Corinne Cahen, alors ministre de la Famille du DP, l’avait signé en portant encore un masque de protection – c’était en 2021, en pleine pandémie de coronavirus, lorsque les premiers projets pilotes ont été lancés dans le cadre du projet de loi « Zesummeliewen ». Karsten Küpper a ensuite occupé le poste de premier coordinateur régional dans ce domaine – d’abord en tant qu’indépendant, puis, depuis la signature officielle du pacte communal en 2024 par le ministre de la Famille Max Hahn (DP), en tant que salarié permanent du canton. « Le racisme est-il vraiment un problème chez nous ? », peut-on lire sur un tract. Fin mars, le syndicat a invité le public au Lycée d’Attert pour discuter d’une étude réalisée par Liser et Cefis en 2023. Ce mois-ci, Karsten Küpper s’attèle à dresser un état des lieux des associations ; les premiers résultats montrent que 80 % des membres de ces associations viennent de l’extérieur des communes concernées.
35 autres communes ont entre-temps adhéré au pacte. Karsten Küpper ne souhaite pas encore partager son expérience avec les nouvelles communes : « Chaque commune est différente et a des besoins différents. Dans le canton, on constate une volonté croissante de s’investir davantage dans la cohabitation intergénérationnelle. » C’est pourquoi la réflexion suivante est désormais à l’ordre du jour : la génération des baby-boomers dispose de beaucoup de temps. Les jeunes parents, quant à eux, ont fort à faire. Peut-être que les retraité·e·s pourraient s’impliquer davantage dans la garde des enfants au sein de plusieurs familles. En contrepartie, les jeunes pourraient aider la génération plus âgée à utiliser les nouvelles technologies. À l’avenir, on pourrait peut-être aussi associer des cafés linguistiques à des « Repair Cafés ». Il s’agirait ainsi de créer des lieux alliant à la fois convivialité, apprentissage et utilité. « De nombreuses initiatives spontanées voient le jour en ligne, comme les fêtes de quartier. Et à Everlingen, une association villageoise a récemment transformé une ancienne école en café éphémère », explique le maire d’Uselding, Pollo Bodem (LSAP), responsable politique du pacte. Sont également actifs depuis longtemps les « Millepäteren », un regroupement de retraités ayant exercé un métier manuel et qui, désormais, au moulin de Beckerich, réparent des machines pour la collectivité, fabriquent des sièges destinés aux espaces publics – et ont même, autrefois, reproduit une statue d’église volée.
Avec ses 270 kilomètres carrés, Redange est le deuxième plus grand canton après Clervaux. Avec environ 21 000 habitants, sa densité de population est toutefois inférieure à la moyenne nationale. En raison de l’afflux de population en provenance du centre du pays et de l’étranger, la population du canton a toutefois doublé au cours des 40 dernières années. Des villages comme Saeul et Ell connaissent désormais une croissance annuelle supérieure à 3,2 %, un taux qui génère rapidement des tensions dans les zones rurales. On trouve peu de hauts salariés dans le canton, mais les salaires médians de 4 600 euros à Useldange et Redange montrent que la région doit également être attractive pour les personnes travaillant dans le secteur des services urbains et les fonctionnaires. Une tendance qui pourrait être renforcée par le parc-relais de Schwebach. Grâce à une meilleure desserte vers la ville de Luxembourg, le risque existe désormais que les villages ruraux deviennent des communes-dortoirs. « C’est ce que nous voulons éviter », déclare Pollo Bodem, qui, en tant que maire le plus ancien du pays, a été témoin de l’évolution démographique au niveau de la politique communale. Karsten Küpper constate un engagement jusqu’à présent plutôt élevé de la part des nouveaux arrivants – « surtout chez ceux qui s’installent ici à long terme en raison de la qualité de vie ». Des études menées par le sociologue Benoît Coquard montrent en outre que les nouveaux arrivants hautement qualifiés s’engagent de manière disproportionnée dans leur nouvelle commune et se présentent aux élections pour occuper des fonctions politiques.
Alors que le canton de Redange connaît aujourd’hui une croissance démographique continue, la situation était tout autre il y a environ 60 ans : à l’époque, on assistait à un exode rural. Au début du XXe siècle, une grande partie de la population des villages ruraux vivait de l’agriculture et des carrières d’ardoise de Martelingen. Avec le déclin progressif de l’exploitation de l’ardoise, la ligne « Charlie », reliée aux carrières, a été supprimée en 1953, puis la ligne de l’Attert a été fermée au trafic voyageurs en 1967. Camille Gira, premier maire vert de la commune de Beckerich, a écrit dans un article publié dans le Forum en 2003, une époque où l’exode des jeunes, les maisons vides et délabrées ainsi que la démolition de certaines fermes faisaient partie du quotidien. L’historien Michel Pauly se souvenait lui aussi, dans les années 2000, dans le Forum : pour lui, enfant, « le canton de Redange » était synonyme de « là où le monde est cloué derrière des planches ». Comme ses parents n’avaient pas de voiture, « on n’y allait jamais » ; aucune route de transit « n’obligeait les habitants de la capitale, du moins lorsqu’ils se rendaient à l’étranger, à traverser la région. Il n’y avait là que des agriculteurs, avec lesquels nous n’avions aucun lien de parenté. » En 50 ans, il s’y est rendu « peut-être deux fois » pour faire une randonnée en boucle. L’expression « Wëlle Westen » s’est alors imposée comme une métaphore pour désigner cette région structurellement défavorisée.
