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Environnement 19 min de lecture

Sans la bonne volonté des agriculteurs, nous ne parviendrons jamais à assurer le bon état écologique des eaux

Le directeur de l'Agence de gestion de l'eau, Jean-Paul Lickes, explique les conséquences de la croissance sur l'approvisionnement en eau potable, l'impact de l'agriculture intensive sur la qualité de l'eau et pourquoi la prévention et l'information sont plus efficaces que les systèmes d'alerte en cas de fortes pluies et d'inondations

Article paru dans Édition mai 2022
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d’Land : Monsieur Lickes, il a très peu plu ces dernières semaines. Quelle est la situation concernant les réserves d’eau potable au Luxembourg ?

Jean-Paul Lickes : Dans le lac de retenue, nous avons atteint pendant les mois d’hiver le niveau de 319 mètres que nous nous étions fixé comme objectif, ce qui nous permet de disposer de réserves suffisantes. Outre l’ancienne installation située près d’Esch-sur-Sûre, la nouvelle centrale de production du Sebes (Syndicat des eaux du barrage d’Esch-sur-Sûre) à Eschdorf est désormais également en phase d’essai à mi-capacité. Nous sommes donc en sécurité sur ce plan.

Combien de communes sont raccordées au réseau Sebes ?

Ce sont principalement les communes qui sont membres d’un syndicat des eaux. Environ 80 % de la population est raccordée au réseau de Sebes, à condition que leurs infrastructures d’eau potable le permettent.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Je vais vous donner un exemple : le réseau de distribution d’eau des Ardennes (DEA), dans le nord, est assez ramifié, avec des canalisations étroites et de nombreux petits réservoirs. On observe également ce genre de situation à l’est. De nombreux villages se sont développés ces dernières années, notamment grâce à l’agriculture et au tourisme, sans que les infrastructures de base n’aient suivi ce rythme de croissance. C’est surtout en été qu’il arrive que les canalisations ou les réservoirs ne soient pas assez grands pour approvisionner suffisamment en eau les habitants, les zones industrielles et les exploitations agricoles, alors même que le lac de retenue produit suffisamment d’eau potable.

Qui est responsable de l’extension des réseaux ?

L’Office de la gestion de l’eau exerce une fonction de contrôle ; il peut cofinancer les infrastructures en collaboration avec le ministère ou mettre en place des mesures incitatives, mais la décision finale revient aux communes. Nous ne pouvons pas les obliger à construire de nouvelles canalisations ou de nouveaux réservoirs ; elles jouissent en effet de l’autonomie communale.

D’où provient l’eau potable des communes qui ne sont pas membres d’un syndicat ?

Les 23 communes qui ne font pas partie d’un syndicat disposent de leurs propres sources. Il s’agit principalement de communes situées à l’est et à l’ouest du Luxembourg. Ces dernières années, cela a parfois posé problème, car lorsque leurs sources ne suffisent pas, elles n’ont pas la possibilité de s’approvisionner en eau potable ailleurs. C’est pourquoi nous essayons d’inciter ces communes à rejoindre un syndicat. Comme cela implique pour elles un investissement plus important, elles manquent parfois de motivation pour le faire. Il existe toutefois déjà des communes qui disposent à la fois de leurs propres sources et qui font partie d’un syndicat, et qui tirent ainsi profit des deux.

Pourquoi l’eau de source vient-elle à manquer dans ces communes ?

De nombreuses communes ont connu une forte croissance ces dernières années. Un autre problème réside dans le fait que les exploitations agricoles ont considérablement gagné en taille. Une vache consomme plus d’eau qu’un être humain. Lorsqu’un agriculteur fait passer son cheptel de 50 à 250 vaches, cela revient à la création d’un nouveau lotissement. Pour une commune, cela peut représenter un véritable défi.

Pouvez-vous nous aider dans ce cas ?

C’est difficile en raison des nombreuses servitudes. La nouvelle loi sur l’eau autorise certes les expropriations pour poser des canalisations, mais en raison des appels d’offres publics, leur mise en place peut prendre des années.

