Une matinée ensoleillée de mai sur les sept collines qui entourent Montenach, dans le pays de Sierck. Le calcaire affleure, le terreau est mince, l’herbe rase, et soudain, au détour d’un virage, la première fleur d’orchidée. C’est dans ce terroir peu fertile que s’est installée l’une des flores les plus remarquables de la Grande Région. L’orchidée sauvage pousse là où le sol est pauvre, dans ces friches souvent en marge des terres cultivées, s’imposant dans sa fragilité en choisissant précisément les bouts de paysage que l’agriculture a jugés inutiles. C’est dans ces recoins-là qu’elle déploie une élégance et une diversité qu’aucun horticulteur ne saurait reproduire.
Il y a là une des ironies subtiles de l’écologie : la richesse biologique naît de la pauvreté des sols. Là où l’azote abonde et où le tracteur est passé, la végétation s’uniformise et s’appauvrit ; là où rien ne pousse facilement, la diversité explose. Les orchidées sauvages sont le fruit de cette rigueur : elles ne tolèrent ni l’excès ni le confort. L’orchidée ne fleurit que quelques semaines par an, nous rappelant chaque printemps que la beauté est éphémère. Sa biologie est une ode à la collaboration entre les différentes formes du vivant : sa dépendance aux champignons mycorhizes, sa vulnérabilité et la beauté qui en découle, couplée à sa rareté, lui valent la protection de l’homme. 24 espèces aux noms évocateurs sont recensées sur le site de la réserve de Montenach – orchis homme pendu, bouc, pourpre, pyramidale, ophrys bourdon, mouche ou abeille – réparties sur une superficie totale de 107 hectares, couvrant les collines du Koppenackberg, du Löschenbruchberg, du Kremberg, du Felsberg, de l’Evendorferberg et du Klausberg, entre 225 et 325 mètres d’altitude. Lors de notre passage, nous avons pu apercevoir sept espèces différentes, au fil d’une sorte de chasse au trésor qui se déploie le long d’un sentier balisé de 2,8 kilomètres, permettant de découvrir la réserve dans toute sa variété : pelouses sèches à flanc de coteaux et ravins boisés creusés dans la roche calcaire du Muschelkalk, qui donne son caractère singulier au paysage.
Un caractère façonné aussi par la main de l’homme : jusqu’au milieu du vingtième siècle, l’agriculture et l’élevage pratiqués sur le terroir de Montenach ont permis l’épanouissement d’une flore d’orchidées déjà très appréciée et connue des botanistes et naturalistes de l’époque. Le bouleversement des pratiques agricoles d’après-guerre et l’arrêt progressif du pâturage ont malheureusement provoqué la disparition de certaines espèces, tandis que les parcelles trop pentues pour être mécanisées, progressivement délaissées, étaient occupées par un milieu forestier. Le géologue lorrain Nicolas Theobald a été le premier à dénoncer les conséquences de cet abandon sur la biodiversité. Une mise en garde qui a trouvé un écho auprès de la municipalité, qui obtint en 1985 le classement en réserve naturelle.
À l’issue de cette promenade botanique, une visite s’impose à la cave du domaine de la Klauss, toute proche. Repaire des épicuriens avec ses plus de 700 références de vins et spiritueux, ce sont pourtant les produits locaux qui ont retenu notre attention : la part belle revient aux carnivores, avec les viandes issues du domaine et de la chasse locale (fuseau lorrain de porc pur, terrines de canard confit, de sanglier aux cèpes, chevreuil au pinot gris de Contz), sans oublier une belle sélection de fromages et de confitures artisanales de Lorraine.