Lorsque le syndicat intercommunal « De Réidner Kanton » a été créé le 6 mars 1990 par les communes de Bettborn, Ell, Rambrouch, Redange et Saeul, l’objectif était de contrer les tendances de l’époque. Cinq autres communes l’ont rejoint par la suite. Le syndicat est financé par les contributions de ses communes membres, mais bénéficie également de fonds publics – par exemple, un budget public de 300 000 euros est alloué au poste de coordinateur du « Zesummenliewen ». Les deux zones d’activité constituent le centre économique du canton : le Riesenhaff à Rambrouch (4,5 hectares) et la Solupla à Redange, cette dernière faisant actuellement l’objet d’un agrandissement à environ 10 hectares. La plus grande entreprise qui y est implantée est le fabricant de fenêtres belgo-luxembourgeois Wako. Au total, 7 300 personnes travaillent actuellement dans le canton, dont 40 % sont des frontaliers (belges). D’ici 2035, le nombre de salariés pourrait passer à 8 100. Le syndicat considère notamment comme des réussites la création de la seule crèche régionale, l’extension autonome des transports publics dans les années 1990, la gestion d’une école de musique commune ainsi que l’agrandissement de la maison de retraite, qui compte désormais 112 lits. Dans les années 2000 ont suivi la rénovation de la piscine et la construction du lycée de Réiden – qui est aujourd’hui confronté à des problèmes de surpopulation : sa capacité d’accueil est de 1 500 élèves, mais en mai 2023, 1 490 étaient déjà inscrits. Les prévisions du Statec recommandent donc de créer de la place pour 650 élèves supplémentaires. La pelleteuse chargée de l’agrandissement de la piscine est déjà sur place. Si la croissance démographique se poursuit, la population du canton devrait augmenter d’un tiers d’ici 2035.
Comment les habitants perçoivent-ils la pression de croissance qui pèse sur leurs communes ? Dans quelle direction les villages de l’Ouest doivent-ils évoluer ? Il y a un an, ils ont pu s’exprimer à ce sujet ; l’analyse des 1 670 questionnaires remplis est disponible depuis quelques mois. 21 % estiment que leurs villages se développent « trop vite » et de manière trop dispersée. 15 % souhaitent même qu’aucun village du canton ne continue à s’agrandir. En ce qui concerne les futurs projets de construction, les habitants ont demandé comme priorité principale que « la préservation du caractère rural » soit prise en compte (une majorité a par ailleurs associé le canton aux trois mots-clés « rural », « nature » et « tranquillité ») ; en deuxième lieu, les responsables politiques doivent s’engager en faveur de logements abordables et renforcer le commerce local et l’artisanat. Mais qu’entendent les habitants par « rural » ? Des maisons individuelles ? Caroline Schmit, responsable de projet au sein du syndicat, a participé à plusieurs ateliers citoyens et explique : « Avant tout, les personnes interrogées souhaitent que le village reste à taille humaine et qu’aucun grand lotissement ne voie le jour, avec des habitants qui ne s’impliquent pas dans la vie du village. On craint également que trop de terres agricoles ne soient transformées en zones résidentielles. »
En ce qui concerne les souhaits très concrets, nombreux sont ceux qui affirment qu’il faudrait « de toute urgence » un centre de remise en forme, davantage de cafés « modernes » et « traditionnels » ouverts en continu, mais on regrette également l’absence d’un magasin discount et d’un cinéma. Ce dernier est cité comme une « activité de loisirs idéale pour toutes les tranches d’âge » et « pour les jours de pluie ». Lors de la campagne électorale nationale de 2023, les responsables politiques du Nord avaient dénoncé la prise en charge médicale dans les zones rurales comme étant la principale préoccupation des habitants de ces régions. Cette enquête a toutefois révélé le contraire : les personnes interrogées sont particulièrement satisfaites de l’offre médicale. Ce sujet ne les préoccupe pas. Depuis 2023, le Syndicat élabore, en collaboration avec le ministère régional de l’Aménagement du territoire, une « vision territoriale » visant à coordonner la croissance constante et à renforcer la vie en communauté locale. C’est dans ce cadre que s’est déroulée cette consultation citoyenne.