Il arrive parfois que les sources d’eau deviennent « impropres à la consommation » parce qu’elles contiennent des pesticides. Que peut-on faire pour y remédier ?

Pour éviter cela, presque toutes les sources actuellement en service ont été entourées d’une zone de protection. Malgré cela, il n’est pas possible d’éviter totalement toute contamination. Les sources actuellement hors service en raison de teneurs trop élevées en pesticides ou de résidus de nitrates pourraient approvisionner 65 000 habitants en eau potable. Cette eau doit être retraité à l’aide de mesures complexes et coûteuses. Et ce, à une époque où l’eau potable menace de se raréfier.

Il y a quatre ans, Carole Dieschbourg, alors ministre de l’Environnement, avait annoncé qu’il fallait s’attendre à des pénuries d’eau potable vers le milieu des années 2030. Quelle est la situation aujourd’hui ?

J’estime actuellement que l’horizon se situe en 2035 ou 2038. La stratégie en matière d’eau potable repose sur trois piliers. Nous mettons en place des zones de protection autour des sources et du lac de retenue. Grâce à une stratégie cohérente d’économie d’eau, nous souhaitons réduire la consommation par habitant : rien que pour les ménages, la consommation annuelle par habitant s’élève actuellement à 130 litres, et à environ 200 litres si l’on inclut l’industrie et le commerce. Enfin, nous souhaitons exploiter des ressources supplémentaires. Nous ne souhaitons toutefois pas exploiter davantage les réserves d’eau souterraines afin d’éviter toute surexploitation. Nous souhaitons plutôt utiliser les eaux de surface à cette fin.

En 2018, Carole Dieschbourg avait évoqué comme solution possible le captage d’eau potable dans la Moselle par filtration sur les berges. Ce projet a-t-il été mis en œuvre depuis ?

Nous avons déjà fait réaliser des études sur le mode de traitement et sur la manière de relier le réseau de distribution de la Moselle à celui de la Sebes. Plusieurs options sont envisageables, mais nous souhaitons remédier à certaines lacunes qui existent actuellement dans le réseau de distribution à l’est. Dans la région de la Moselle notamment, certaines communes ont connu une forte croissance et rencontrent quelques difficultés en matière d’approvisionnement en eau. Nous souhaitons les raccorder directement au réseau.

La loi sur l’eau de 2008 a instauré le principe de couverture des coûts, qui visait à inciter les citoyens à économiser l’eau en augmentant les tarifs. Cela a-t-il fonctionné ?

Je ne pense pas, car contrairement à l’essence, la plupart des gens ne savent même pas combien coûte l’eau du robinet. L’approvisionnement en eau potable et l’assainissement étant gérés par les communes, le Luxembourg compte autant de tarifs différents pour l’eau qu’il y a de communes. La hausse des tarifs liée au principe de couverture des coûts devrait en principe permettre à toutes les communes de disposer de suffisamment de moyens pour entretenir leurs infrastructures. À cela s’ajoutent deux redevances : l’une pour le prélèvement d’eau potable et l’autre pour le rejet des eaux usées épurées. Cet argent est versé au fonds de l’eau, qui sert à financer des mesures dans les zones de protection. Au Luxembourg, le prix de l’eau se situe entre 5 et 7,50 euros par mètre cube. À l’échelle européenne, ce prix se situe plutôt dans la moyenne.

L’eau potable va-t-elle encore augmenter à l’avenir ?

Je pense que nous sommes actuellement dans une situation relativement favorable.

Il y a quelques années, on envisageait d’importer de l’eau potable si le Luxembourg continuait à se développer à ce rythme. Est-ce toujours d’actualité ?

Nous avons examiné différents scénarios. Pour importer de l’eau d’Allemagne, il faudrait construire près de 80 kilomètres de canalisations. Outre la complexité de la procédure d’autorisation, cela reviendrait très cher et le rapport coût-bénéfice ne serait pas favorable. De plus, il est en principe préférable de maintenir l’approvisionnement en une ressource primaire telle que l’eau sur son propre territoire.

