favorable au marché et à la technologie. C’est pourquoi, en octobre dernier, lors du débat sur l’état de la nation, Martine Hansen a longuement expliqué que des scientifiques de l’Institut allemand Fraunhofer avaient déclaré à une délégation du parti qu’il fallait rester « ouvert à toutes les technologies ». Il ne s’agit pas seulement de vouloir de l’hydrogène produit à partir d’électricité verte, mais aussi de l’hydrogène « turquoise », issu du gaz naturel. Et il ne faut pas négliger la fusion nucléaire. Interrogée sans relâche par le vice-Premier ministre vert François Bausch, Martine Hansen a fini par s’énerver : « Nous sommes contre l’énergie nucléaire. Et je pense que je ne peux pas être plus claire. Voilà ! »

Ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui. Il suffit de voir les tweets de Laurent Mosar ou la déclaration de Claude Wiseler au Parlement peu après l’invasion russe en Ukraine, selon laquelle il ne fallait désormais plus exclure « de manière pragmatique » l’énergie nucléaire ; l’Allemagne serait bientôt prête. Le fait que le CSV ait suspendu, fin juin, son adhésion au Comité d’action contre le nucléaire est, de ce point de vue, une décision cohérente. Mais il serait probablement erroné d’y voir une conséquence de tout ce chaos.

Une chose est sûre : le groupe parlementaire du CSV ne compte plus dans ses rangs d’expert en énergie tel que Marcel Oberweis, ni de pionnier de l’écologie tel que Marco Schank. Il n’y a tout simplement personne capable de défendre des projets cohérents en s’appuyant sur une expérience et une expertise personnelles. Mais ce n’est pas grave, si l’objectif stratégique du Parti populaire n’est pas de sauver le climat par une politique « radicale », mais de revenir enfin au gouvernement en 2023. Dans ce cas, la crise actuelle est l’occasion rêvée de raconter que la pauvreté due aux prix élevés de l’énergie touche désormais « jusqu’à la classe moyenne », comme l’a fait Gilles Roth à plusieurs reprises avant les vacances d’été, et de se précipiter autour de la date d’expiration de la remise de 7,5 centimes sur le carburant comme autour du veau d’or. Lorsque Roth a donné raison à l’ADR le 28 juin, affirmant que les accises luxembourgeoises sur les carburants devaient rester « durablement » inférieures à celles des pays voisins afin de préserver pour le Trésor public les recettes issues du tourisme à la pompe, cela aussi peut être présenté comme une approche « pragmatique ». Mais rares sont ceux qui savent qu’en mai 2019, il s’était indigné de voir le tourisme à la pompe s’intensifier malgré la présence des Verts au gouvernement.

Il n’en reste pas moins qu’une certaine méthode règne au sein du groupe parlementaire. Les débats sur le climat et l’énergie vont bon train. Les rôles sont attribués à Martine Hansen et Gilles Roth, respectivement dans ceux de « taquineuse » et de protagoniste d’une politique « pour les petites gens », que Frank Engel, du CSV, avait à l’époque imposée comme ligne directrice. Pour les véritables militants pour le climat, le théologien Paul Galles incarne le « vert » du parti : il souhaite mettre fin aux participations du fonds de retraite dans les entreprises pétrolières et nucléaires, cite Greenpeace et, avec un geste pastoral, invoque la nature et l’environnement comme des « valeurs ».

En réalité, le CSV poursuit des objectifs très terre-à-terre, que Laurent Mosar laisse entrevoir dans ses tweets : affaiblir les Verts, car cela affaiblit la coalition. On met l’accent sur les questions sociales de manière populiste (« Monsieur Turmes, au Luxembourg, les gens ont froid ! »), car cela ne peut pas laisser le LSAP indifférent. C’est avec lui que le CSV, qui n’a rien de nouveau, préférerait former une coalition. Pour ramener l’ancien à la tête du pays. Probablement avec de vieux esprits. Une approche aussi conservatrice sur le plan structurel que celle qui consisterait à maintenir en service les centrales nucléaires.