Pour les années à venir, les habitants ont par ailleurs fait part de leurs inquiétudes concernant une « activité de construction trop intense », un « retard des infrastructures » ainsi qu’une éventuelle augmentation du trafic urbain. Ils craignent par ailleurs que des décisions erronées ne soient prises en raison des « intérêts personnels des responsables politiques, d’une mentalité excessivement conservatrice et du populisme ». Les conseillers communaux et les assesseurs du canton ont également pu s’exprimer lors de réunions de consultation. Le compte-rendu de la séance indique qu’ils considèrent eux aussi les « espaces verts » comme un atout particulier de la région et se prononcent en faveur d’une « croissance modérée ». Dans le même temps, ils ne voient toutefois aucune alternative à la croissance : l’augmentation de la population apporte des subventions de l’État, tandis que la croissance économique renfloue les caisses communales grâce à la taxe professionnelle. Sur le plan des infrastructures, il est question de créer un « lieu de rencontre sans engagement à long terme » – par exemple avec un bistrot tenu par une sorte de « pasteur », ainsi que de la mise en place d’un « centre sportif régional », d’un espace de coworking et d’un cinéma. En revanche, personne ne rêve d’une bibliothèque – ni les décideurs, ni les habitants. La question d’une bibliothèque a toutefois été soulevée ailleurs. En mai 2024, lors des assises sur les bibliothèques avec le ministre de la Culture Eric Thill, le directeur de la Bibliothèque nationale, Claude Conter, a proposé de créer de nouveaux sites de bibliothèques en milieu rural – en ciblant notamment l’ouest et l’est du pays. Les retours en provenance des zones rurales dressent toutefois actuellement un tableau différent.
En 2001, Emile Calmes, député du DP et maire de Bettborn, présentait déjà le canton comme un exemple de réussite dans le domaine des énergies renouvelables. Dans son discours prononcé lors de la Journée des maires à Mondorf, il a expliqué qu’au niveau communal, dans le canton de Redange, une économie d’énergie de 4,6 % par habitant avait été réalisée, alors que la consommation d’énergie avait augmenté de 0,4 % à l’échelle nationale. Lors des réunions de consultation, les énergies renouvelables ont une nouvelle fois été mises en avant par les responsables politiques comme un atout majeur. La production d’électricité couvre désormais la totalité des besoins en électricité du canton. On est toutefois encore loin d’une autonomie énergétique totale : en effet, l’électricité ne représente que 10 % de la consommation énergétique totale. Celle-ci est produite à partir de l’énergie éolienne et solaire, ainsi que du biogaz. Cependant, les installations de biogaz deviennent de plus en plus peu rentables. « Le renouvellement du matériel est coûteux, mais nécessaire pour respecter les normes européennes », explique Thierry Lagoda (déi Gréng), maire de Beckerich et président du syndicat. Le 1er juillet, l’installation de biogaz de Beckerich fermera ses portes – c’est l’une des cinq du canton. Cette année, cinq éoliennes supplémentaires doivent toutefois être installées ; les premières livraisons de matériel ont eu lieu cette semaine. « Il est possible que des particuliers puissent y participer sous la forme de communautés énergétiques et acheter l’électricité excédentaire à des prix avantageux », précise M. Lagoda.
Quant à savoir quels domaines devraient constituer à l’avenir les axes prioritaires du canton de Réiden, les priorités des décideurs et de la population divergent nettement en matière de tourisme. Alors que les responsables politiques y voient une opportunité pour la région, ce sujet n’a guère d’importance pour de nombreux habitants. Au cours des dix dernières années, le canton a tenté de se démarquer dans le domaine du « slow tourism » grâce à ses sentiers de randonnée et ses pistes cyclables. Au total, 240 kilomètres de pistes cyclables sont praticables, la PC12 constituant un tronçon de l’itinéraire EuroVelo 5, qui relie Rome à Londres. Thierry Lagoda explique que le Différence a rouvert ses portes l’année dernière après des travaux de rénovation – cette fois-ci avec deux chambres d’hôtes destinées aux touristes. Les « Mushrooms » à Useldingen, un projet du canton, sont disponibles à la réservation depuis 2019, tandis que le « Green Breakfast » à Niederpallen l’est depuis 2020. À Rindschleiden, l’ancien presbytère devrait prochainement être transformé en hébergement pour les visiteurs.
Mais ce concept fonctionne-t-il ? La région attire-t-elle, par exemple, des cyclistes ? Difficile à dire. En juillet et août 2024, environ 6 000 passages de vélos ont été enregistrés à un point de comptage de la PC12 – toutefois, il manque des données comparatives antérieures à 2020, et on ignore combien de touristes figuraient parmi ces cyclistes. L’établissement Green Breakfast à Niederpallen indique que des places de stationnement sécurisées pour vélos ont été réservées dans environ 11 % des réservations. Ses clients s’intéressent principalement aux randonnées pédestres.
Sur proposition de Fernand Boden, ministre de l’Agriculture chargé du développement rural, Beckerich s’est porté candidat en 1996 au Prix européen de la rénovation villageoise. Un jury a examiné dans quelle mesure la commune répondait aux critères d’un développement économique, social et écologique adapté au milieu rural. C’est finalement le maire Camille Gira qui a reçu le prix. En 2014, le syndicat « De Réidener Kanton » a de nouveau remporté le Prix européen de la rénovation villageoise pour un « développement villageois durable et conforme à la devise, d’une qualité exceptionnelle ». La région parviendra-t-elle à élaborer un projet d’avenir susceptible de lui valoir une nouvelle distinction ?