En 2000, la directive-cadre européenne sur l’eau a été adoptée ; elle prévoyait que tous les cours d’eau devraient être en bon état d’ici 2015. Or, la qualité écologique des cours d’eau au Luxembourg n’est toujours pas satisfaisante. Seuls 51 % des rivières et ruisseaux présentent un état moyen, 23 % un état insatisfaisant et 20 % un état mauvais. À quoi cela est-il dû ?

Nous nous trouvons dans une situation similaire à celle des autres pays du Benelux et de régions telles que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. À l’instar de ces dernières, nous présentons une forte densité de population et une part importante d’agriculture intensive. Dans le cas du Luxembourg, la situation est encore aggravée par le fait que le pays est situé à la ligne de partage des eaux entre le Rhin et la Meuse. Cela signifie que, bien que nous soyons un pays riche en sources, nos cours d’eau sont tous, d’un point de vue hydrologique, des ruisseaux aux petits bassins versants. À l’exception de la Moselle, qui ne fait que longer notre pays, nous ne disposons d’aucun grand fleuve.

Qu’en est-il de l’Alzette et de la Sauer ?

Même l’Alzette et la Sauer sont, à l’échelle internationale, des cours d’eau plutôt modestes. Elles se caractérisent par un débit nettement plus important en hiver qu’en été. Les périodes de sécheresse plus longues dues au changement climatique ont en outre pour conséquence que le niveau d’eau des ruisseaux est très bas en été. En raison de la forte densité de population, les petits cours d’eau tels que l’Eisch ou la Mamer – mais aussi l’Alzette – sont composés, pendant les mois d’été, jusqu’à 70 % d’eaux usées épurées et ne transportent plus que très peu d’eau de source. Bien que nos stations d’épuration soient assez efficaces, il est pratiquement impossible d’atteindre à elles seules un bon état écologique.

Avons-nous besoin de stations d’épuration encore plus performantes ?

Nous modernisons nos stations d’épuration de manière relativement systématique. Des bureaux d’études internationaux y participent souvent. Lorsque je leur présente les valeurs de rejet qu’ils doivent respecter, ils estiment que cela n’est pas réalisable sur le plan financier. Mais c’est la seule possibilité dont dispose le Luxembourg pour parvenir un jour à un bon état écologique. La technologie nécessaire à cet effet est très coûteuse. Les communes ne s’en réjouissent pas, car elles doivent en assumer une partie des coûts. Par habitant équivalent, le Luxembourg dispose des stations d’épuration les plus chères d’Europe.

La qualité des cours d’eau est médiocre, tant sur le plan écologique qu’hydromorphologique. Or, la renaturation des ruisseaux et des rivières permettrait non seulement d’améliorer la qualité de l’eau, mais aussi de prévenir les inondations. Pourquoi si peu de mesures ont-elles été prises dans ce domaine jusqu’à présent ?

Pour pouvoir aménager un corridor écologique en vue de la renaturation d’un ruisseau, il faut de l’espace sur les deux rives. Et pour disposer de cet espace, il faut des terrains. Or, en raison de la forte pression sur les prix, il est presque impossible de trouver encore quelqu’un qui souhaite vendre un terrain. Même au bord d’un ruisseau.

Le plan de gestion de l’eau montre que les cours d’eau sont fortement pollués par les pesticides et les nutriments.

Les champs continuent de rejeter trop de nutriments et de pesticides dans les cours d’eau. Cela fait dix ans que nous menons des discussions très difficiles avec le secteur agricole à ce sujet. Chaque fois que nous sommes sur le point de trouver une solution, il se passe quelque chose qui fait tout capoter. Actuellement, c’est la guerre en Ukraine qui pousse les agriculteurs à penser qu’ils doivent à nouveau produire davantage de blé, ce qui, selon eux, les autoriserait à recourir à une fertilisation plus intensive. Le secteur agricole saisit la moindre occasion pour s’accrocher au mode de production intensif traditionnel. Même des mesures aussi simples que la mise en place de bandes riveraines, où l’on ne cultive pas sur cinq à dix mètres juste à côté des cours d’eau, sont très difficiles à mettre en œuvre. Or, sans la bonne volonté des agriculteurs, nous ne parviendrons jamais à atteindre le bon état écologique des cours d’eau.

