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Environnement 8 min de lecture

La vie du bois

Depuis la rentrée, Esch dispose d'une nouvelle école. Le campus scolaire de Wobrécken est un projet pionnier en matière d'architecture durable.

Article paru dans Édition novembre 2024
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Depuis septembre, le campus scolaire de Wobrécken, à Esch, résonne des pas des enfants et des exercices de mathématiques. Il s’agit d’un grand bâtiment au toit plat et à la façade rouge foncé. Les intérieurs sont revêtus de bois clair. Les trois étages s’ouvrent sur un atrium doté d’un toit vitré qui laisse entrer beaucoup de lumière. Le matin, jusqu’à 340 élèves de l’école primaire y étudient et s’amusent bruyamment ; l’après-midi, le bâtiment se transforme en Maison Relais. Dans le parc, les enfants rencontrent les résidents de la maison de retraite voisine.

Le bâtiment a été conçu par le cabinet d’architectes Witry & Witry, basé à Echternach. Ce projet est le fruit de huit années de travail. La ville d’Esch avait lancé un appel d’offres pour ce projet en 2015. Rares sont les bâtiments publics au Luxembourg qui soient aussi durables que l’école de Wobrécken. Au préalable, les architectes ont pris en compte l’ensemble du cycle de vie de l’école, planifié sa consommation d’énergie sur plusieurs décennies et affiné les plans afin de la maintenir au niveau le plus bas possible. Dans les années à venir, l’école produira plus d’énergie qu’elle n’en consommera.

« Le cycle de vie optimisé et la consommation énergétique idéale sont généralement considérés séparément », explique Pit Kuffer, l’architecte de l’école. Dans le cadre de ce projet, Witry & Witry ont combiné ces deux aspects. « De nos jours, on trouve de nombreuses informations à ce sujet, mais lorsque nous avons commencé la conception en 2016, nous avons dû les rechercher. Nous nous sommes renseignés à l’étranger et avons suivi des formations continues. » Aujourd’hui, il existe également au Luxembourg des cabinets d’architecture qui se penchent sur ces questions d’un point de vue théorique. « Mais il est regrettable que cela soit si peu mis en pratique. » Les architectes ne peuvent pas toujours concrétiser tout ce qu’ils souhaitent. Il est essentiel que les maîtres d’ouvrage soutiennent ces idées, car ce sont eux qui doivent accepter et financer les projets.

Pit Kuffer dirige, aux côtés de sa compagne Anabel Witry, l’entreprise familiale Witry & Witry. Il fait partie de l’entreprise depuis 2008. La dernière décennie a été marquée par un changement de génération. Les deux fondateurs, Ursula et René Witry, continuent de travailler au bureau, mais ont confié la direction de l’entreprise à la génération suivante. Pit Kuffer explique : « Quand Anabel et moi avons commencé, nous savions que nous devions concevoir et construire les bâtiments différemment de ce qui se faisait jusqu’alors. La réflexion en termes de cycles de vie est alors entrée en jeu. Nous nous sommes approprié ce sujet, et les collaborateurs ont adhéré à cette démarche. » Cela signifie considérer un bâtiment depuis le moment où poussent les matières premières destinées aux matériaux de construction, jusqu’au recyclage des composants en fin de vie du bâtiment. Où et combien d’énergie est consommée ? Quels sont les impacts de l’utilisation des matériaux sur l’environnement ? Comment les réutiliser au mieux ? Ces questions sont au cœur des estimations et des plans. « Nous avons dû mener de nombreuses recherches pour comprendre ces principes et les présenter de manière claire », explique Kuffer. « Nous avons effectué une grande partie de ce travail de recherche à titre gracieux, mais cela sera mis à profit dans de futurs projets. » Les connaissances ainsi acquises peuvent s’avérer payantes à l’avenir. La durabilité par l’apprentissage.

Un bâtiment est censé remplir sa fonction pendant environ 50 ans. Même si certains bâtiments ont une durée de vie plus longue et d’autres plus courte, cette période sert de base de calcul aux architectes pour évaluer l’efficacité. Selon les normes actuelles, le consensus au sein du secteur est qu’un bâtiment doit, au cours de sa durée de vie, permettre d’économiser l’énergie consommée lors de sa construction. Le béton armé ou les briques sont cuits pendant des heures à des températures pouvant atteindre 1 000 degrés Celsius, une dépense énergétique difficilement compensable. Pit Kuffer s’est spécialisé dans la construction en bois. Le bois est plus durable. Mais c’est aussi « un matériau qui procure une sensation agréable ». Kuffer évoque la culture architecturale, un concept auquel Witry & Witry accordent une grande importance. Pour Kuffer, il est difficile de mettre des mots sur ce que les architectes entendent par là. Il s’agit de couleurs, de formes, de tradition et d’hommes. Les architectes ne souhaitent pas simplement ériger un bâtiment qui corresponde à leur propre style, mais créer, en dialogue avec le lieu, quelque chose qui corresponde à la société locale, qui reflète ses valeurs, son histoire et son identité. « Les usagers doivent s’approprier les bâtiments. Le vandalisme est souvent la conséquence d’un rejet. Il existe des bâtiments qui, même après des années, sont encore en excellent état, car ils sont appréciés par leurs usagers. »

