Règles « Hé, mon ami ! C’est la première fois que tu viens ici ? À l’intérieur, il est interdit de fumer. Je vais t’expliquer les règles », me lance d’un ton bourru l’homme de deux mètres de haut, agent de sécurité privé, devant l’entrée. Il ne le fait sans doute pas exprès, mais à cause de sa stature imposante, tout ce qu’il dit et fait semble quelque peu menaçant. À côté de lui, alignées sur une table pliante en bois, se trouvent plusieurs flacons de déodorant qui, tout comme les boissons apportées par les visiteurs, sont considérés comme des produits dangereux dans la piscine publique en plein air de Dudelange. « Je suis déjà venu. Je sais qu’il est interdit de sortir pour fumer, une fois qu’on est dedans », réponds-je, un peu gêné, en tirant une dernière bouffée avant de jeter le mégot dans la poubelle située un peu plus loin. Mais l’agent de sécurité me fait signe de revenir. « Les shorts sont interdits. Montre-moi ton maillot de bain. » Je le savais déjà, c’est pourquoi j’avais emporté mon maillot de bain moulant. J’ouvre mon sac et le montre au videur. Il a l’air satisfait : « Ça va, tu peux y aller. »
En ce début de soirée de vendredi, la piscine en plein air n’est pas aussi fréquentée que le dimanche après-midi d’il y a trois semaines.
Cette fois-ci non plus, le bassin de 50 mètres n’est pas très fréquenté. Le soleil se couche peu à peu derrière le bâtiment principal, là où se trouvait autrefois l’entrée. Malgré tout, l’eau reste agréablement chaude en raison de la température extérieure exceptionnellement élevée. Je fais mes longueurs, en alternant brasse et nage libre. 50 mètres, c’est long ; j’aurais mieux fait de ne pas fumer cette dernière cigarette.
Même si le bassin est immense, je dois faire très attention à ne pas entrer en collision avec les autres nageurs : des adolescents qui se jettent courageusement du plongeoir de cinq mètres et veulent sortir de l’eau le plus vite possible pour oser un nouveau saut ; des dames d’un certain âge qui font tranquillement leurs longueurs, en prenant grand soin que leurs cheveux n’entrent pas en contact avec l’eau ; des couples qui, étroitement enlacés, s’adonnent à leur amour ; des pères avec leurs enfants qui nagent en largeur plutôt qu’en longueur, car la distance est plus courte ; des adolescents qui font des sauts périlleux depuis le bord du bassin et dérivent ensuite quelques secondes, désorientés ; un nageur sportif musclé, équipé de palmes, qui fend l’eau à la vitesse d’une flèche. Surtout en nage libre, il n’est pas facile de tous les garder à l’œil.
Nage à contre-courant À ce moment-là, j’aimerais être riche et avoir une maison avec un jardin et une piscine privée. Bien que celles-ci soient en réalité bien trop petites pour nager des longueurs, les innovations techniques permettent désormais de pratiquer la natation sportive même dans de petites piscines. Grâce à un système dit « à contre-courant », on nage littéralement à contre-courant d’un courant généré artificiellement, sans pour autant se déplacer sur place. Mais même sans système de nage à contre-courant, une piscine privée peut tout à fait être agréable : après une longue journée de travail sous la chaleur, elle offre un moment de fraîcheur et, accompagnée d’une boisson fraîche (et d’une cigarette), un plongeon peut s’avérer très relaxant. Les enfants peuvent s’y amuser pendant les longues vacances d’été, les parents y organiser des fêtes le week-end et, le lendemain matin, avec la gueule de bois, se laisser simplement flotter à la surface de l’eau.
Les piscines privées sont particulièrement prisées dans les nouveaux lotissements de la banlieue aisée de la capitale : à Bridel, Senningen, Leudelingen et Rammeldingen, où résident de nombreux expatriés. Mais on en trouve également dans d’autres villages où se sont installés des personnes fortunées et des membres des deux quintiles de revenus supérieurs, peu touchés par la forte inflation. On ignore combien de foyers au Luxembourg s’offrent ce luxe. Les piscines privées sont justement « privées » et ne sont donc pas recensées par les autorités, selon les ministères et le Statec. Les constructeurs estiment qu’une centaine d’entre elles ont été construites chaque année au cours des deux dernières décennies ; environ 2 000 nouvelles piscines privées auraient donc vu le jour au cours des 20 dernières années.