Afin d’inciter le secteur agricole à mettre en œuvre des mesures de protection des eaux, des partenariats ont été mis en place entre les communes, les syndicats, les agriculteurs et l’État. Les agriculteurs qui y participent bénéficient d’un soutien financier. Comment cette initiative est-elle accueillie par les agriculteurs ?

Le problème, c’est que si 80 % des agriculteurs participent à la coopérative et que 20 % ne le font pas, il peut arriver que ces 20 % réduisent presque à néant le bon travail des 80 %.

Des algues bleues se développent chaque année dans les embouteillages. Représentent-elles un danger pour l’eau potable ?

Les algues bleues ne posent pas de problème majeur pour le traitement de l’eau potable, mais plutôt pour la baignade. Elles se développent principalement en raison des nutriments, notamment le phosphore, qui sont emportés par les eaux de pluie depuis les sols fertiles vers le lac, par exemple lors d’averses.

Et les pesticides ?

Les pesticides n’ont rien à faire dans le lac de retenue, c’est pourquoi nous avons délimité des zones protégées. Nous ne pouvons bien sûr pas tout éliminer du jour au lendemain, mais nous travaillons, dans le cadre de la coopération agricole, à réduire au minimum les apports de pesticides et de nutriments dans le lac de retenue.

Il y a quelques années, une brasserie luxembourgeoise a réalisé un forage profond et découvert de l’eau minérale datant de 30 000 ans, issue de la période glaciaire, qui serait « exempte de toute pollution humaine », y compris de nitrates, ce qu’elle a fait certifier par l’institut de recherche List. À l’avenir, l’eau propre ne sera-t-elle plus disponible que sous forme d’eau minérale en bouteille ?

Tout d’abord, je tiens à souligner que cette brasserie n’a pas bénéficié d’une augmentation de ses subventions. Deuxièmement, la question se pose de savoir ce qu’est une eau propre. Une source naturelle, non polluée par l’activité humaine, située dans une forêt, peut présenter une teneur naturelle en nitrates comprise entre cinq et huit milligrammes. Tout ce qui dépasse cette valeur est d’origine humaine. Nous voulons limiter la teneur en nitrates des sources à 25 milligrammes. Or, elle est plus élevée en de nombreux endroits. La valeur limite est fixée à 50 milligrammes ; au-delà de cette valeur, nous coupons l’alimentation de la source. Aucun robinet ne délivre d’eau contenant plus de 50 milligrammes de nitrates. Et cela est tout à fait acceptable et sans danger pour la santé. Il en va de même pour les pesticides. Nulle part, l’eau qui coule du robinet ne doit présenter une concentration problématique en micropolluants. Dans une société où la production industrielle existe depuis plus de 200 ans, nous sommes toutefois tous exposés à des perturbateurs endocriniens. À ce jour, personne ne sait exactement comment ceux-ci interagissent entre eux, car la plupart de ces substances ne font l’objet que d’études toxicologiques individuelles. En ce qui concerne l’eau potable, nous sommes toutefois sur la bonne voie au Luxembourg et je peux affirmer en toute bonne conscience que tout le monde ici peut boire l’eau du robinet. La réglementation sur l’eau potable est même plus stricte que celle sur l’eau minérale. Il arrive néanmoins que l’eau potable ne soit pas conforme, mais ces problèmes sont dans la grande majorité des cas d’origine domestique, par exemple lorsque les filtres à eau d’une habitation ne sont pas nettoyés ou que les installations de récupération des eaux de pluie sont mal raccordées.

Ces dernières années, des pluies intenses et persistantes ont provoqué à plusieurs reprises des inondations. En 2016, on a parlé de « pluies du siècle », et en 2021, d’« inondations du siècle ». Comment expliquer ces phénomènes ?