La volonté politique

À l’aide d’un graphique, Kuffer montre à quel point la construction en bois génère moins de CO₂. Cela permet de réduire la consommation d’énergie initiale de telle sorte que la consommation totale du bâtiment, sur l’ensemble de son cycle de vie, devienne même négative. Deux astuces sont nécessaires pour y parvenir : d’une part, Kuffer prend en compte la quantité de CO₂ que le bois a filtrée de l’air lorsqu’il était encore un arbre et qu’il continue de stocker une fois transformé en matériau de construction. D’autre part, la consommation énergétique de l’école de Wobrécken a dû être réduite à un tel point qu’elle produit finalement plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Ce calcul semble plausible et visionnaire. Mais il repose sur des bases fragiles : celles de la politique. Une durée de vie de 50 ans suppose que les travaux d’entretien nécessaires soient effectués, que le matériel soit bien entretenu et que les composants défectueux soient remplacés. Dès le départ, ces efforts, ainsi que les coûts et la dépense d’énergie qui y sont liés, sont pris en compte. Mais 50 ans, cela représente plus de huit mandats municipaux. Ce qu’un conseil communal décide aujourd’hui peut être remis en cause par le suivant. Adieu la durabilité. Pour la ville d’Esch, la question ne se pose pas. L’école n’est « pas un bâtiment “agréable à avoir”, comme par exemple une piscine publique, mais une infrastructure essentielle pour la population d’Esch », explique l’administration municipale au Land. Les travaux d’entretien devront donc se poursuivre à l’avenir et le bâtiment devra être conservé. « Le meilleur moyen de maîtriser les coûts, tout comme le bilan carbone, est d’utiliser les bâtiments aussi longtemps que possible », précise l’administration municipale.

De nos jours, la démolition et la reconstruction sont souvent encore moins coûteuses que la rénovation. La réglementation et la hausse des prix des matières premières pourraient changer la donne à l’avenir. Selon Pit Kuffer, les bâtiments seraient trop souvent démolis au lieu d’être transformés et rénovés. En 2023, la commune de Rosport-Mompach a démoli la salle polyvalente inondée de Born-sur-Sauer à la suite des inondations. Cette salle avait pourtant été entièrement rénovée, agrandie et mise aux normes énergétiques les plus récentes à peine neuf ans auparavant. Le fait que cette rénovation ait été conçue par Witry & Witry rend la situation d’autant plus douloureuse. M. Kuffer explique qu’il s’était lui-même rendu sur place après les inondations pour évaluer l’état du bâtiment, et il est convaincu qu’il aurait pu être sauvé – à moindre coût et de manière plus durable que la démolition et la reconstruction.

La commune de Rosport-Mampach avait un autre point de vue. Selon la maire Stéphanie Weydert (CSV), Witry & Witry aurait été le seul cabinet à s’être opposé à la démolition. « L’ancien bâtiment avait toujours les pieds dans l’eau. » L’ensemble des installations techniques du bâtiment était logé dans la cave, qui était inondée au moindre petit débordement. « Est-ce durable de devoir envoyer à chaque fois des agents communaux sur place pour mettre les pompes en marche ? », s’interroge Mme Weydert. « Nous ne pouvons pas nous permettre que les cours d’éducation physique soient sans cesse annulés. » Sur la base d’expertises et avec l’accord du ministère de l’Intérieur, le conseil communal a décidé de procéder à la démolition. « Parfois, il est plus simple de faire table rase et de repartir à zéro », estime Stéphanie Weydert.

Pour Pit Kuffer, cela est difficilement compréhensible. Selon la philosophie des architectes, la démolition n’est presque jamais une bonne idée. À moins que le bâtiment ne soit imprégné d’amiante ou que tous les matériaux ne soient contaminés par des substances toxiques, il est possible de démanteler les bâtiments et de réutiliser les matériaux – même après 50 ans ou plus. Pour Kuffer, la durabilité passe aussi par la préservation du patrimoine bâti. La commune a certes tenté de vendre les matériaux, selon Weydert, mais à l’exception de quelques fenêtres, aucun acheteur ne s’est manifesté. La majeure partie a donc finalement été mise au rebut. La construction du nouveau Centre polyvalent, comprenant un gymnase, une crèche et une école de musique, débutera l’année prochaine et coûtera 56,5 millions d’euros. Le bâtiment sera situé à 70 centimètres au-dessus du point le plus élevé atteint par les inondations dévastatrices de 2021.

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