Depuis 2020, le nombre de demandes a considérablement augmenté, explique Joël Back dans un entretien accordé au journal « Land ». M. Back est le fondateur et directeur général de l’entreprise de construction de piscines Aquadeluxe, active dans ce secteur depuis plus de 15 ans. Les personnes qui envisageaient depuis longtemps déjà d’acquérir leur propre piscine ont finalement franchi le pas pendant la pandémie ; ce qui semblait tout à fait pratique pendant le confinement et en période de restrictions de voyage. Mais aujourd’hui, beaucoup passent à nouveau leurs vacances au bord de la mer. Ce boom ne semble toutefois pas près de s’arrêter. Les vagues de chaleur, de plus en plus longues et intenses en raison du changement climatique, jouent certainement un rôle à cet égard. Les lacs de baignade et les piscines en plein air bondés y sont peut-être aussi pour quelque chose. Enfin, l’individualisation croissante de la société contribue à ce que les personnes disposant d’un budget et d’un terrain suffisants se créent leur propre petit paradis chez elles, dans leur jardin. Elles n’ont pas besoin de se soucier des autres là-bas, personne ne se met en travers de leur chemin.
Au cours des 20 dernières années, trois grandes entreprises spécialisées dans la construction de piscines, de jacuzzis et d’installations similaires se sont implantées au Luxembourg. Leur concurrence provient presque exclusivement de la région frontalière. Cependant, en raison de la forte demande liée à la pandémie de coronavirus, de nouvelles entreprises ont été créées ces deux dernières années par des personnes issues d’autres secteurs, ou bien des entreprises de construction ont élargi leur champ d’activité. Mais cette tendance existait déjà avant 2020, explique Joël Back : « Certains arrivent, d’autres partent. » Vendre des piscines n’est pas très compliqué : cela ne nécessite pas de formation, seulement une autorisation commerciale ; les bassins en plastique, en acier inoxydable ou en béton sont choisis dans un catalogue, fabriqués sur mesure à l’étranger puis livrés ; les travaux d’excavation et l’installation sont pris en charge – dans l’idéal – par des entreprises spécialisées.
Installation comprise, une piscine coûte à peu près autant qu’une voiture de luxe. En incluant le montage et la main-d’œuvre, il faut compter environ 100 000 euros, précise M. Back. Il n’y a pratiquement aucune limite vers le haut. D’autres fournisseurs proposent déjà des modèles à moins de 50 000 euros. Dans l’ensemble, les piscines ont vu leur taille diminuer au fil du temps. Alors que les dimensions standard étaient encore de dix mètres sur cinq il y a 15 ans, on trouve désormais de plus en plus souvent des modèles de 3,50 à quatre mètres sur huit, avec une profondeur de 1,50 à deux mètres. Aquadeluxe construit 60 % de ses piscines en intérieur ; seules 40 % sont des piscines extérieures.
Rinçage à contre-courant. Pour les remplir, il faut entre 40 000 et 80 000 litres d’eau potable, selon leur taille. Cette quantité permet à une personne de prendre une douche de cinq minutes deux fois par jour pendant une année entière. En règle générale, il suffit de remplir la piscine une fois par an. Avec une couverture adaptée, il est même possible de laisser l’eau dans les piscines extérieures en automne et en hiver. Entre 200 et 400 litres par semaine sont perdus par évaporation et lors du lavage à contre-courant. Le lavage à contre-courant permet d’éliminer le sable, les algues et les particules de saleté du filtre. Cette eau peut ensuite être réutilisée pour l’arrosage du jardin. Des bassins de récupération adaptés peuvent être commandés en option. Les fuites, généralement dues à une installation non conforme ou à des raccords non étanches, posent un problème en matière de consommation d’eau. Joël Back explique que l’étanchéification de ces fuites est une tâche à laquelle son entreprise est souvent confrontée.
Il ne faut pas non plus sous-estimer la consommation d’énergie liée aux pompes à chaleur ou aux échangeurs de chaleur fonctionnant au gaz ou au fioul. Presque aucune piscine ne peut plus s’en passer. Au total, il faut compter environ 2 000 euros de frais d’entretien par an, estime M. Back, produits chimiques tels que le chlore et frais de chauffage compris.
La construction de piscines privées n’est pas réglementée par la loi au Luxembourg. Si la piscine est enterrée, il suffit d’obtenir un permis de construire auprès de la commune. À partir d’un volume de remplissage de 200 mètres cubes, le bassin doit être raccordé au réseau d’assainissement, ce qui est toutefois déjà courant pour les piscines plus petites. Certaines communes ont fixé une limite de superficie maximale, comme Mondorf, où seules les piscines d’une superficie maximale de 28 mètres carrés sont désormais autorisées. Dans le quartier huppé de Belair, à Luxembourg-ville, la construction de nouvelles piscines serait même interdite, comme l’a rapporté Le Quotidien en février.