À cause du changement climatique. L’été dernier, nous avons effectivement eu des pluies persistantes, mais elles ont ensuite été accompagnées de pluies torrentielles. Nous avons eu de la chance, car à 100 kilomètres de chez nous, il est tombé 80 litres de pluie de plus. Si cela s’était produit chez nous, il y aurait très probablement eu des morts ici aussi.

Lors des fortes pluies de 2016, tout s’est passé très vite. L’année dernière, cependant, les sols étaient déjà saturés depuis plusieurs jours. N’aurait-on pas dû voir venir cette catastrophe ?

Nous étions à la limite de ce qu’avaient prévu les services météorologiques allemands et français. Les cellules orageuses peuvent évoluer de manière extrême en l’espace de quelques heures. C’est difficile à expliquer aux gens, et ils ont du mal à accepter cette imprévisibilité. Malgré notre société hautement technologisée, nous ne pouvons pas tout prévoir. Comme nous nous attendions à une crue survenant tous les deux à cinq ans, nous avons alerté les exploitants de campings et les ouvriers des chantiers situés le long des rivières. Nous n’avions bien sûr pas envisagé d’emblée une crue centenaire.

Personne n’est décédé au Luxembourg, mais les dégâts matériels ont été importants. Cela aurait-il pu être évité grâce à un meilleur système d’alerte précoce et à une intervention plus rapide ?

Tous les Länder ont été pris au dépourvu par la violence de cette crue soudaine, y compris le nôtre. Le ministère de l’Intérieur a désormais amélioré le système d’alerte. L’échange d’expériences entre l’Office de gestion des eaux, le Haut-Commissaire à la sécurité nationale et le CGDIS se poursuit. Contrairement au système européen d’alerte aux crues EFAS, qui établit des prévisions régionales dont le CGDIS ne peut guère tirer parti, nous nous efforçons de prévoir avec précision les niveaux d’eau des cours d’eau et des localités. En effet, le CGDIS doit savoir exactement où déployer ses équipes de secours.

Les crues soudaines sont difficiles à prévoir à l’aide des satellites météorologiques. C’est pourquoi, il y a dix ans, l’institut List a mené des essais visant à déterminer comment ces phénomènes pouvaient être détectés à l’aide de liaisons radio mobiles. Cela a-t-il abouti à quelque chose ?

Le projet pourrait encore être mené en collaboration avec la Poste. Mais imaginons que nous sachions que, dans 25 minutes, il va tomber 70 litres de pluie par mètre carré à Redange. Un habitant de cette commune travaille à Luxembourg-ville et apprend la nouvelle. Que fait-il alors ? Prend-il sa voiture et file-t-il chez lui à 120 km/h ? Les gens se précipitent-ils à la cave pour sauver rapidement quelques affaires ? Se mettent-ils ainsi eux-mêmes en danger ?

Vaut-il mieux ne pas les avertir ?

Nous avons établi des cartes des pluies torrentielles sur lesquelles sont indiqués les points à risque à l’échelle nationale, qu’il s’agisse d’un ruisseau ou du point le plus bas d’un village, où il n’y a peut-être aucun cours d’eau, mais où le risque est tout aussi élevé. De cette manière, les habitants peuvent vérifier sur le géoportail si leur maison se trouve ou non dans une zone à risque.

Si l’on part du principe que les phénomènes extrêmes se produiront plus fréquemment à l’avenir, voire deviendront la norme, il faudrait mieux s’y préparer. Après les inondations dans la vallée de l’Ernz, vous aviez déclaré au Land à l’été 2016 : « Nous n’en sommes pas encore loin en matière de prévention des fortes pluies. Il reste encore beaucoup à faire en matière de séparation des eaux pluviales et des eaux usées (…) Quant à la réduction du ruissellement sur les versants, nous en sommes encore au point zéro. » Quel est votre bilan six ans plus tard ?