Aucun permis n’est nécessaire pour les piscines gonflables ou à monter vendues dans les magasins de bricolage. Les piscines à monter, un peu plus chères, sont disponibles à partir de quelques centaines d’euros, avec un système de filtration à sable ou à cartouche. Leur capacité se situe généralement entre 3 000 et 8 000 litres. Cette version « démocratisée » et grand public des piscines de luxe, destinée aux bricoleurs amateurs doués de leurs mains, pose toutefois quelques problèmes. Selon M. Back, elles présentent souvent des fuites et ne sont pas raccordées de manière professionnelle. Il y a un mois, l’Office de la gestion de l’eau avait décrété une « phase de vigilance » concernant la consommation d’eau potable en raison de la sécheresse persistante. Dans ce contexte, l’autorité avait expliqué que, lors des journées particulièrement chaudes, de nombreux citoyens remplissaient leurs piscines en même temps, ce qui avait entraîné une augmentation considérable de la consommation d’eau potable dans certaines communes. L’Office de gestion de l’eau a également averti que, pour des raisons d’hygiène, l’eau devait être changée régulièrement ou traitée avec des produits chimiques, et a recommandé à la population de se rendre plutôt dans les piscines publiques en plein air. Ce conseil ne s’appliquait toutefois qu’aux propriétaires de piscines bon marché. Les propriétaires de piscines de luxe coûteuses pouvaient continuer à barboter dans leur jardin. Après tout, ils avaient, dans le meilleur des cas, déjà rempli leur bassin au printemps, alors que l’eau potable était encore disponible en grande quantité.
Il en va de même pour la recommandation de l’Office de gestion de l’eau, qui conseille, en période de sécheresse, de préférer la douche au bain et de couper l’eau pendant que l’on se savonne. Il faut entre 150 et 200 litres d’eau pour remplir une baignoire, contre seulement 80 litres pour une douche de cinq minutes. L’avertissement de l’Office de gestion de l’eau ne mentionne pas les 200 à 400 litres perdus chaque semaine lors du lavage à contre-courant des piscines privées. De toute façon, l’Office ne peut pas prononcer d’interdictions ; seules les communes en ont le pouvoir, lorsque l’eau menace réellement de venir à manquer.
Taxe sur le luxe Joël Back reconnaît tout à fait que ses clients consomment plus d’eau que ceux qui ne possèdent pas de piscine. Ils en ont tout simplement les moyens. C’est pourquoi il plaide en faveur d’une taxe ou d’une redevance annuelle pour les propriétaires de piscines : « Pourquoi pas 3 000 ou 5 000 euros par an ? Les gens qui s’offrent une piscine à 100 000 euros peuvent se le permettre. » Selon lui, l’État et les communes pourraient utiliser ces recettes pour financer des projets visant à améliorer la qualité de l’eau potable ou à lutter contre le changement climatique.
Le gouvernement n’envisage pas pour l’instant d’instaurer une telle taxe de luxe sur l’eau, confirme Luc Zwank, directeur adjoint de l’Office de gestion de l’eau, au journal « Der Land ». Aucune autre réglementation ni restriction n’est prévue dans le domaine des piscines privées. M. Zwank cite les « piscines naturelles » comme une alternative plus respectueuse de l’environnement aux piscines traditionnelles. Elles occupent certes plus d’espace, mais permettent de se passer en grande partie de produits chimiques. Outre un bassin de baignade, elles disposent d’un étang naturel attenant, où les plantes et autres organismes purifient l’eau de manière naturelle.
Pour les familles aisées et soucieuses de l’environnement, qui ont un penchant pour les symboles de statut social, les piscines naturelles constituent sans aucun doute un achat judicieux. Après tout, les piscines privées ne servent pas uniquement à se rafraîchir et à se divertir lors des chaudes journées d’été. Elles contribuent également à créer une plus-value sur le marché immobilier : « Pour le plaisir de la baignade, bien sûr, mais aussi parce que c’est un investissement très rentable pour la valeur de votre maison », recommande la BIL à ses clients sur son site web. Dans les annonces immobilières, les maisons avec piscine privée coûtent rarement moins de deux millions d’euros ; dans un emplacement de choix et selon la taille de la maison et du terrain, les prix se situent plutôt entre quatre et sept millions d’euros. Pour les constructions neuves dans ces fourchettes de prix, l’architecte conseille souvent aux propriétaires d’intégrer d’emblée la piscine dans leurs plans, explique Joël Back : « Pour les maisons à partir de trois millions d’euros, les 150 000 euros nécessaires à la construction d’une piscine ne font plus vraiment la différence. »