Outre la renaturation des sols, la culture de certaines plantes pose également des difficultés. C’est notamment le cas du maïs, car il imperméabilise le sol, presque comme du béton, empêchant ainsi l’eau de s’écouler. Or, la culture du maïs est très répandue au Luxembourg. L’imperméabilisation des sols dans les zones de construction neuve constitue un autre problème. L’Office de la gestion des eaux s’efforce de limiter autant que possible la part d’imperméabilisation, mais les maîtres d’ouvrage ne veulent souvent pas entendre parler de toitures végétalisées ou de parkings végétalisés. À notre avis, les abris de voiture pourraient eux aussi être équipés sans problème d’un toit végétalisé. De telles mesures seraient très efficaces en cas de fortes pluies si elles étaient mises en œuvre de manière systématique. Le Danemark et les Pays-Bas sont déjà bien plus avancés dans ce domaine.

Le Luxembourg n’est désormais plus tenu de payer les amendes infligées par la Commission européenne pour non-conformité de ses stations d’épuration. Pourtant, il y a encore quelques années, de nombreuses installations mécaniques étaient obsolètes et trop petites. En 2017, 1 % de la population n’était même pas raccordée à une station d’épuration.

Il ne nous reste plus que quelques stations d’épuration mécaniques, la plupart situées dans l’Ösling. Nous sommes désormais passés en grande partie à un traitement chimique.

En raison de la forte croissance démographique, les grandes stations d’épuration biologiques doivent déjà être agrandies, alors que certaines n’ont été inaugurées qu’il y a quelques années. Le Luxembourg devrait-il planifier ses projets avec plus de prévoyance ?

Lorsque la station d’épuration de Beggen a été inaugurée en 2012, elle aurait dû fonctionner jusqu’en 2035. Personne ne s’attendait sans doute à une croissance démographique aussi forte dans la ville de Luxembourg.

À Esch-sur-Alzette, le problème est le même. La station d’épuration de Schifflingen est actuellement en cours d’agrandissement, mais elle pourrait bientôt s’avérer à nouveau trop petite.

Le site de Schifflingen n’est pas suffisant. Selon toute vraisemblance, il faudra trouver un deuxième site pour permettre une extension supplémentaire.

Tout comme les captages, la renaturation et la protection contre les crues, les stations d’épuration relèvent de la compétence des communes et des syndicats intercommunaux. Un modèle centralisé ne serait-il pas plus efficace ?

D’une manière générale, on peut se demander si nous n’avons pas trop de syndicats. Rien que dans le sud, il y en a trois. Est-ce que cela fonctionnerait mieux avec un seul syndicat ? C’est aux élus locaux de répondre à cette question.

Le plan de gestion visant à mettre en œuvre la directive-cadre européenne sur l’eau existe depuis 15 ans. On en est désormais au troisième cycle, et le projet ne cesse de s’étoffer. Êtes-vous satisfait des résultats obtenus jusqu’à présent par le Luxembourg ?

En matière d’expertise, nous disposons désormais d’une bonne vue d’ensemble de nos cours d’eau. Le changement climatique constitue un nouvel élément qui n’avait pas encore joué un rôle aussi important dans la première version du projet. Nous sommes devenus plus participatifs et avons enregistré quelques succès. Contrairement à d’autres pays, nous maintenons des objectifs ambitieux, ce qui est également à mettre au crédit de Carole Dieschbourg. Il y aura sans doute encore un quatrième et un cinquième cycle, car je suis presque certain qu’aucun pays ne respectera la directive-cadre sur l’eau d’ici 2027.

Chimiste libéral spécialisé dans l’eau

Jean-Paul Lickes (52 ans) travaille depuis 2000 à l’Office de la gestion de l’eau, d’abord en tant qu’ingénieur, puis en tant que responsable du laboratoire. En 2010, il est devenu directeur adjoint, puis, en 2014, il a pris la direction de l’administration à la suite d’André Weidenhaupt, lorsque celui-ci est devenu premier conseiller d’État de l’ancienne ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg. Titulaire d’un doctorat en chimie, il siège depuis 2017 au conseil communal de Habscht sous les couleurs du DP et s’est présenté aux élections législatives de 2009 dans la circonscription sud. Lickes est également membre du conseil d’administration de l’Alliance des humanistes, athées et agnostiques du Luxembourg (AHA).